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publié par Mickaël Adamadorassy le 07/03/19
Tamino - La Cigale, Paris - 06/03/2019

Le concert a commencé depuis un bon quart d’heure au moins. Pendant un de ces moments entre deux chansons où Tamino, un grand sourire aux lèvres est obligé d’attendre que les acclamations du public baissent en intensité pour qu’il puisse se faire entendre, on se retourne brièvement pour voir à quoi ressemble cette Cigale au complet. Les lumières sont allumées sur les spectateurs alors on en profite pour jeter un coup d’œil circulaire et là on a l’impression pendant quelques secondes que la salle est remplie uniquement de filles. Qui dévorent toutes des yeux ce songwriter belge de 22 ans que certains n’hésitent pas à qualifier d’héritier de Jeff Buckley.

Oh ce n’est pas la première fois qu’on entendra cette comparaison, sûrement pas la dernière non plus, et généralement celle-ci est plutôt en défaveur de celui qu’on compare à Jeff. Mais ce soir pour la première fois on se dit que le grand jeune homme à la Telecaster sur scène, tout de noir vêtu, les cheveux bruns qui lui cachent le visage, n’a pas à rougir face au mythe. Avec la facilité des grands techniciens et la retenue des vrais artistes, sa voix navigue entre un grave profond, chaud , des mediums sensibles et puis ces notes acrobatiques tout en haut de la tessiture, distillées avec parcimonie, sauf sur son fameux « Habibi », de plus en plus réclamé alors que le concert avance, mais qu’il garde bien sûr pour la fin. Et là c’est l’apothéose, le chanteur se lance dans une performance vocale en falsetto, comme des vagues de plus en plus puissantes, un tsunami qui irait tutoyer les sommets les plus vertigineux, des notes aiguës qu’on imaginait à peine possible et sans que cela ressemble à une audition de chanteur à voix à The Voice qui chercherait à faire pleurer Florent Pagny, sans que ça ne "frotte" parce que c’est trop ambitieux, c’est juste incroyablement beau.

Et ce qu’on apprécie le plus c’est que Tamino ne le fera qu’une fois pendant tout le concert, alors que généralement les chanteurs qui ont de telles capacités surtout quand ils sont jeunes s’appuient trop sur la technique et en mettent partout, avec un seul album au compteur, il a déjà la maturité pour éviter ce piège et privilégier la sensibilité, les ambiances qui se parent mieux de graves et de mediums.

Les atmosphères sont en effet plutôt sombres, pas un sombre de fin du monde mais plutôt celui du ciel avant l’orage. Les interprétations sont sensibles mais il y a de la retenue, de la sérénité, Tamino plus que la musique teintée de blues et de terroir américain de Jeff, c’est une invitation à rêver, à partir dans le même genre de transe que celle induite par un Thom Yorke période Kid A. Quand les sonorités orientales s’invitent dans l’équation, la voix fait aussi penser au James Maynard Keenan du premier A Perfect Circle et c’est à la fois vénéneux et majestueux.

Pour retranscrire sur scène son disque où il est accompagné par Nagham Zikrayat, un collectif de musiciens du moyen-orient installés à Bruxelles, Tamino est secondé par un claviériste et un batteur, qui assurent tous les deux des chœurs superbes. Mention spéciale pour Ruben Van Houtte à la batterie, installé sur le devant de la scène, presque au même niveau que Tamino, qui sait autant appuyer discrètement les autres, que captiver avec des plans sophistiqués ou insuffler l’énergie et les variations nécessaires pour faire vivre une longue partie instrumentale comme sur « so It Goes », où au milieu de morceau, c’est carrément monsieur Colin Greenwood de Radiohead qui débarque sur scène, s’installe discrètement près du batteur et vient compléter la section rythmique avec sa basse. Ce sera avec Habibi les deux très grands moments du concert, suivies par « Sun May Shine » et « Cigar », le reste se contentera d’être juste bien.

Face à cette salle remplie, qui l’applaudit longuement, on sent que Tamino est très heureux mais a encore un peu de mal à réaliser (Il va bien falloir, la prochaine fois c’est l’Olympia). Ce qui ne l’empêche pas de sourire et de parler un peu entre les chansons, il se permet même de taquiner Colin lors de la présentation des musiciens, en lui disant que "la dernière fois que tu as joué dans cette salle, c’est l’année où je suis né". Il s’essaie aussi spécialement pour le public français à utiliser un bout de la Javanaise comme introduction à un de ses titres. Avec un seul album sorti, le concert et le rappel ne sont pas très très longs mais le pouvoir de séduction, la manière tranquille de dérouler le set font qu’on a l’impression d’avoir voyagé longtemps et loin avec Tamino et on s’en retourne au froid et à la pluie parisienne, sans vraiment les sentir.

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