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publié par Natalia Algaba le 23/01/19
Rosalía
- El mal querer
El mal querer

Imaginez donc une chanteuse de flamenco habillée dans un style urbain, survêtements et baskets, avec de faux ongles de trois centimètres, des bagues et des chaînes en or. Imaginez une jeune fille née à Barcelone qui, dans le clip du single « Malamente », veut en finir avec les clichés de l’Espagne en remplaçant les taureaux par des motos. Imaginez un album conceptuel, une ode féministe inspirée d’un roman occitan du XIV siècle appelé « Flamenca », qui raconte, en onze chapitres, l’histoire de la libération du personnage féminin d’un « mauvais amour » : un amour toxique où le personnage masculin considère que sa femme lui appartient.

Imaginez du flamenco mélangé aux musiques urbaines : l’utilisation d’une TR-808 (boite à rythme produite par Roland dans les années 90 dont les sons ont été utilisés dans une quantité incalculable de tubes) et des « palmas » ( le battement des mains typique du flamenco) ; des voix passées à l’auto-tune qui s’empilent ; l’actrice Rosy de Palma en porte-parole des femmes victimes de violences conjugales ; des fonds électroniques mélangés à des sons des motos, des sirènes, des freins ; des couteaux tranchants et des bijoux retentissants qui viennent enrichir l’histoire…

Imaginez tout ce cocktail musical et vous avez El mal querer , le chef d’œuvre de Rosalía et Pablo Díaz-Reixa, alias « el Guincho », musicien, compositeur et un de meilleurs producteurs du moment en Espagne, qu’on avait adoré avec son single « Bombay » en 2010 (https://www.youtube.com/watch?v=XjM...) et qui avait aussi travaillé sur l’album Biophilia de Björk, dont l’influence est aussi présente sur El mal querer.

Rosalía, à seulement 25 ans, est arrivée très loin avec ce deuxième album et déchaîne les passions en Espagne et ailleurs. Elle a réussi en chantant en espagnol et en fusionnant le flamenco avec d’autres genres musicaux à conquérir un public international et à être programmée par le grands festivals de cet été comme Coachella, Lollapallooza ou le Primavera Sound. Parmi ses défenseurs, Pedro Almodovar bien sûr, qui lui a offert son premier rôle au cinéma dans son prochain film « Dolor y gloria » à côté de Penelope Cruz et Antonio Banderas, mais aussi Pharrel Williams et J Balvin avec qui elle a enregistré à Los Angeles.

En Espagne, tout le monde parle d’elle, même à une soirée de réveillon j’ai pu assister à une discussion assez passionnée et passionnante à son égard : Est-ce que Rosalía fait du flamenco ? Est-ce qu’elle fait de la fusion ? Est-ce qu’elle avait sa place lors de la « biennale de Flamenco de Séville de 2018 » ? « Dans l’art, tout a déjà été créé » dit-elle « Les artistes dialoguent et j’ai beaucoup de références et d’inspirations, du flamenco bien sûr, mais d’autres styles musicaux ». Et de la musique, elle en sait beaucoup. En effet, il suffit d’écouter El Mal Querer et de voir les merveilleux clips de ses chansons pour réaliser que Rosalía est la reine d’un nouveau style, au delà de la simple "fusion". Aux bases du flamenco (bulerías, tangos, soleá, palmas, jaleo) que Rosalía a étudié et maîtrise parfaitement, viennent s’intégrer de la musique électronique, du hip-hop, les cordes de la Symphonie de Bratislava et même les accords du refrain de « Cry me a river » de Justin Timberlake dans le titre « Bagdad ». Rosalía est difficilement classable. Elle a crée un nouvel univers qui passe par la musique , la danse et l’image.

Rosalía est pour moi le phénomène musical de la fin 2018 et El Mal Querer le meilleur album de 2018, un disque innovant et courageux, soigné et futuriste, une oeuvre féminine et féministe qui nous parle de la libération de la femme. À cette année marquée par le mouvement #Metoo, Rosalía apporte sa voix, sa puissance et son indépendance. Elle est chanteuse, compositrice et productrice et elle défend parfaitement son album que ce soit lors des interviews, dans ses stories Instagram ou lors d’incroyables performances live comme celle des MTV Awards. Nous avons hâte de découvrir le flow et le duende de Rosalía sur scène au festival We love Green à Paris début juin 2019.

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publié par le 23/01/19
Informations

Sortie : 2018
Label : Sony Music