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publié par Mélanie Fazi le 02/05/17
La Féline - "Un rapport plus ancestral à l’intimité"
"Un rapport plus ancestral à l'intimité"

Il y a un peu moins de deux ans, nous rencontrions Agnès Gayraud pour une interview autour d’ Adieu l’enfance bien après la sortie de l’album, et même après la fin de la période promotionnelle. Agnès travaillait déjà sur l’album suivant, dont elle nous parlait alors à demi-mots. Triomphe, puisque c’est son titre, les circonstances nous l’ont donné à entendre longtemps avant sa sortie, comme un reflet inversé de la situation précédente. Au moment de prendre rendez-vous pour cet autre entretien, nous avons déjà fait un bout de chemin avec cet album et eu l’occasion de parler longuement avec Agnès de ces chansons, de leur genèse, de l’enthousiasme un peu ébahi qu’elles font naître chez nous.

Si nous avions retenu une chose de l’interview précédente, c’était l’aisance du dialogue qui s’y était noué, ainsi que le don naturel d’Agnès pour la digression imprévisible et passionnante. Une interview de La Féline ne saurait rester docilement sur les rails ; on passe en un clin d’œil de Nietzsche à Godzilla, de Walt Whitman à l’étrangeté de l’accent cajun chanté. Ce que nous n’aurions pu prévoir en revanche, c’est ce moment magique où le décor dans lequel nous échangions depuis plus d’une heure nous dévoila, au moment de la séance photo, un recoin caché qui semblait illustrer parfaitement les ambiances de Triomphe  : deux bougies encadrant un cygne empaillé, comme un improbable autel païen au cœur d’un café parisien. Tout l’art de La Féline est là, dans sa façon de faire surgir l’imaginaire dans les décors du quotidien. Parfois même à son insu.

Tu rentres de Pologne où tu as donné un concert solo dans un festival. Comment s’est-il passé ?

C’était épique d’y aller, déjà, parce que c’était un voyage avec une correspondance à Varsovie qu’on a ratée. L’avion est arrivé en retard et l’avion suivant est parti sans nous, donc on a dû prendre un train pour y aller. Mais c’était chouette de prendre le train parce que, du coup, on voyait mieux la Pologne qu’en faisant juste un transfert d’aéroport. Poznań est une très jolie ville, et on a eu la joie (je dis « on » parce que j’étais accompagnée de mon ingé son, Benoît) de trouver une salle totalement remplie avec des gens hyper attentifs et enthousiastes. Et c’était vraiment intéressant de me dire : En fait ils ne comprennent pas un mot de ce que je dis, donc je ne peux absolument pas miser sur l’intérêt que peuvent susciter mes textes, ça ne va être que la musicalité et ce que ça leur évoque. Parfois je culpabilisais un peu en me disant « Il y a trop de mots, il y a trop de mots » mais en fait ça a très bien marché, ils ont beaucoup aimé et ça donne envie d’en faire d’autres.

Triomphe est justement un album qui accorde une grande place au hors-champ et qui laisse de l’espace à l’auditeur pour y plaquer des images, des sensations. Du coup, cette barrière de la langue pousse ce phénomène encore un cran plus loin.

J’ai un rapport ambigu au texte, je n’aime pas l’hermétisme pour l’hermétisme, je trouve que c’est faux. Par contre chaque texte a vraiment un sens précis pour moi mais je suis très contente aussi que ce qui soit perçu, c’est qu’il y a quelque chose d’occulte et que c’est justement la projection qui va donner le sens. Mais pour moi, ce serait un signe de faiblesse si c’étaient simplement des images pour des images. Aucune image n’est là juste pour faire joli, elles ont toutes leur sens. Mais je trouve ça très bien que l’espace reste ouvert pour l’auditeur.

Plutôt que de l’hermétisme, c’est quelque chose de très allusif qui fait appel à l’imagination de l’auditeur.

Oui, tout à fait. Et cette idée me plaît bien, même le fait que musicalement je me sois un peu plus autorisé des moments presque progressifs. Ça correspond aussi à une façon de renouer avec une esthétique un peu psychédélique où ce qu’on recherche à travers la musique, ce sont des états de conscience, avec effectivement la possibilité que chacun ait son chemin à lui – et ça, ça me plaît beaucoup. On n’est plus tout à fait à une époque où il faut prendre du LSD pour écouter ça, mais… (rire) Écoutez Triomphe sous LSD, ça doit créer des sensations intéressantes.

Pour cette question de projection, l’exemple qui m’a frappée est « La femme du kiosque sur l’eau ». En la découvrant j’ai immédiatement pensé à des images de SF, à un décor post-apo, mais en parlant avec d’autres auditeurs, ils ne paraissent pas du tout y avoir entendu ça.

