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publié par Mickaël Adamadorassy le 18/12/19
Pink Floyd - 1987-2019 : l'ère Gilmour
1987-2019 : l'ère Gilmour

Quand il n’y en a plus, il y en a encore : on nous avait dit que The Endless River serait le dernier disque de Pink Floyd. Et voilà Noël qui arrive et un tout nouveau coffret collector, The Later Years : 1987-2019, pointe le bout de son nez. Cadeau empoisonné ou trésor, on vous déballera tout dans un autre article, notre "pas-chronique" du coffret. Mais parlons donc de cette période 1987-2019 : il y a du bon, comme du plutôt mauvais qui a mal survécu aux 80’s. Comme ce "plutôt mauvais" a peut-être éclipsé (héhé) pour vous les pépites (nombreuses) de la période post-Waters, on s’est dit que c’était une bonne occasion pour vous raconter ce que l’on garde nous du Pink Floyd de ces années-là (toi-même tu sais pourquoi)

Revenir à la vie

So I open my door to my enemies
And I ask could we wipe the slate clean ?
But they tell me to please go fuck myself

"Lost for Word", The Division Bell

En 1982, l’album The Final Cut achève officieusement de détruire ce qu’il reste d’un Pink Floyd déjà chancelant. En effet, d’un effort collectif plus ou moins piloté par Waters, Pink Floyd est devenu la dictature de celui-ci, qui virera même le claviériste Richard Wright avant la fin du disque et l’humiliera encore plus en le réembauchant comme simple employé, musicien de scène sur la tournée. S’en suit une période un peu floue où chacun se consacre à ses projets solos. Waters pense qu’il est le seul à présider à la destinée du groupe et surtout du nom et pour lui Pink Floyd c’est fini.

Sauf que David Gilmour et le batteur Nick Mason ne voient pas les choses comme ça et ils s’avèrent que la justice leur donne raison. Ils se lancent alors dans l’enregistrement d’un nouvel album, même si au départ Gilmour affirme travailler à son prochain disque solo. En fait le guitariste sait que ce sera difficile de faire un nouveu Pink Floyd sans Waters. Le guitariste est capable de soli géniaux, de belles mélodies, de progressions d’accords qui peuvent servir de socle à une bonne chanson mais il n’est pas un aussi bon songwriter que Waters. La preuve en est une série d’albums solo honorables mais dont personne ne pourrait citer une chanson en dehors des fans les plus fidèles(coucou les gars, j’ai vu sur un forum que vous aviez arrêté de lire mon article précédent sur le Floyd quand j’ai dit que Gilmour en solo c’était pas bon, irez-vous plus loin cette fois-ci ?). Mason de son côté n’est pas au mieux de sa forme et laissera donc des musiciens de studio enregistrer une partie des batteries tandis que lui s’intéresse aux sons et à la production.

A Momentary Lapse of Reason (1987)

La genèse de l’album sera longue et compliquée, remise en cause par de nouveaux soucis judiciaires avec Waters mais dans les bonnes nouvelles, il y a le retour de Richard Wright dans l’effectif (même si finalement il arrive sur le tard et jouera donc peu de parties sur l’album). Pour pallier à ses problèmes d’écriture, Gilmour s’entoure de plusieurs songwriters avec comme objectif clair de faire un disque digne de Pink Floyd, Le résultat est mitigé, pas par manque d’effort ou de talent mais simplement comme le dira Waters, ça sonne comme une "habile copie" mais ce n’est pas le Floyd. Et puis le disque n’échappe pas aux années 80, la production, certains sons passent pas mal l’épreuve du temps. Dans l’écriture même, on trouve les stigmates du pire de cette décennie (Entendons-nous bien, on adore aussi beaucoup de chansons des 80’s, simplement certaines choses vieillissent très mal).

Le groupe tente quand même des choses nouvelles, joue avec la technologie de son temps tout en cherchant à reproduire ce qui faisait son identité. L’enchaînement "A New Machine (part 1)" - "Terminal Frost" - "A new Machine (part 2)" réutilise une construction en différentes parties qui rappellent les anciens albums et il y a vraiment quelque chose d’intéressant qui est tenté au niveau vocal, malheureusement "Terminal Frost" n’a pas la richesse qui rend les instrumentaux du Floyd mémorable, on a l’impression d’entendre un playback assez quelconque sur lequel des musiciens viennent coller des impros. Cela dit tout n’est pas à jeter : "Sorrow" et son riff de guitare monumental, son ambiance générale qui touche vraiment à du floydien, "Learning to Fly", où l’enthousiasme d’un Gilmour qui prend des leçons de pilotage réussit à faire décoller le morceau (Les fans noteront qu’il est co-écrit par Joe Carin, qui sera quasiment de toutes les tournées suivantes épaulant Wright au clavier et surtout aidant le groupe à reproduire le son de son matériel 70’s). "On The Turning Away", une très belle composition tout simplement, la production en fait un peu trop et finalement nuit à l’émotion mais là encore celle-ci fait partie des bases solides sur lesquels la suite sera bâtie et donnera du sens à cette troisième vie du Floyd.

The Division Bell(1994)

The Division Bell est écrit dans des conditions très différentes du précédent, sans la pression et les problèmes juridiques. La musique est le résultat de jams entre Gilmour, Wright et Mason dans sa péniche réaménagée en studio. Guy Pratt qui jouait la basse en live sur la tournée de A Momentary Lapse of Reason les accompagne, il restera le bassiste du groupe en live et en partie sur disque (Gilmour qui enregistrait déjà certaines parties de Waters, continuera à le faire). Pour l’anecdote, Pratt a aussi longtemps été le mari de la fille de Rick Wright. Là où on l’apprécie un peu moins c’est qu’on pourrait arguer qu’il est en partie responsable du son eighties du groupe avec son approche de la basse très différente du "simple et méchant" de Waters mais bon... son enthousiasme live et son effet positif sur Gilmour compensent on va dire.

