On l’attendait avec impatience cette Cigale de Coline Rio, plus de six mois depuis la sortie de son second album, Maison, mais il faut dire aussi qu’on avait été gâté précédemment avec beaucoup de concerts en deux ans en région parisienne), d’une première partie, encore un peu timide, en duo piano-violoncelle jusqu’à la formulaire la plus récente qu’on lui connaissait, en trio avec le renfort de son frère Lancelot à la batterie.
Alors que le rideau rouge dévoile la scène encore plongée dans une pénombre bleutée, avec comme toile de fond un visuel de maison qui fait écho à celui de l’album, c’est une formation avec désormais quatre musiciens qu’on découvre : à gauche la batterie de Lancelot, à droite Laure au violoncelle lui fait face et derrière elle, le "petit" nouveau (on découvrira au salut qu’il est en fait très grand) : le claviériste Mathieu Epaillard, et Coline au milieu, tantôt à la guitare, tantôt au clavier et parfois juste au chant.
Le set commence avec "Sous la peau" et "Manteau Chagrin" qui ouvrent aussi le dernier album. Une entrée en matière tout en douceur pour ce qui est de l’instrumentation, mais ces deux titres sont parmi les plus forts et les plus émouvants du nouvel album. Le son est très bon, le groupe retranscrit en live sans problème toute la subtilité des deux titres et la prestation vocale de Coline est sans surprise magnifique En à peine deux chansons, on est déjà chamboulés par ce nouveau live, la scénographie est simple mais d’avoir cette maison sur scène, c’est déjà tout une partie du message de l’album qui est mis en abyme et sur le plan visuel les deux portes blanches offrent des espaces de contraste qui permettent d’isoler la silhouette de Coline, de la mettre en valeur dans des tableaux souvent sombres.
On regrettera juste un peu que son clavier ne soit pas orienté vers le devant de la scène , même si Coline tourne souvent la tête pour chanter face au public . Et l’espace sur le devant de la scène peu exploité , qui éloigne un peu les musiciens de nous alors qu’on a envie de la ressentir au plus près cette musique là.. et en même temps on se dit que cette formule à quatre, tout le travail qu’on sent derrière vise justement à faire résonner à sa juste mesure dans des salles plus grandes cette musique à la base intime, délicate et la mission est totalement accomplie : ce spectacle serait à sa place dans de grosse jauges, peut-être pas une Arena mais de gros festivals sans problème.
Coline en parlera un peu avant d’inviter Sage à reprendre avec elle "Everybody got to learn sometimes" qu’on connaissant sans savoir de qui elle était (The Korgis mais popularisée par Beck) : il a travaillé avec elle sur le live de cette tournée et lui a conseillé d’abandonner toute utilisation de bandes (plus exactement de pistes pré-enregistrées : ça fait bien longtemps qu’il n’y a plus de bandes magnétiques pour ce genre d’utilisation) pour ne garder que ce qui serait joué live par les quatre musiciens et on le remercie pour ça. Pas seulement parce qu’on trouve qu’entendre des bandes cassent souvent un peu l’immersion d’un live quand ca se remarque mais parce que cela renforce la cohésion dans cette formation live, donne l’impression d’un groupe qui joue ensemble, plutôt qu’une chanteuse, accompagnée de musiciens qui n’apportent pas toujours un vrai plus à des morceaux rôdés pour être joué en solo, ce qui pour nous était parfois le cas sur la date du Trianon, la batterie arrivant en fin de tournée.
Cette fois-ci on a une formation bien rodée où chaque instrument a son rôle dans les chansons, qui peut être de soutenir Coline ou de lui permettre de nouvelles choses : Mathieu apporte avec ces trois claviers soit une densité supplémentaire au son, soit la libère totalement de l’instrument pour qu’elle ne se consacre qu’au chant. Ce qui était plus rare dans les précédentes formules et qui réussit bien à Coline, il y a toujours autant de fragilité, de sensibilité dans la voix et les attitudes scéniques, les regards fiévreux, les mouvements lancinants/ Mais on sent aussi une force, une énergie scénique nouvelle, qui aurait été difficile à obtenir sans la batterie, on pense à "Homme", à "Ma Maison" dernier titre avant le rappel avec en invité Martin Gamet à la basse ou encore "On m’a dit" qui est toujours un des sommets des concerts de Coline.
Mais à bien y réfléchir, il n’y avait que des sommets, en une heure trois quarts de concert, Coline Rio ne nous a fait que monter plus haut, passer des cimes aux nuages, nous suspendus au fil de sa voix. aux émotions dans le texte de "Grand mère", la beauté des notes tenues, des vocalises dans les "louves". Et il faudrait aussi parler du superbe duo avec Barbara Pravi sur "La gentillesse", la pêche de "Capitaine" où les motifs rythmiques de Lancelot portent autant le morceau que de superbes montées dans les aigus, de "Lettres à soi" vraiment joué "comme à la maison" : Coline qui vient s’asseoir tranquillement sur un bout de scène pour introduire longuement la chanson, "Refuge", spoken word en piano-voix en presque épilogue parfait de ce concert-maison comme une profession de foi, un état-des lieux des choses apprises, données, des gens qui comptent.






