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publié par Mickaël Adamadorassy le 28/01/15
Twelve Monkeys - Pilote
Pilote

Film-culte

Allons-y franchement, Twelve Monkeys (l’Armée des Douze Singes) est un de mes films-culte. La rencontre miraculeuse entre Terry Gilliam, ex Monthy Python, le réalisateur surdoué de Brazil, et David et Janet Peoples, des amoureux de la Jetée de Chris Marker, déterminés à l’adapter en long-métrage sans en trahir l’esprit.

Pour ne pas trop spoiler le film, je me contenterai de citer Gilliam : Twelve Monkeys c’est une histoire "qui traite du temps, de la folie et de la perception du monde, de ce qui est réel ou pas. C’est une réflexion sur la folie et les rêves, sur la mort et la renaissance, au moment où le monde vit ses derniers jours" (Traduction très personnelle par votre serviteur d’après wikipedia).

Et puis surtout c’est une histoire d’amour. C’est l’histoire d’amour originelle même, terriblement belle et tragique. Madeleine Stowe (le docteur Railly) y est sublime et Bruce Willis (Cole) touchant, Il n’était alors pas encore coincé dans le John McLane en pilote automatique des derniers Die Hard. Entre lui et elle ça fonctionnait. A en pleurer.

Série cucul ?

Twelve Monkeys, la série de SyFy, reprend la même trame de science-fiction : un taulard sacrifiable à qui on fait remonter le temps pour empêcher la propagation d’une pandémie, et enlève tout le reste. Exit la mise en scène hallucinée de Gilliam, le questionnement sur la folie, la tragédie.

On sent vite que les scénaristes n’en n’ont rien à faire des subtilités et des ambivalences du film. Via une astuce empruntée au film Looper, Cole monte en quelques secondes au docteur Railly (jouée par Amanda Schull, qu’on est content de voir dans un rôle plus conséquent que dans Suits) qu’il est bien un voyageur du temps et que toute modification du passé impacte le futur.

Oubliés donc les doutes des personnages qui ne savent plus très bien s’ils sont dans le réel. Pour de la SF, c’est à la fois triste et paradoxal, mais Twelve Monkeys est assez "terre à terre", elle est du genre fantastique mais peu fantasque. C’est de l’imaginaire qui manque d’imagination : Les personnages se voient attribuer une mission et ils l’exécutent, passant du "normal" à une histoire de voyage dans le temps sans broncher ou presque, ils dissertent sur les paradoxes comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, à croire qu’ils sont abonnés à SyFy...

C’est bien pratique, ça évite tout un tas de discussions, ça permet au pilote d’avancer vite avec une doc Railly qui suit Cole gentiment dans ses aventures. Au début elle tique un peu sur la violence, mais ça ne va pas durer. "De toute façon, il est déjà mort, vous êtes tous morts" d’après Cole. Alors allons-y gaiement...Face à l’exécution d’un homme qu’elle a empêché notre voyageur du temps de tuer, quitte à le faire emprisonner , soudainement notre doctoresse, qui est censée soigner etc., ne bronche plus.

Oops they did it again

Histoire présentée en accéléré, lubrifiée par de la simplification à outrance, psychologie sommaire, construction scénaristique bancale... Vous n’avez pas déjà lu ça quelque part ? Eh bien si.... on dirait les travers de Terra Nova.... et bingo les deux besogneux qui ont écrit le pilote de Twelve Monkeys ont tous les deux travaillé sur cette série décevante et vite oubliée.

Et donc en guise d’adaptation c’est une nouvelle bouse qu’ont commis ces deux médiocres dont il faut citer les noms, Terry Matalas and Travis Fickett, pour que peut être on les empêche de recommencer.

Et ce n’est pas les producteurs qui vont rattraper le niveau : ils disent vouloir ne pas raconter la même histoire mais la réinventer en s’inspirant par exemple du film Looper cité un peu plus haut.

En toute franchise

On peut alors leur demander pourquoi ils se sont permis d’utiliser le nom de 12 Monkeys, de "reprendre la franchise" comme disent les ricains si c’est pour la vider de toute sa substance et imiter un autre film.

Si on fait abstraction de sa "parenté", la série a peut être de quoi devenir de la SF honnête : même si le pilote s’éloigne du film et prend un peu trop de raccourcis douteux, il reste quand même plutôt bien rythmé. On sent quelques différences avec le film qui peuvent devenir intéressantes, comme le fait de se servir des paradoxes comme une arme. Les deux personnages principaux sont sympathiques, surtout Amanda Schull ; Aaron Stanford qui joue Cole est encore un peu transparent, il manque d’intensité dans son jeu et même au niveau physique il est assez "passe-partout"... difficile de s’attacher à lui.

Il n’y a quasiment aucune chance que Twelve monkeys, la série puisse devenir un chef d’œuvre comme le film dont elle s’inspire finalement si peu. Par contre, elle peut devenir un chef d’œuvre qui n’a rien à voir, et c’est pour ça qu’on regardera au moins quelques épisodes en essayant d’oublier qu’il y a eu un film.
 

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publié par le 28/01/15
Informations

Sortie : 2014
Label : SyFy