Ah oui ? Ça m’étonne toujours, même quand les gens disent que ce sont des harmonies médiévales, je ne comprends pas… Enfin si, tout le monde mélange tout, il y a toujours cette anecdote sur Robert Smith qui a piqué le petit solo de guitare et les harmonies de « Killing an Arab », on croit que c’est une gamme arabisante (pour ce que ça peut bien vouloir dire), mais en réalité c’est son frère qui était revenu d’Inde, et donc Robert avait entendu les bribes de son et d’harmonies, et c’est une gamme indienne que nous prenons pour une gamme arabisante.

Dès qu’il y a exotisme, entre guillemets, dans la musique, les interprétations sont très flottantes. Moi, j’ai voulu faire quelque chose de chinois, parce que j’avais un souvenir d’un voyage en Chine où j’ai vu une femme jouer du luth sur un kiosque sur l’eau, et elle chantait avec cette voix de gosier. (mime un chant très aigu) Donc je suis partie de cette image que j’ai mêlée à des visions post-apocalyptiques : pour moi ce final, ce sont vraiment des pas de géant, c’est la musique de la gigantomachie, c’est Godzilla. Donc j’avoue que moi-même, déjà, je suis en train de mélanger plein de choses, un souvenir de Chine et une esthétique japonaise de film de monstres. Et de toute manière, c’était pour moi un disque qui assumait son syncrétisme.

Cette chanson est déroutante, comme d’autres sur l’album, parce qu’elle prend des éléments très différents et les assemble de manière surprenante. Par exemple tu parles de cette anecdote de la femme qui joue du luth mais seul le titre y fait référence, et le texte semble parler de tout autre chose. C’est ce genre d’association qui fait travailler l’imagination.

Oui, tout à fait. C’est quelque chose qu’on trouve en littérature, le contexte d’un narrateur ; c’est comme si elle était la narratrice et qu’elle annonçait ce qui va arriver, comme une espèce de Cassandre. À un moment, la chanson a failli s’appeler « Tokyo », et en même temps je me disais que non, que c’était cette image qui était le contexte d’énonciation. Mais effectivement tu me fais réaliser que le titre n’a à la fois rien à voir avec ce qui est dit, et en même temps tout à voir. C’est un contexte, c’est comme un petit narrateur, une petite annonciatrice de la fin du monde. Il faut quand même quelqu’un qui l’annonce.

Cet album a un côté beaucoup plus narratif que le précédent. En plus de cette chanson, il y a « Senga » et « Trophée », qui reposent en plus sur des personnages.

Et je dirais même « Comité rouge »… J’oscille beaucoup entre l’idée que la pop est un art d’adresse (où c’est toujours le locuteur qui doit dire ce qu’il ressent, et c’est comme ça que l’universel va passer) et le côté contemplatif. C’est ce côté contemplatif qui me conduit à la narration : j’aime bien regarder les gens, parler des gens, écrire sur les gens, et du coup j’aimais bien dans ce disque l’idée de faire des vignettes. Dans « Les Fashionistes », il y avait déjà ça. « Comité rouge » c’est un peu le versant militant d’extrême-gauche des « Fashionistes », qui sont les jeunes gens qui m’apparaissent seulement dans la surface – bien sûr ils ne sont pas uniquement dans la surface, mais c’est aussi très beau la surface.

Et ce qui est marrant avec « Senga », c’est que pour moi il y a vraiment l’association des deux, c’est à la fois narratif, à la fois un personnage, et à la fois il y a ce « toi et moi », et cette idée que c’est un double…. [« Senga » est l’anagramme d’« Agnès », Ndlr] C’est difficile de juger ses propres chansons mais ce qu’on peut juger, c’est le plaisir qu’on a à les chanter. Et j’ai beaucoup de plaisir à chanter les chansons narratives, c’est la joie de raconter une histoire et de décrire aux gens, comme si ça suscitait chez eux une écoute un peu plus enfantine, et j’aime beaucoup ça.

Pour ces deux chansons en particulier, « Senga » qui parle d’une sauvageonne et « Trophée » d’une guerrière, dans quelle mesure y a-t-il création de personnages ou projection de ta part ?

Là, c’est une projection maximale, tu ne peux pas faire plus. (rire) « Trophée » me galvanise complètement, j’adore la jouer en groupe. On parlait de juger ses chansons, je ne sais pas si c’est une bonne chanson mais j’ai un immense plaisir à la chanter et à dire ça. Donc je pense que la projection est maximale.

