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publié par Sfar le 04/07/08
This Mortal Coil
- It'll end in tears
It'll end in tears

En 1984,

On entendait de la bonne musique... on pouvait déjà écouter the Cure sa trilogie mythique et son étonnant album The Top. D’autres étaient sans doute déjà plongés dans U2 et son The Unforgettable Fire. Et les plus curieux s’étaient déjà penchés sur toute la flopée de groupes présents sur l’indispensable label 4Ad fondé par Ivo Watts-Russell. Ce fut d’ailleurs la lecture d’une interview de Robert Smith qui me fit découvrir les Cocteau twins ... et de fil en aiguille l’ensemble des artistes de ce qui reste l’un des plus remarquables labels indépendants de pop rock britannique. A cette époque les groupes signés s’appelaient Dead Can Dance, les Cocteau Twins, Colourbox, The Wolfgang Press... et malgré leurs particularités il y avait tout de même une évidence à les retrouver regrouper au sein de 4AD.

“What dreams may come, when we have shuffled off this mortal coil, must give us pause.”

Quand Hamlet rencontre la dream pop gothique britannique ça donne This Mortal Coil. Ivo Watts-Russell imagina qu’on pourrait créer un groupe collectif en picorant de ci de là au sein des formations du label et en y invitant d’autres noms prestigieux. It’ll end in tears sera le premier album de la trilogie This Mortal coil réunissant à la fois reprises prestigieuses ( de Big Star, Tim Buckley et son majestueux “Song to the siren”, Rema-Rema, Roy Harper ou encore Colin Newman de Wire pour l’étonnante “Not Me”) et quelques compositions originales.

It’ll end in tears, ce fut aussi une magnifique pochette, une photo, des photos, à l’esthétisme presque morbide mêlant tristesse et plénitude infinies.

En 2008,

quand on se replonge aujourd’hui dans it’ll end in tears, on réalise déjà assez mal qu’il s’agit d’un album qu’on écoute régulièrement depuis près d’un quart de siècle, d’abord sur un des tous premiers Cd qu’on avait achetés, puis copié sur des k7 dont la bande se déroulait dans nos énormes walkman et qu’on écoutait en allant au lycée... pour maintenant en profiter sur un format mp3 dans un ipod ou quelque chose du genre ! L’écoute qu’on en fait aujourd’hui s’approche de l’expérience mystique, du « si on s’était douté que »... en effet réalisait-on lorsque nous écoutions cela, distraitement début 80’s, « l’énormité » de ce projet.

L’album débute par l’interprétation tellement poignante de Gordon Sharp sur la reprise de “Kangaroo” . On retrouve le même Sharp quelques pistes plus loin pour une reprise de “Holocaust” tout aussi mélodramatique. It’ll end in tears c’est pour beaucoup l’album d’une chanson, une reprise ayant éclipsé la version originale de Tim Buckley. Que celui qui n’a jamais eu les poils hérissés et la gorge nouée par la beauté et toute la douceur de l’interprétation aérienne de Liz Frazer, que celui qui ne s’est pas laissé bercer les yeux fermés par les accords de guitare hypnotiques égrenés par Robin Guthrie, que celui-là s’approche, là tout près de moi, que je le fouette avant de le mordre jusqu’au sang. Depuis cet album de 1984, “Song to the siren” n’appartient plus au regretté Buckley père mais est désormais indissociable de This Mortal Coil. Parmi l’ensemble des reprises se trouvent quelques inédits dont l’instrumental “FYT” à la ligne mélodique entêtante. It’ll end in tears navigue entre la légèreté planante des interprétations et la lourdeur de la plupart des morceaux. Que ce soit encore Liz frazer avec le superbe “Another Day” ou Lisa Gerrard sur “Waves Become Wings” et “Barramundi”, on reste encore , malgré tout ce que l’on connaît et que l’on a suivi des carrières de Dead Can Dance, des Cocteau twins des carrières solos de l’une et de l’autre, on reste donc encore complètement subjugués par ces chants et ces voix hors du commun. Il en existe pourtant des chanteuses aux voix absolument merveilleuses, magiques, envoûtantes, chaleureuses, hypnotisantes, émouvantes ... et malgré les années qui passent, les talents de certaines il ne restera toujours qu’une Lisa Gerrard et une Elizabeth Fraser capables d’interpréter si brillamment des morceaux emplis de tant de noirceur quasi-mystique.

Au milieu de tout cela, “Not Me” tomberait presque comme un OVNI avec son côté petite chanson pop new wave. Et, en même temps, c’était aussi cela 4 Ad, pas seulement des groupes aux morceaux mélancolico-suicidaires à gogos. Cet intermède joyeux repris par Robbie Grey apporte un peu de gaîté et une autre forme de légèreté avant que le tout s’achève sur un superbe “A Single Wish”.

Ainsi, sur une bien triste évidence chantée par Gordon Sharp, se conclut ce qui restera l’un des albums incontournables de tous les temps :

« ... You know it’ll end in tears... it’ll end in tears ! »

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publié par le 04/07/08