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publié par Mickaël Adamadorassy le 14/11/11
Melville
- Est-ce que l'amour restera?
Est-ce que l'amour restera ?

Dans son article sur Chelsea, Gab vous a raconté son 1994 et ce que c’était de se prendre ce groupe dans la figure à cette époque-là. Le truc un peu tragique pour le rock français, c’est que mon 1998 est en fait assez similaire : les héros du jour se nomment Radiohead, les Smashing Pumpkins ou Placebo, le rock français c’est toujours Noir Désir et de temps en temps un tube comme le « je ne veux pas rester sage » de Dolly.

... Sauf qu’en fait si tragédie il y a, ce que j’ai appris depuis, c’est qu’elle n’a jamais été le fait de la scène rock française mais plutôt des médias, qui répètent inlassablement le même cycle : tout d’un coup on découvre qu’il y a du talent en France et on le porte vite aux nues, et on fait comme s’il était sorti de nulle part, juste nourri de références anglo-saxonnes à la mode. Et puis c’est has been et on nous dit que le rock n’existe pas en France, jusqu’à la prochaine fois.

Turn off the radio

Et donc en 1998, pour connaître cette scène française qui existait bel et bien et qui avait beaucoup à offrir, il fallait éteindre sa radio qui diffusait pour la 187ème fois les Rita Mitsouko pour respecter les quotas de diffusion et chercher... pas forcément très loin, dans un canard comme Rocksound, habituellement plutôt focalisé sur Marilyn Manson, Slipknot ou Korn ; en août 1998 ils sortaient un hors-série consacré au rock français, où il y avait un mémorable brûlot rock de Dolly en live avec un final complètement hallucinant intitulé.... Régis (ça ne s’invente pas), un ciel en sauce qui allait me rendre durablement amoureux de Dionysos et puis cette chanson de Melville, une version toute simple de La dérive avec juste une guitare acoustique et un piano électrique qui égrène quelques notes mais surtout ce texte et cette voix qui vous donne la chair de poule. Et parce qu’elle était acoustique et que j’apprenais la guitare sur une vieille classique, j’ai usé mes doigts pendant des heures sur cette chanson, en la jouant en plus avec les mauvais accords.

Et elle prie et elle tord. Chaque veine de son corps

Revenons maintenant en 2011, j’ai enfin tous les accords de la chanson, je l’ai même reprise en concert et j’ai eu le plaisir que quelqu’un vienne me voir à la fin pour me parler de Melville ; et cette chanson me fait toujours le même effet, j’en admire toujours autant l’écriture, la beauté dans ce qui est dit mais aussi la manière de dépeindre la tragédie comme un poids invisible, une épée qu’on a suspendue au dessus de la tête, l’empathie qui se crée en trois minutes et vingt-deux secondes avec elle, l’histoire qu’on s’imagine autour des non-dits.

Cette écriture à la fois pudique et à fleur de peau qui fonctionne par petites touches et par silences, cette façon d’échanger, de juxtaposer les mots, c’est une des raisons pour laquelle Melville et son unique album reste pour moi une référence absolue, même si en fait, sur « Est-ce que l’amour restera ? », ce style d’écriture n’est en fait à son paroxysme que sur deux titres : « La Dérive » donc et « Les Résolutions » (à écouter via le player ci-dessous)

Les souvenirs d’adolescence

Le reste de l’album, et en fait son début, "Allez Allez" et "Qu’importe ce qu’on dit" (les deux singles du disque) témoignent plutôt d’une urgence douloureuse, d’un besoin de préserver une certaine naïveté et de se raconter sans fards, sans artifices. Un exercice extrêmement difficile (il suffit de voir comment Saez avec une sincérité certaine réussit surtout à faire grincer des dents), qui demande encore plus de courage quand on s’appelle Emmanuel Tellier et qu’on est un journaliste rock connu.

Mais justement c’est cette spontanéité, le fait que les mots sonnent juste qui font que les titres de Melville fonctionnent aussi bien et ne se regardent pas avec cette espèce de condescendance qu’on a facilement à se souvenir des émotions de l’adolescence.

Une autre version des années 90

Pour l’instant, on a surtout parlé des textes mais "Est-ce que l’amour restera ?", c’est un vrai disque de rock qui a bénéficié d’une très bonne production et sur lequel on retrouve deux guitares qui jouent vraiment très bien et qui sonnent aussi très bien ; malgré le fait qu’on soit dans les 90’s, la saturation n’est pas excessive, le son plus volontiers tranchant et aérien que gras et lourd dans les basses.

On a en fait presque l’impression d’être dans la même pièce que les musiciens, d’entendre une guitare jouée dans un ampli, pas une production énorme avec des strates multiples, des effets de partout. Il y a juste quelques arrangements distillés avec parcimonie qui viennent enrichir le son par moments mais la plupart du temps on entend un groupe de rock qui ne cherche pas du tout à concurrencer ses contemporains dans le mur du son. Et en même temps, Melville n’est pas coincé non plus dans le son vintage, c’est un groupe qui sonne live et va droit à l’essentiel. Le seul morceau qui ne respecte pas ce postulat est d’ailleurs l’unique piste de l’album que j’ai tendance à zapper (Mon Himalaya).

La disparition

Groupe totalement pré-Internet, ayant existé peu de temps et signé sur un label qui a depuis disparu, Melville cesse d’exister avant d’avoir pu boucler son deuxième album et est malheureusement peu présent sur la toile, ne les cherchez pas sur deezer, itunes ou spotify, pas de photos, pas de bootlegs, pas de vidéos de téléphone portable, on n’a donc que cet unique album et cette piste acoustique sur un sampler Rocksound à se passer et se repasser, l’album étant encore disponible en CD sur Amazon en occasion par exemple.

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publié par le 14/11/11