Mais revenons à l’album, un vrai effort collectif cette fois-ci, un peu inégal mais rempli de belles choses qui ressemblent à du Floyd voir qui en sont vraiment pour nous ("High Hopes" et son très beau texte écrit par Polly Samson, la femme de Gilmour, "A Great Day For Freedom", "Marooned", "Cluster One"), des chansons qui n’en sont pas tout à fait mais qu’on a fini par beaucoup aimer : "Coming Back to Life", "Take it Back", (deux chansons d’amour, chose rare chez le Floyd, l’effet Polly on imagine...), "Lost for Words" (qu’on pourrait appeler "Wish you were here 2" à cause de son "riff" de guitare acoustique), des choses pas désagréables mais qui n’ont rien à faire là si vous êtes puristes : "What do you want from me", "keep talking", une plage gentiment laissée à Richard Wright pour faire un morceau solo, "Wearing the Inside Out". Bref un peu de tout, pas que du bon mais suffisamment pour le bilan soit plus qu’honorable, en fait contrairement à A Momentary Lapse of Reason, on réécoute The Division Bell très régulièrement.

Le très bel instrumental "Marooned" a eu droit à un "clippage" récent avec des images de la zone interdite de Tchernobyl, la combinaison de la musique et des plans sur la ville fantôme de Pripiat fonctionne très bien alors on vous le met aussi :

Pulse (1995)

Album live sorti suite à la tournée de The Division Bell, Pulse est resté pendant un long moment le dernier disque de Pink Floyd et aussi pour nous la référence, ou le disque "best of" à prendre sur cd ou mini-disc dans les transports et s’envoyer un fix d’1h de Pink Floyd dans ce merveilleur RER B. La setlist est quasi-parfaite : le premier disque propose la version live de référence pour Shine On you Crazy Diamond, le son cristallin de la "Red Strat" de Gilmour soutenu par les cordes de Wright c’est à mourir, tout est parfait dans cette version, le groupe admet d’ailleurs avoir corrigé certaines notes pour les rendre parfaitement justes (ce qui est un péché "mineur" pour un live, il arrive que des choses soient réenregistrées en studio a posteriori, sur A Delicate Sound of Thunder par exemple). Les bons titres de Pulse y sont aussi de même que "Hey You", excellent titre de The Wall, l’obligatoire "Another Brick in The Wall part 2" et "Astronomy Domine", à l’époque il devait s’agirt de financer un peu la retraite de Syd Barrett (paix à son âme).

Le disque 2 contient The Dark Side of The Moon joué en entier par le groupe sans Waters mais certainement à son meilleur niveau. On adore les deux versions et les alterner permet de ne jamais trop se lasser. Mais le moment ultime du disque c’est bien sûr la meilleure version enregistrée officielle de "Confortably Numb", avec le meilleur solo de fin qui contient ce gimmick à vous faire défaillir d’extase musicale, le "waving part", il s’agit de deux notes de guitares tout bêtes mais avec le talent et le son de Gilmour c’est juste une des plus belles choses jamais jouées dans un morceau de musique. Ouaip, rien que ça.

Is There Anybody Out There ? The Wall Live 1980–81 (2000)

Compilé à partir des performances live de The Wall à Earl’s Court, ce double album est absolument indispensable pour tout fan voir pour tout mélomane. Les contraintes du vinyle font que des coupes ont du être faites sur l’album studio, qui est quand même un gros double, rempli à ras-bord et parfois un peu indigeste. Les versions live rétablissent les parties manquantes, certaines parties sont plus longues, Gilmour est particulièrement en forme sur les soli et le son du live met cela très bien en valeur, les transitions entre les plages de ce long concept-album se font aussi mieux. Même les pistes un peu à part comme Vera /Bring the Boys Back Home s’intègrement mieux à l’ensemble. Tout cela fait que quand l’envie nous prend d’écouter The Wall, c’est cette version qu’on a tendance à choisir. (A noter que c’est un des rares albums de Floyd qui n’est pas disponible en streaming :( )

Vous pouvez par contre l’écouter en entier via Youtube :

The Endless River(2019)

Celui-là, on l’a déjà chroniqué en long et en large, on vous invite à vous y référer, et on vous copie-colle juste cet extrait : "Disque-hommage à Richard Wright, The Endless River revisite et parachève l’histoire de Pink Floyd avec simplicité et sincérité. Fini le temps des concepts-albums, pas de tentatives ici de remplacer les absents, ce que vous entendrez c’est le dialogue entre 3 musiciens doués, appuyés sur une discographie exceptionnelle mais qui ne regardent pas seulement derrière eux pour autant ; des compositions toujours capables de vous captiver et de vous emmener loin."

Ce sera donc aussi le dernier album studio du groupe, avec la mort de Richard Wright, dans l’esprit de Gilmour et de Mason, il n’est plus possible de continuer en tant que Pink Floyd mais les deux continuent à faire vivre cette musique en concert, les sets solo de Gilmour contiennent un bon pourcentage de titres du Floyd et Mason a monté Nick Mason’s Saucerful of Secrets en 2018

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publié par le 18/12/19