Il y a notamment cette phrase qui est jubilatoire à entendre et qui doit l’être aussi à chanter : « Va crever en enfer… »

« … je t’y retrouverai ». (grand éclat de rire) Ma sœur adore l’album, elle l’écoute beaucoup, ça me touche énormément, et puis à chaque fois elle me regarde en disant : (ton agressif) « Va crever en enfer, je t’y retrouverai ». C’est génial, ce moment où tu dis quelque chose qui te dépasse et que d’autres gens peuvent reprendre et s’approprier. C’est une des plus grandes joies d’artiste quand tu dis quelque chose qui te galvanise et que tu sens que ça peut être transmis et partagé. Pour le moment, j’ai l’impression que ce mantra-là fonctionne bien, pas mal de gens me parlent de cette phrase en disant « Ah ouais, c’est trop ça ! » (rire) La projection est maximale au sens où ça donne la bonne orientation. Je pense qu’il y a de la douceur dans La Féline mais je n’ai pas envie d’être cucul. Et là je me dis : « Non, c’est bien, là on est bien. »

Justement, tout est sur le fil, la phrase est dite avec une sorte de retenue et de douceur et c’est pour ça qu’elle est frappante.

J’ai l’impression, quand je la chante, que c’est comme si c’était le point d’équilibre de ce que je peux faire avec La Féline, ce mélange de quelque chose d’assez ferme dans le propos et qui peut être un peu sombre, mais tout est dit comme en frottant le dos de l’auditeur en lui disant : « Mais ça va aller. » Et c’est un peu ma vision du monde, je crois, ce mélange de pessimisme et de « Ça va aller, on va se prendre dans les bras, ne t’inquiète pas ». Je crois que je ressens ça, donc de le dire, j’ai l’impression d’être juste avec ce sentiment.

On a souvent une image de la pop comme parlant d’un certain nombre de thèmes attendus, tournés vers l’intime et les états d’âme, alors que Triomphe, à part peut-être « Séparés » qui reste sur ce terrain, part complètement ailleurs.

C’est un peu la même dialectique, ce rapport entre l’intimité et le rêve. Pour moi c’est hyper intime, d’une certaine manière c’est ma psyché que j’extériorise. Il y a beaucoup plus de fantasme dans ce disque, j’irais même jusqu’à dire beaucoup plus d’érotisme, dans la médiation d’images et d’histoires qu’on se raconte. Je pense qu’il n’y a pas d’érotisme sans histoires qu’on se raconte. Adieu l’enfance, c’est étrange parce que c’est plus intime, mais en un sens c’était mille fois plus pudique. Je ne sais pas jusqu’à quel point je peux démêler cette ambiguïté mais pour moi, ça finit en « Nu, jeune, léger », donc ça finit quand même à poil. (rire) Mais c’est comme si c’était un rapport plus ancestral à l’intimité, alors qu’Adieu l’enfance, c’était un rapport plus… En fait c’est comme si dans Adieu l’enfance j’étais encore Agnès alors que dans Triomphe je suis partie en mode prêtresse.

Ce qui résonne avec toute la dimension de lâcher-prise et de libération qui est très présente dans l’album. Notamment dans le final de plusieurs morceaux, comme « Le Royaume » et « Gianni ».

J’ai toujours désiré ça mais je ne me le suis pas autorisé. Progressivement, tu comprends aussi qui vont être les gens qui t’écoutent. Il y a des choses que j’ai toujours aimées musicalement mais que je ne me suis pas toujours autorisées, parce que je suis aussi très sensible aux retours, et à un moment je me suis peut-être projetée dans quelque chose de plus sage et progressivement j’ai réalisé que ce n’était pas du tout ce que je voulais, ni ce que les gens aimaient dans ce que je faisais. Et donc oui, là, le lâcher-prise a eu toute sa pertinence et je l’ai accueilli. Et ce n’est pas fini.

On avait parlé dans l’interview précédente du côté cathartique d’Adieu l’enfance et de l’impression qu’il ouvrait sur autre chose ensuite. Y a-t-il eu le même type d’effet sur cet album ?

Je pense que je ne l’ai pas encore assez joué en concert, on va plutôt avoir des concerts à partir de juin, et puis en octobre. Pour le moment, je suis encore bien dedans et je ne suis pas encore passée à autre chose. J’ai déjà envie de faire un disque peut-être plus radical, avec moins de textes, peut-être quelque chose de très vocal, je vais voir. Mais pour le moment, j’ai encore vraiment envie de jouer ces morceaux-là, la catharsis n’a pas encore eu lieu. J’ai l’impression que je n’ai pas encore complètement pris mon dû de plaisir et de sensations avec ce disque qui en a les ressources, sachant qu’en live tu développes encore plus certaines sensations que tu as juste mises comme des petites promesses sur le disque, et tu sais qu’en live ça va se produire encore plus fort.

On parlait tout à l’heure de la bizarrerie qui naît dans certaines chansons de l’assemblage d’éléments très divers. Pourrais-tu nous parler de la genèse de « Gianni » ? C’est un morceau très intrigant avec sa forme pop presque classique au départ, puis ce refrain en italien qui amène déjà un élément d’étrangeté, ce final inquiétant qui part complètement ailleurs, et le texte assez mystérieux qui parle notamment de voyance. Tout ça forme un ensemble très curieux.

