Voici un cas rare d’hybridation parfaitement réussi, un cas pour la science pourrait-on dire. Prenez une pincée de l’état d’esprit mélancolique de The pains of being pure at heart, un packaging très Cure (le nom de l’album, Boys cry too, et même la pochette cœur en tuffaut), ajoutez-y un chant éthéré par moments portant vers Cigarettes after sex (le planant "Emo Song"), envoyez enfin la cavalerie toutes guitares dehors quand vous voyez que ça pique un peu du nez (le taillé-pour-les-stades "Deathwish") et vous obtiendrez une chronique du nouvel album de The Haunted Youth sous forme de name-dropping façon dream-team indé.
effet
A cela s’ajoute une variété d’orchestrations qui maintient l’attention tout au long de l’album, des riffs accrocheurs du single "Murder me" (par lequel nous sommes tombés sur le groupe) à la guitare acoustique de "Wake up" en passant par des sonorités plus eighties (la rythmique de "Hurt" dont l’intro nous donne envie de nous repasser les Field Mice en boucle, autre référence de marque), le panel est large. C’est d’ailleurs lorsqu’ils s’embarquent dans les guitares plus lourdes (l’instrumental "Falling to pieces") et les rythmiques pesantes (autre emprunt aux Cure) qu’ils nous font le plus d’effet wow. A l’inverse, la tentative de college-rock ("Forget me") est sans doute celle qui, bien que pas désagréable, nous fait le moins d’effet.
fouet
La rareté tient dans le fait que cette grande variété d’approches, loin de faire pencher le disque vers l’artifice et l’inconfort, nous embarque au contraire au cœur même d’un univers singulier. Le premier titre "In my head" illustre à lui seul ces variations avec une évolution sur 8 minutes d’une petite ritournelle lynchienne légèrement inquiétante à un cri venu d’on-ne-sait-où. Et parlant de références, The Haunted Youth pousse même le vice un cran plus loin en allant poser son fouet du côté du jeu Nintendo de notre adolescence, "Castlevania", pour LE morceau de cette première moitié de 2026. Quoi de plus efficace qu’une alternance d’un couplet arpèges-entêtantes/chant-tout-calme et d’un refrain vague-saturée/chant-aérien ? On a beau connaitre la formule par cœur, on est décidément toujours aussi client, même passé la cinquantaine. Et on ne vous parle même pas de la sortie à rallonge de ce morceau shoegazien dans l’âme (quand les oooooh surfent la vague, on croit défaillir).
outsider
Au moment de clore cette chronique, on découvre que The Haunted Youth est un groupe belge et on aurait presque pu s’en douter. Car, oui, la Belgique est relativement prévisible que ce soit en foot ou en musique. Elle a, comme il se doit, manqué son entrée en coupe du monde face à une Egypte très offensive qui méritait sans doute mieux qu’un simple match nul, mais elle laisse une fois encore éclore un excellent groupe rock dans cette position d’outsider magnifique qui lui va si bien.






