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publié par Philippe Ache le 17/09/18
Fantôme
- Mésopotamie

Internet a vu le développement des chasseurs de fantôme. Equipés de caméras, ils les traquent pour essayer d’en prouver l’existence. Pour le Cargo, plus aucun doute, les fantômes existent. Ils en ont même rencontré un, un soir de concert à la Passerelle.2. Son prénom : Josépha, le titre de son second disque : Mésopotamie.

Mésopotamie

Pas de complotistes au Cargo !, pourtant il y a déjà quelques temps que nous doutons de l’origine humaine de certains musiciens. Que ce soit les « galettes » de ARLT, Borja Flames , Facteurs Chevaux ou Philippe Crab, cela fait quelques années que nous voyons passer des disques qui n’entrent dans aucune catégorie. Mais ici aucun doute, l’artiste ne dissimule pas sa nature féérique derrière un pseudo : elle s’appelle Fantôme.

Mésopotamie : explorer de nouvelles voies.

Si Mésopotamie est le second album de fantôme, cette dernière a déjà un long passé musical retracé dans le zoom que Le Cargo lui a consacré.

C’est un disque qui s’inscrit dans la lignée de « Nabie », son prédécesseur, mais qui va plus loin dans l’expérimentation. La poésie de Fantôme s’affirme : mélodies fantasques et vaporeuses, textes témoignant d’un réel lâcher prise comme issus d’une rêverie. L’œuvre d’une artiste, héritière des surréalistes !

Influences croisées de Satie et Moondog, « chanson française » et musique traditionnelle extrême-orientale se fondent dans un même creuset pour former une matière sonore vraiment originale.

Un disque polyglotte : 3 titres en anglais, 2 en français, 2 instrumentaux et un titre chanté en japonais.

Au niveau des instruments : on retrouve la harpe et le piano qui sont utilisés par l’artiste depuis ses débuts.

Un vrai bonheur au niveau de la voix. Les disques passent et la voix de Josépha est de plus en plus éthérée. Certains dénonceront peut-être un manque de justesse. J’y entends une artiste dont la personnalité vocale s’affirme de disque en disque. La voix des fantômes n’a visiblement que peu à choses à envier à celle des sirènes : l’étrange symbiose d’une voix de femme et d’une voix féline.

Un disque écrit comme un voyage.

Le disque s’ouvre par« Euphrate ». La narratrice nous transporte en Asie, sur le bord d’un fleuve ; l’action ou plutôt l’inaction se déroule, comme souvent chez fantôme un dimanche (Long dimanche blanc, Longwy Dimanche). Ce n’est pas étonnant, les morceaux de Fantôme sont empreints de lenteur. Le monde semble faire une pause. Ecouter Fantôme tient un peu de la méditation. On retrouve d’ailleurs cette même zenitude sur « Orientalish Melodish », un instrumental plein de langueur.

Sur « Rosary » , la voix se fait plus grave. Je pense à un Tom Waits au féminin. Avec « Symbol book » , elle allie pour la première fois langue anglaise et son amour pour Satie.

Le lâcher prise s’accentue sur « Longwy Dimanche ». Sur fond de harpe, le texte pourtant chanté en français se laisse plus deviner qu’entendre. Ces mots empreints de pudeur, à peine audibles créent une ambiance, plus qu’ils ne comptent une histoire.

Le sommet de l’album est « Komoro », un titre japonais traditionnel que Josépha se réapproprie totalement en le jouant au piano. Chez moi, ce titre fait naître l’image d’une musicienne esseulée évoluant dans le décor pluvieux du 1er Blade Runner. De quelle nature sont les moutons dont rêve Josépha ? En live, elle interprète ce titre à la harpe, c’est tout aussi ensorcelant.

L’album se conclue par « Gérone en bleu » et « De l’hiver » . Sur le 1er, un instrumental, elle nous transporte en Catalogne. Pourtant le parfum de l’Asie me semble toujours présent.

« De l’hiver » est chanté en anglais. Avec ce titre, elle rend hommage à, Nick Cave et Blixa Bargeld. Belles références ! La rencontre inattendue de paroles graves et d’une mélodie qui m’apparaît légère.

Nous n’avons pas fini de percer le mystère de Fantôme. J’en suis très heureux. Aventure à suivre …

Photo d’Isabelle Blanco

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publié par le 17/09/18