Je pense que pour moi, c’était vraiment un univers de sensualité et de séduction. Ça parle d’un Don Juan, quelqu’un qui t’attire, tu sens que tu as envie de basculer et en même temps. J’avais eu cette vision, une fois, de quelqu’un qui a produit cet effet sur moi… Tu vas dire que je suis folle, j’adore voir des films des années 70 avec des démons et tout ça, mais j’avais vraiment l’impression de voir un gouffre et de la fumée qui en sortait, « N’y va pas », c’était à la fois très attirant et en même temps c’était un peu la bouche du diable. Et cette personne m’a lu les cartes. Donc, c’est vraiment une histoire très réelle.

Et pour moi, cette espèce d’érotisme, de sensation d’attirance, s’était un peu cristallisée dans une bande-son d’Ennio Morricone qui s’appelait « Erotico Mistico » (tout un programme), où tu as ces grooves presque tribaux mais à l’italienne, un mélange de disco et de musique plus tribale. J’avais envie de retrouver cette espèce de groove-là et de pouvoir chanter aussi sur le refrain – c’est quelque chose que le français interdit. J’ai écrit un texte dans la revue Audimat qui s’appelle « Français deuxième langue », où je réfléchissais sur le fait qu’il y ait dans la pop indé ce sentiment qu’on ne peut pas chanter, pousser les voyelles, sinon tu bascules tout de suite dans la variété. Il y avait donc un risque de mauvais goût dans ce morceau, il y a quelque chose de très baroque.

Je te donne les éléments de façon disparate mais en tout cas, à partir du moment où j’ai eu cet élément musical, ce groove, cette référence à l’italien qui m’autorisait à chanter plus fort et cette image d’un séducteur Don Juan, toute cette constellation a constitué cette chanson dans ma tête. Et à partir du moment où je me suis dit « C’est un Don Juan », il y a la descente aux enfers – la fin du morceau, c’est vraiment ça. Il y a aussi le Don Juan de Molière qui m’a beaucoup marquée adolescente, avec cette descente aux enfers. Je me fais un petit film mental et je me raconte des trucs mais il n’y a rien de gratuit dans tout ce qui est raconté, et ça m’emmène quelque part.

Ce final est pour beaucoup dans l’impression d’étrangeté que laisse cette chanson. Il rappelle notamment les musiques des films de Carpenter ou d’Argento.

Complètement. Je pense qu’il y a ce côté « giallo » dans l’album en général, même dans « La femme du kiosque sur l’eau », il y a un truc « carpentérien ». J’adore les bandes-son de Carpenter, je ne suis pas la seule, c’est devenu une grande mode mais il se trouve que ça m’inspire. Musicalement c’est plutôt passé dans la musique geek, Zombie Zombie et compagnie, et je trouve ça bien aussi que ça passe dans une musique avec une voix féminine. Mais oui, il y a complètement un côté giallo. Ça crée cette sensation qu’on a toujours dans le giallo d’un second degré… en tout cas d’un double fond. Pas le second degré dans le sens où c’est ironique, je n’ai pas du tout envie de faire quelque chose d’ironique. D’ailleurs ça m’a surprise, quelqu’un a dit « Avec le titre ironique de son album » et ça ne m’a pas du tout plu. Bon, bien sûr, il s’est dit « Elle l’appelle Triomphe alors qu’elle fait de la pop indé », mais non, ce n’est pas ironique, c’est à double fond, ce n’est pas pareil. Ce n’est pas du second degré au sens où je me désengage, mais au sens où il y a plusieurs couches de sens.

Tu as choisi ce titre en référence au triomphe de Dionysos, mais avais-tu conscience qu’il pouvait se retourner contre toi si l’album était mal reçu ?

Oui, j’assume complètement, ça me faisait marrer en fait. Je me disais : Quand bien même il y aurait des gens qui titreraient « La Féline fait un flop avec Triomphe »… De toute manière, je pense que je cultive aussi malgré moi cette posture, dans la musique, d’un rapport assez amusé aux attentes de succès. J’aimais bien l’idée (pour le coup ce n’est pas de l’ironie mais plutôt facétieux) d’utiliser un titre « over the top » pour un album plutôt classé dans la pop indépendante en sachant qu’on ne s’autorise ça que dans le hip hop, « c’est moi la princesse, c’est moi la queen »...

En fait peu importe l’échelle du triomphe, ce qui compte, c’est la façon dont ça va être reçu en intensité et pas en quantité de gens. Et je sais que je mise beaucoup plus sur l’intensité de la réception chez certaines personnes qui vont vraiment être touchées sans s’inscrire dans un mainstream… sans répondre simplement à la contrainte industrielle. Pour moi le triomphe est déjà là, au moment où tu me dis « J’adore ce morceau ». D’une certaine manière, je ne pouvais pas avoir peur à partir de mon interprétation même de ce titre qui était que le triomphe, en un sens, avait déjà eu lieu dans le fait que j’ai enregistré ces morceaux avec cette équipe et que ça a été un tel bonheur de le faire. J’étais complètement protégée au sens presque astrologique du terme. Pour moi ça va bien au-delà du mot « succès » au sens de succès commercial, ça a un sens beaucoup plus radical, beaucoup plus profond.

