Devant un Trabendo complet voir plus que complet (y a les concerts complets où on garde quand même un petit espace personnel et ceux où l’on est vraiment tous serrés les uns contre les autres là c’est cette seconde option), Karly Hartzman, rouge à lèvres noir , jean noir, et t-shirt bleu Peavey* à la collection de trous conséquente par endroits, a l’air un peu crevée alors qu’elle salue son public parisien mais on est rassuré (?) quand elle nous explique que la tournée est déjà longue mais qu’elle est à un stade où n’a plus envie de se tuer et que ça devrait être bien ce soir. En rigolant of course, mais il y a de quoi poser un personnage plutôt "dark" et punk, entre la Mercredi de la famille Addams (forcément) et Daria et euh Courtney Love ?....

On se rend compte rapidement que tout comme la musique du groupe, un mélange détonnant de folk-country mélodique joliment parsemé de pedal steel et de riffs brutaux au son cradingue, Karly a plusieurs facettes : il y a la fille qui commence le concert avec cette mine fatiguée mais qui impressionne sur "Pick Up That Knife", la tête renversée, la bouche ouvert le plus grand possible, à hurlant tout ce qu’elle peut, encore ou encore dans un "Wasp" en final monstrueux et chaotique où elle laisse la guitare et donne tout ce qu’elle peut, à genoux par terre ou pliée en deux.. Celle qui écrit les textes plutôt sombres du groupe dont certains sur le dernier album évoquent sa rupture avec le guitariste MJ Lenderman, toujours membre du groupe mais qui ne tourne plus avec eux... Mais il y a aussi celle qui rigole en observant une fille qui fait "le slam le plus long qu’elle ait jamais vu" ou qui entre deux chansons fait un sondage pour savoir s’il y a des américains dans la salle, découvre qu’une autre fille est du même bled de Caroline du Nord qu’elle. Et elles commencent un peu à se raconter leur vie, leur lycée commun etc et qui alterne entre une danelectro à paillettes et une stratocaster avec un million de bidules colorés collés dessus et ce fameux t-shirt de vieux métalleux donc.

Karly intense mais pas intimidante donc , une boule d’énergie et une frontwoman qui sait capter l’intention et emmener son public avec elle, un public qui sera très bien briefé, passé quelques titres pour chauffer tout le monde, la chanteuse explique qu’ils vont jouer quelques titres de country mais qu’après il ne va quasiment plus rester que des "bangers", des titres qui font se bouger. Et c’est globalement ce qui va se passer, même si une fois la partie "bourrine" entamée, le groupe nous laisse récupérer avec quelques "respirations" comme "The Way Love Goes" ou "Elberry wine". Et ces titres country, ou juste plus calmes sont plutôt bien accueillis aussi par un public qui n’est donc pas venu là que pour les fameux bangers. Autour de nous dans les premiers rangs il est assez jeune, avec un nombre apparemment conséquent d’anglophones et il connait une bonne partie des chansons par cœur.
Mais évidemment l’ambiance monte tout de suite d’un can quand on passe au "dur" et on est ravis de se prendre dans les oreilles une bonne dose de distorsion délivrés par trois guitares (dont un "Twin Plagues" aussi monumental et étrange et chaotique et beau en live qu’on l’imaginait en écoutant le disque du même nom), dont le fameux pedalsteel qu’en écoutant l’album on avait surtout associé aux morceaux country et en fait Xandy Chelmis est aussi responsable d’une grande partie des son saturés qui font le son énorme et délicieux du groupe sur Bleeds, et si le lapsteel country c’est sublime quand c’est bien fait (prenons au hasard Paul Niehaus avec Calexico et Lambchop), on découvre le lapsteel noisy et en terme de graou ça n’a rien à envier à une les paul entrain de larsener dans un stack de marshalls.

On disait au début que Wednesday arrivait à Paris après avoir déjà beaucoup tourné et en ayant encore un bon paquet de dates derrière mais ca ne se ressentira à aucun moment à part cette petite phrase introductive, Karly ne s’économise pas du tout, le groupe maitrise parfaitement son sujet et le son qu’il produit. Ils joueront la quasi-totalité du dernier album, une bonne moitié de Rat Saw God dont un énorme "Bull Believer" aux côtés de "Townies" et de "Wasp", pour finir le concert dans un dernier assaut noisy à souhait où groupe comme public lâche ses dernières forces, on se laisse finalement emporté de notre place tout devant pas loin de Karly pour finir tout à gauche alors que le groupe quitte la scène après 1h20/1h30 de concert. Pas de rappel mais pas besoin, quand on est monté aussi haut, qu’on a donné autant.





