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publié par gab le 30/09/20
Sleater-Kinney
- The center won't hold
The center won't hold

Incroyable, la révolution a eu lieu il y a un an et on ne l’a même pas vue passer ! Ce n’est plus du cargotime à ce niveau-là mais un vrai trou dans le continuum-cargo-temps. Révolution discrète, certes, mais loin d’être silencieuse puisque Sleater-Kinney n’a rien perdu de sa fougue bien au contraire. En août 2019 sortait The center won’t hold, le neuvième album studio du groupe, et débutait indéniablement une nouvelle ère pour le groupe. Pour commencer le trio éclatait avec le départ de la batteuse Janet Weiss, ensuite le son rêche et les beuglantes si caractéristiques du groupe s’en allaient faire un tour et laissaient place à un son résolument transformé, voire années-80-ifié (bon, ce n’est pas The Weeknd non plus). Mais le plus incroyable dans cette histoire est que contrairement à ce qui se produit habituellement lors de tels changements de direction musicale (oui, loin d’appliquer le classique sauve-qui-peut), on se retrouve à se réjouir bruyamment et même à en redemander. Le monde n’est décidément plus ce qu’il était.

boucle

Il faut dire que Sleater-Kinney frappe particulièrement fort avec des morceaux comme "Reach out" qui font resurgir le Depeche Mode qui sommeil encore parfois (très loin) en nous. Le morceau est excellent et se scande en toutes occasions (sous la douche, derrière son masque dans les transports, sur son vélo d’appartement). Il fallait oser et ça paye. Mais ce n’est pas tout. Le disque commence tout en tension avec l’éponyme "The center won’t hold" et ses inquiétudes qu’on devine inévitablement politiques pour enchainer avec LE morceau du disque : "Hurry on home". S’il y a un titre à écouter en boucle, c’est bien celui-là. S’il y a un morceau sur lequel se mettre à sauter partout, c’est encore celui-là. Une fois est moins souvent coutume, c’est Carrie Brownstein qui officie au chant et fait des merveilles. Au passage, la seule chose qui ne change pas est sans doute la dualité/complémentarité vocale des deux guitaristes. Pour preuve l’enchainement du morceau avec "Reach out" déjà mentionné plus haut et chanté cette fois par Corin Tucker.

graves

On le mentionnait en introduction, une des grandes révolutions de ce disque est l’évolution dans la façon de chanter de Corin et Carrie, beaucoup plus posée et précise, sans oublier de rester extrêmement puissante. On perd en urgence adolescente (qui était la marque de fabrique du groupe) pour puiser dans les graves et le corps. Et ça le fait carrément. Ça ne les empêche pas non plus d’explorer un peu aux alentours dans des secondes voix surprenantes ou d’investiguer un calme étonnant. Au point que sur certains morceaux on se demande s’il n’y a pas une nouvelle chanteuse dans le groupe (les couplets de "The future is here", l’étonnant "Broken"). L’autre grand changement est bien sur la production signée St Vincent qui s’éloigne fortement des guitares et prend tout le monde à contre-pied. Pourtant les guitares sont toujours là mais le premier rôle est désormais assuré par les beats, qu’on se le dise.

défis

Et ça fait rire les oiseaux et du bien de changer de temps en temps, surtout lorsque c’est brillamment réussi comme ici. Oui, ça fait chanter les abeilles au point qu’on pourrait tout à fait imaginer un certain nombre de défis exotiques pour Sleater-Kinney histoire de pimenter la vie de troupe. Un album country-pop avec Taylor Swift ou, pourquoi pas, un pas de danse masquée (c’est d’époque) avec la Compagnie Créole … l’avenir n’est décidément plus ce qu’il était.

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publié par le 30/09/20