Pour en revenir à « Gianni » et à ce refrain en italien, c’est un motif qui revient souvent chez toi, ce « décrochage » linguistique. Il y a un refrain en anglais dans « Comité rouge », en espagnol dans « Zone »…

Quand j’avais réfléchi sur le statut du français et sur les possibilités de cette langue, je pense bien sûr que c’est une langue qui se laisse chanter, mais il y a des interdits qu’on a un peu intériorisés, avec par exemple l’interprétation gainsbourgienne de la pop, un chanteur qui fait du talk over et une chanteuse ingénue qui lui répond. Et de l’autre côté tu as Lara Fabian qui fait « Je t’aiiiime » et on se dit « Non, surtout pas ». (rire) Il y a quand même un léger tabou en France sur la vocalisation. Enfin là, aujourd’hui, on a des chanteuses qui s’autorisent des vocalisations de variété et c’est quand même identifié comme indé. Ce qui n’est pas tout à fait vrai en réalité, tu n’es pas indé chez Barclay, les mots ont un sens.

Mais peut-être qu’en effet, précisément parce que je suis un peu sous condition de ce tabou, je m’autorise à libérer vraiment ma voix dans des vocalises un peu plus poussées que d’habitude dans d’autres langues. C’est peut-être une impuissance ou une conscience qu’en français, tu ne peux pas vocaliser autant sans trahir quelque chose… Ce n’est pas tant que ce soit moche à entendre, mais c’est comme si tu cherchais à imiter une autre langue en français, et c’est ça que je trouve assez laid en général.

C’est pour ça qu’à la fin de l’article sur le français je disais que le plus beau, c’est quand tu entends le français comme une langue étrangère, mais ça ne veut pas dire résonner comme une langue étrangère identifiée qui serait l’anglais. Je parlais d’une chanson cajun de Cléoma Breaux où elle chante... (Agnès se met à chanter « Le vieux soulard et sa femme », accent cajun compris.) Tu vois ce truc ? C’est génial. Il faut que tu l’écoutes. Elle roule les « r », c’est très étrange, c’est vraiment l’accent cajun et c’est irrésistible. Et elle ne fait pas semblant de mettre des inflexions américaines, ce n’est pas ça, c’est juste de l’étrangeté. Je trouve que je me sens bien avec la langue française quand tu en fais ton idiome et que tu as ta petite manière à toi de dire certains mots qui en font une langue étrangère au sens où ça devient complètement idiosyncrasique. Mais voilà, dans « Gianni », je ne pouvais pas dire « Don Juan, tu le sais, il n’y a pas de lendemain », ça ne l’aurait pas fait. C’est un tabou, et il faut les lever, les tabous, je suis bien d’accord, mais peut-être pas tous.

Tes refrains produisent souvent cette notion de décrochage. L’un des morceaux les plus forts de l’album est pour moi « Le Royaume » qui illustre bien cette notion de lâcher-prise dont on parlait, et son refrain est très intrigant parce qu’il répète un seul mot en boucle. Pourquoi « Absalon » ?

Au départ, ça vient du fait que le propos de la chanson évoque pour moi quelque chose d’assez rituel, d’assez ancestral, qui en même temps peut faire sens pour une situation contemporaine, et que je n’avais pas envie de briser cette dimension un peu occulte où il y a quelque chose qui est de l’ordre d’une révélation. Absalon, Absalon !, c’est le titre d’un roman de Faulkner, mais ça ne lui fait pas référence ; en réalité c’est le nom d’un royaume de Judée, c’est plutôt une référence biblique. Et pour moi c’est vraiment l’idée d’un royaume qui s’écroule. Un royaume un peu oriental, ancestral, antique, biblique, mais en l’occurrence il ne s’agit pas d’évoquer la chrétienté contre l’Islam, ce n’est pas aussi précis que ça. C’est vraiment l’idée de dire le nom d’un royaume et de le répéter, et donc d’évoquer à la fois la perte et une part de vénération, mais qui est déjà vécue sur un mode nostalgique.

Et je trouve que c’est assez mystérieux, j’aimais bien aussi que le lead disparaisse dans une épaisseur de voix, presque de chœur comme dans les chœurs antiques. Ce n’est pas « Gianni » où le lead prend vraiment le pouvoir, au contraire tu as la narration et puis tu as ce chœur antique. Je trouve ça magnifique dans les tragédies grecques, la partition du chœur, du coryphée et des personnages qui racontent, cette espèce de commentaire sur l’action.

