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publié par Mickaël Adamadorassy le 01/03/06
Sons Of Frida
- Tobbogan
Tobbogan

Sons of Frida (SoF), derrière ce nom pour le moins étrange, se cache un combo post-rock parisien,dont la musique est beaucoup moins rigolotte que le nom, en fait elle est pas rigolotte du tout. Et c’est un peu une constante du groupe, de ne pas être là où on l’attend, voir où il s’attend lui-même.

Rencontrés lors de la mise en boite du not’CD 2, compilation gratuite que j’ai co-supervisé, avec entre aux la matelote Vinciane qui nous a gratifié d’une superbe couv. C’est téléchargeable ici et vous y trouverez une première version de little ghost town de SoF, qui figure aussi sur toboggan, deuxième EP du groupe , dont vous êtes apparemment en train de lire la chronique.

ah ? aaaaaaaaaah !!!

A l’époque du not’CD, je dois avouer que ma première réaction à l’écoute du morceau de SoF fut un "ah c’est du post rock", le genre de "ah" qui courbe le smiley vers le bas et traduit mon peu de dispositions pour le genre.

Et puis tout d’un coup au milieu du morceau, ils partent sur un riff énorme, ça monte, ça monte et tout d’un coup ça retombe, plof, dans de l’instrumental quasi-minimaliste épicé de quelques notes de trompette. Et le "ah" de se faire plus extatique.

Pics et Creux

Dans Toboggan, on retrouve cette capacité à monter le mur du son, les guitares transpercent le mix et fleurtent dangereusement avec les 0 db (qu’elles accrochent parfois pour des pics de saturation pas très agréables selon votre matériel d’écoute). On leur pardonnera le côté un peu chimique, un peu acide de la distorsion.

Monter le mur du son mais aussi le casser, tout aussi soudainement qu’il a pu apparaître. Il n’y a pas de doute, SoF sait dérouler ses atmosphères, l’entente entre les deux guitares est totale, les arrangements maitrisés, à défaut parfois d’être très originaux (on pensera bien sûr aux classiques du genre mais aussi à Sonic Youth)

(Ca ta)basse

Cette chronique (dont c’est en fait la deuxième version, la première a disparue dans une coupure de courant, oui, life’s a bitch comme disait Lao Tseu) est partie assez différemment de la première. Où j’avais commencé en parlant de la basse.

Et c’était justifié : c’est elle qui ouvre le disque, avec un son énorme qui garde pourtant beaucoup de clarté, une richesse dans le timbre assez inhabituelle, car le mix est inhabituel (la basse n’est pas mise au centre comme sur la plupart des disques mais placée plutôt comme une guitare) et surtout le bassiste, Judge, est inhabituel et pour l’avoir vu en vrai, je dirais même impressionnant. Entre le jeu en accords, l’exploitation du spectre medium de la basse et les divers effets de jeu comme le riff basé simplement sur des grattements de corde en rythme (dur à décrire, pas difficile à faire mais très très bonne idée), il apporte un vocabulaire et des textures qui donnent pas mal de fraîcheur à SoF.

Sans toutefois oublier le rôle de support rythmique et mélodique de la basse : quand à la fin de the last time I Smiled, les deux gratteux partent dans un délire sur leurs pédales, c’est la basse qui maintient la cohésion, fournit une progression mélodique qui rend le chaos sonore plus digeste et crée presque à elle seule l’atmosphère étrange, mélancolique que véhicule le final.

Désamorcée

L’autre élément qui m’a fait vraiment accroché à toboggan, c’est la voix et la manière très particulière dont elle se place : il y a un côté très froid, clinique dans la diction qui ne fait absolument pas dans le pathos, pas d’éclats, un débit très régulier. Confronté au côté assez peu joyeux, pour ne pas dire franchement lugubre des paroles, il y a un décalage très intéressant.

Sur the last time I Smiled, la ligne jouée par la trompette souligne ce décalage par son côté presque nonchalant, comme s’il s’agissait de désamorcer la gravité, de ne pas se placer dans un univers uniformément gris. Tandis que Even Dogs Love Christmas et sa voix féminine samplée placent le groupe plutôt sur le terrain de l’étrange, la voix samplée est un autre poncif du genre mais ici il n’est pas spécialement agaçant car le timbre de la voix est original et surtout le décalage entre le texte et la musique fait qu’on a envie de l’écouter, il n’est pas là simplement pour combler.

Pour finir sur le chant, le côté froid évoqué précédemment est un peu restrictif car on trouve quand même une partie de chant limite death (où on sent un peu les limites vocales) et surtout un chant judicieusement doublé sur "only shadows came through", autre très bon morceau chanté.

Electronica, Psychédélique ou juste Bruitiste ?

On approche de la fin, je me suis déjà beaucoup étalé mais il reste encore des choses à dire, je n’ai pas évoqué les morceaux à base de tripotages de pédales, pas forcément les plus pertinents à mon goût mais ils sont tout de même intéressants, quelque part entre les drones de Sunn o))), l’electronica et assez bizarrement des bruitages psychédéliques qu’on croirait tout droit sortis d’un vieux Pink Floyd.

On se construit contre

Il y a donc beaucoup de choses à prendre dans Toboggan, beaucoup d’éléments intéressants. L’ennui c’est que le groupe ne sait pas forcément mettre en avant ce qui fait son originalité. Sur disque, malgré une production un peu faiblarde (mais on est en autoprod), ça donne un résultat intéressant mais inégal sur la longueur. En live on sent quand même le poids des références et la volonté de se placer dans la continuité de celles-ci, au détriment de la voix par exemple et des autres éléments qui font de Toboggan un bon disque en dépit et non pas à cause de ses affiliations.

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publié par le 01/03/06