Tu as fait le choix de présenter les morceaux de l’album lors d’une série de concerts solo. J’avais été marquée notamment par celui que tu as donné l’année dernière à l’Espace B. On avait l’impression que tu te libérais de quelque chose, comme si tu revenais aux sources ou que tu défrichais un terrain vierge. Ça marquait une rupture assez nette et c’était un choix intéressant pour présenter de nouveaux morceaux.

Quand j’ai fait ce concert à l’Espace B, ça a été un moment très fort pour moi aussi de livrer ces chansons avant même qu’elles aient leur forme étoffée, la forme achevée qu’elles ont sur l’album, donc présentées assez nues, même si mon setup solo me permet pas mal de choses (j’envoie des boucles rythmiques, je sample ma voix et ma guitare). Les chansons d’Adieu l’enfance n’étaient pas toutes évidentes à adapter au chanter en solo, bizarrement, ou peut-être que je n’avais pas la même expérience pour les adapter. C’est étonnant parce que Triomphe est un album assez arrangé, plus riche en orchestrations qu’Adieu l’enfance (et les arrangements ne sont pas simplement des décorations pour moi : le solo de sax du « Royaume », je l’ai eu en tête très vite, je me suis dit « Là il faut que ça explose », en contraste avec le côté très répétitif, transe, presque rituel, du morceau). Mais, même en mettant le plus de nécessité possible dans les arrangements, j’ai beaucoup cherché à faire en sorte que l’âme des morceaux tienne aux éléments essentiels que je peux reproduire seule. Je me rends compte que, très souvent, leur matrice expressive tient à la mélodie chantée et au rythme.

Et sur cette histoire de retour aux sources que tu évoquais, c’est assez intéressant aussi parce qu’Adieu l’enfance, qui disait adieu à une certaine partie de l’enfance, n’a pas dit adieu à toute l’enfance. Quand je te parle de tragédie grecque, de mon sentiment presque superstitieux par rapport à la puissance de séduction de certains êtres, ou au côté post-apocalyptique que je projette dans « La femme du kiosque sur l’eau », tout ça renvoie à des choses assez enfantines, à des représentations que j’avais déjà petite fille, en feuilletant des livres sur la mythologie grecque ou en observant des adultes un peu fous. Ce sont des rêveries d’enfant, comme être qui n’est pas pris dans le monde des obligations adultes, qui a le temps d’extrapoler et de se faire des frayeurs tout seul.

C’est quelque chose qui m’a semblé encore plus marqué sur cet album que sur le précédent. D’un côté tu as une chanson comme « Comité rouge » par exemple qui est plus adulte, et d’un autre des chansons comme « Senga » ou « Trophée » relèvent d’un regard enfantin, pas dans le sens de « naïf » mais dans le sens où on regarde le monde, on y projette des images et on le transforme à notre façon.

Il doit y avoir une différence du coup entre une chanson comme « Comité rouge » qui est contemplative mais consciente, il y a une espèce de lucidité – enfin c’est peut-être beaucoup m’attribuer, mais en tout cas cette idée de l’extrême-gauche ou du sentiment de la crise qui s’impose et qui est plus qu’une crise. J’aime bien ce slogan, « Merry crisis, happy new fear », qui était sur des murs en Grèce, je crois, qui a été pris en photo et qui se retrouve dans le livre du Comité Invisible, À nos amis. Au lieu de dire « Joyeux Noël et bonne année », c’est « Joyeuse crise et en avant pour la peur à nouveau ». Donc oui, il y a peut-être cette différence entre des choses où une part du monde lucide et adulte est entrée et d’autres où ça reste un mélange de sagesse et d’enfance.

Quand je parle de Dionysos en parlant de ce disque je pense aussi aux très belles figures de Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra, le chameau, le lion et l’enfant, qui sont les figures du savoir. Le chameau, c’est celui qui accumule et qui porte le savoir mais qui n’a pas de distance par rapport à lu. Il y a le lion qui se rend compte de ce savoir et qui du coup est un peu dans la force et l’agressivité. Et puis il y a l’enfant qui est à un stade ultime de sagesse parce qu’il a acquis la connaissance, il connaît sa force mais il n’a pas besoin d’en faire démonstration. Donc l’enfant est aussi une figure de sagesse. Dans ce que raconte Triomphe, il y a des bribes de cette sagesse – au sens assez archaïque du terme – que je ressens et que j’ai envie de transmettre d’une certaine manière.

Ça me fait penser, indirectement, au fait qu’il y a dans tes chansons un mélange, en schématisant grossièrement, de culture « populaire » et « savante », et que c’est de plus en plus assumé ici. À la fois tu vas citer Walt Whitman comme inspiration de « Senga » et utiliser des images de post-apo, et cette figure de guerrière qui relève presque de l’heroic fantasy, et des références à l’antiquité… Tout ça se brasse.

Je pense que c’est ça la pop, c’est ça qui est génial avec cet art musical-là : quand tu fais de la pop, tu peux tout prendre, tu as le monde entier à ta disposition et l’important, c’est que ça passe dans une expression qui est la tienne. Je me suis rendu compte de ça progressivement. C’est fait de cette espèce d’hybridation, de collage, mais pour moi ce n’est pas un collage ironique ou post-moderne, c’est juste que nous sommes faits de ça. Il se trouve que j’ai appris des choses appartenant à la culture « savante » et en même temps j’ai des émotions extrêmement fortes en regardant des giallos ou des films… Et c’est très puissant pour ça.

En travaillant sur Adorno et sur sa théorie du modernisme, ce sont des pensées d’histoire de la musique qui sont pleines de tabous, qui s’interdisent des choses. Adorno va te dire qu’il y a certains matériaux de la musique qu’on ne peut plus utiliser parce que l’histoire de la musique est une espèce de progression ascétique où on se débarrasse, il y a vraiment un rebut de la modernité, tu n’as pas le droit de faire de la musique tonale parce que la conscience savante de la musique a dépassé ça. Et tu te dis : « Ce qui est génial avec la pop c’est que tu es un chiffonnier, le rebut, il est pour toi, vas-y, va faire les poubelles de l’histoire, ramène tout ce que tu veux et fais-en de l’or. » Et c’est extrêmement excitant parce que ça veut dire que tu peux tout prendre pourvu que tu en fasses quelque chose de tien. Il se trouve que j’ai tout ça dans ma besace et que ça fait sens de l’investir ici. Il ne s’agit pas de mettre tout ce que tu as en vrac, mais au bout d’un moment, ça te crée une vision du monde et ça s’associe naturellement sans contradiction.

À propos de ces références, beaucoup de gens, en découvrant « Senga » qui parle d’une sauvageonne et de son loup, ont tout de suite pensé à Miyazaki, à Princesse Mononoke. Est-ce une image que tu avais en tête en écrivant la chanson ?

C’est toi qui m’en as parlé et j’étais très contente parce que j’ai cet amour des mangas, on a déjà parlé de Tezuka et d’Otomo. J’adore marcher en forêt, en montagne, je suis née dans les Pyrénées et j’ai ressenti très tôt la nostalgie de la nature, le sentiment qu’il y avait un petit arrachement dans la vie urbaine. Et donc, au départ, il n’y a même pas la médiation du manga, il y a vraiment le regret que j’ai, en tant que personne, d’être empâtée dans ma vie urbaine et quand je vois des gens plus sauvages, ça m’évoque la liberté. Mon père est un voyageur, quelqu’un que je n’ai pas pu beaucoup fréquenter dans ma vie mais qui est allé en Afrique, qui a traversé la savane, construit des barrages, je pense qu’il incarne aussi cette idée de libération, d’individu complètement émancipé. Donc il y a plein d’images mais c’est très personnel, ça part moins d’une imagerie populaire que d’un sentiment.

Le poème de Walt Whitman dont s’inspire la chanson parle justement de ça, de fusion avec la nature et d’une forme de libération qui en naît.

Tout à fait. Whitman, on l’a identifié comme le poète de ce qu’on a appelé le « transcendantalisme », qui vient au départ du fait qu’ils ont lu Kant mais de façon très bizarre. Il y a une théorie de l’ego transcendantal chez Kant, et il l’a lu aux antipodes de Kant puisqu’il en fait une théorie cosmique de l’individu. C’est-à-dire qu’il comprend que l’individualité n’est que fusion avec chaque chose de la nature, y compris les choses les plus minables, la crasse, ta propre rognure d’ongle, tout est compris à travers le prisme de cette fusion.

Ça a beaucoup inspiré aussi la pensée écologique actuelle, la deep ecology est inspirée de Walt Whitman. Il y a Thoreau par exemple, je ne sais pas si tu connais ce livre, Walden ou la Vie dans les bois, où il a fait l’expérience de retourner vivre dans la forêt pendant un an en se nourrissant juste de livres. Bon, il y a quand même des livres, ce sont des gens qui ne veulent pas renoncer à la culture au sens surtout littéraire du terme, mais qui veulent renoncer aux voies ferrées et à la vie industrielle. C’est vraiment une poésie qui est liée à l’Amérique mais aussi à cet idéal de fusion avec la nature.

Pour en revenir à ce poème, « We Two, How Long We Were Fool’d », j’ai juste repris cette phrase, et aussi l’image des deux vagues mêlées. Ce poème s’appelle « Song of myself », c’est « la chanson de moi-même », il parle en fait de la nature toute entière, donc c’est justement le « moi-même » qui s’ouvre absolument à la totalité. Et moi, très naïvement, quand je suis en pleine montagne, j’ai ce sentiment-là qui me galvanise complètement, c’est un mélange d’expérience du sublime un peu romantique… Je ne vais peut-être pas trop rentrer dans les détails philosophiques mais le sublime romantique, c’est un sublime où tu reprends le dessus sur ton expérience, parce que c’est toi l’ego transcendantal qui mesure que malgré l’immensité tu es quand même plus fort que l’immensité, parce que tu en as conscience et tu as conscience que tu es vulnérable à cette immensité. Dans la version germanique, c’est quand même toujours l’individu qui gagne, alors qu’avec Thoreau tu ne sais pas trop si la fusion ne va pas t’amener à succomber. Et c’est un peu ça qu’on cherche avec la musique. À un moment tu domines, tu domines, mais tu voudrais peut-être succomber.

Pour en revenir aux concerts solo évoqués tout à l’heure, tu y reprenais « Pour la peau » de Dominique A. C’est une chanson plus charnelle et plus habitée que d’autres dans son répertoire, ce qui ressortait dans ton interprétation et qui est très cohérent avec la démarche de Triomphe.

Oui, c’est un grand bonheur de reprendre cette chanson. C’est étrange, pour le coup je me dis qu’il y a des choses inconscientes parce que je n’aurais pas dit que c’était ma chanson préférée. Alors tu vas me demander : pourquoi tu es allée la reprendre ? Mais quelque chose m’a poussée à le faire et à partir du moment où tout m’a traversée parce que je me suis mise à la chanter, le texte s’est beaucoup plus révélé à moi. Et puis je me suis dit : tiens, je vais l’adapter avec ce groove un peu lancinant qui me fait penser à un de mes morceaux préférés du Velvet Underground, « Venus in Furs ». Toutes ces dimensions se sont réunies et j’ai énormément de plaisir à la chanter.

Et comme toujours, je ne sais pas si j’arriverai un jour à dépasser ça mais j’ai l’impression que j’arrive beaucoup plus librement à interpréter les chansons des autres que mes propres chansons. Elle me donne une espèce de niveau où je me dis : « C’est à ce niveau-là que tu dois chanter les autres, ce niveau d’intensité et de confiance dans la chanson. » Quand c’est ta propre chanson, il y a peut-être une petite arrière-pensée où tu as moins confiance parce que c’est toi qui l’as écrite et que tu peux douter. Alors que Dominique A, je ne doute pas deux secondes.

Dans l’interview précédente, tu disais que les claviers d’Adieu l’enfance te renvoyaient à la musique que tu écoutais enfant. Il y avait l’idée que le fond et la forme dialoguaient. Et ici, qu’est-ce que la forme dit sur le fond ?

Qu’est-ce que la forme dit sur le fond ? (moment de réflexion) La forme d’avoir mis des cuivres, d’avoir mis des bois… Pour moi, c’est ce qu’il y a de plus « primitif » dans la musique, les percussions et tout ce qui est flûtes, instruments à vent. Et donc la forme va dans le sens de ce lâcher-prise parce qu’elle me ramène à ce qui me semble être la chose la moins artificielle dans la musique, d’une certaine manière. J’avoue qu’avec Adieu l’enfance, quand je jouais en live et surtout en groupe, même si c’était totalement sincère évidemment, il y avait des contextes où j’ai eu le sentiment que ces sons de synthé étaient comme un barrage : les gens initiés comprenaient et se disaient « Ah oui, cool, c’est de la TR 808, c’est du JX-3P », mais pour les gens non-initiés ça faisait comme un barrage par rapport aux chansons, ces textures que les gens identifient comme années 80 – ce qui est un peu agaçant aussi, parce qu’en fait c’est quand même assez différent des chansons années 80.

J’ai eu envie de retrouver des sonorités qui me paraissaient plus immédiates, plus partagées. Il me semble que des sons de percussions ou des sons de cuivre, c’est plus universel en un sens, des gens non-initiés n’ont pas besoin de se dire « Ah, ça me fait penser à tel album de Ride ou de Kraftwerk. » Bizarrement il y a moins besoin de références musicales. Donc la forme plus acoustique, plus percussive, plus liée aux textures, aux vents, etc, me semblait plus immédiate.

Alors tu vas me dire, c’est paradoxal, parce qu’il y a des personnes pour qui Triomphe est un album qui n’est pas facile. Mais pour moi ça veut dire plus de générosité, ne serait-ce que parce que ce sont des instruments qui permettent plus de virtuosité. Le solo de sax sur « Le Royaume », pour moi, ou la voix sur « Gianni » qui va se libérer complètement, ou la guitare sur « Trophée » qui va devenir assez grasse, c’est ce que ça dit. Peut-être. (rire)

La Féline sera en concert le 02/06 à Belfort (Fimu Festival), le 04/06 à Talence (Festival ODP), le 17/06 à Paris (Champs-Élysées Film Festival), le 28/07 à Besançon (La Cour du Palais Gravelle), le 29/11 à Paris (La Boule Noire).

Photos (c) Mélanie Fazi.

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publié par le 02/05/17