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publié par benoît le 15/11/09
Rebekka Karijord
- The noble art of letting go

« Rebekka Karijord » : le patronyme est rude, on vous l’accorde, mais par Odin et par Thor, ne fuyez pas ! la musique est douce.

The noble art of letting go

Ceux d’entre vous qui suivent nos sessions acoustiques la connaissent déjà, Rebekka : souvenez-vous de la brune choriste d’Ane Brun, filmée il y a exactement un an dans un hôtel près de la Sorbonne.

A vrai dire, on la découvrait nous aussi ce jour-là. Une nouvelle venue dans l’entourage de la norvégienne, que l’on sait pointilleuse sur le choix de ses collaborations (pensez à Nina Kinert, Jennie Abrahamson, Elin Ruth Sigvardsson ou Anna Ternheim, demoiselles hautement recommendables en solo). De quoi s’intéresser de plus près à cette nouvelle et jolie tête : Rebekka est norvégienne, tout comme Ane, installée à Stockholm, également. C’est peut-être tout simplement ça qui les a rapprochées, voisines exilées, au point qu’elles partagent depuis peu un home-studio sur les hauteurs de Södermalm, quartier qui héberge presque tout ce que la capitale suédoise compte d’artistes.

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une auto-harpe, un mélodica, et Rebekka

Pas tout à fait une débutante pourtant, cette Rebekka : il y a deux albums déjà, certes bien mal distribués (seule l’Angleterre y a eu droit en dehors de sa Norvège natale), pourtant parés de quelques bonnes chansons (Evensong, The Collector ou If the sky should fall témoignent de ses qualités de mélodiste). Mais fabriqués en solo, dans l’enfermement d’un home studio, ils souffrent d’avoir été sans doute trop couvés, gâtés d’arrangements surdosés par une Rebekka devenue un peu autiste, dans la remorque de Goldfrapp.

La nouvelle livrée est plus avenante, plus chaude, plus organique. En un mot, plus naturelle. Rebekka n’est plus seule, elle a troqué les machines contre cinq musiciens : il y la guitare du subtil Anders Scherp, un demi-quatuor à cordes (Hanna Ekström et Anna Dager, violon et violoncelle, deux des archets les plus demandés de Suède*), une batterie (Erik Nilsson), et puis ça et là un trombone (Staffan Findin), un glockenspiel, un harmonium. « Ce sont des gens très créatifs qui ont apporté beaucoup d’idées, même si ça a été assez difficile pour moi de "confier" mes chansons à des musiciens » m’expliquait-elle cet été devant son ordinateur, ProTools ouvert, s’apprêtant à expédier les sessions au mixage. Sessions dirigées quelques semaines plus tôt par un Tobias Fröberg manifestement aussi habile dans le rôle du producteur que dans celui de songwriter.

En carton blanc cassé, au dessin épuré, l’objet se veut l’illustration matérielle de la musique recelée : élégant, sobre, raffiné. Comme le douillet salon scandinave d’une maison de bois rouge délicieusement étriquée, The noble art of letting go est une invitation au répit infini. Le son est chaleureux et ouaté, comme sourdant d’une pièce exiguë. Le piano grince autant que le parquet. On capterait presque les effluves de gingembre et de cannelle d’un vin chaud de saison.

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Cirkus Teatern, Stockholm, 28 octobre 2009

Car la musique de Rebekka est profondément scandinave, jusque dans sa moëlle harmonique tissée d’arpèges mineurs, trame idéale pour échafauder des mélodies magnifiques. Ainsi celle de la chanson-titre qui serpente entre les notes égrénées au clavier jusqu’à un refrain vertigineux, à pic. De quoi glacer les 2000 spectateurs de Cirkus Teatern, fin octobre à Stockholm, dans le velours rouge de leurs fauteuils.

Pédale douce sur le lyrisme, cependant. Rebekka musèle judicieusement sa virtuosité de vocaliste pour laisser filtrer l’émotion, puisant dans la matière autobiographique ; elle empoigne ses démons à deux mains et accouche directement sur le piano. « C’est un instrument très narratif. J’aime bien raconter des histoires avec des motifs répétitifs qui évoluent par petites touches... un peu comme la vie elle-même ! (rires) Et puis sur ce disque, les textes sont très personnels. » L’humeur est assez sombre mais des entractes ont été ménagés, en l’occurrence Parking lot, ses archets frétillants et ses handclaps - prétexte à un solo collectif (si j’ose dire) impressionnant sur scène. Ou Life isn’t short at all, fausse valse dont les couplets à cinq temps s’enrobent d’une mélodie surannée et tenace qui vous hantera du matin au soir. Morning light forgives the night, merveille de grâce tout en choeurs et pizzicati, co-écrite et co-interprétée par la fidèle Ane Brun, referme l’album sur la pointe des pieds.

Ne les manquez pas le 17 novembre au café de la danse, avec en renfort Jennie Abrahamson

Un aperçu de ce qui vous attend (extrait du concert à l’institut suédois de Paris le 22 sept. dernier)

images : Valérie Toumayan

* via Stockholm strings, embauchés notamment sur le Smile de Brian Wilson

> Rebekka sur Spotify (albums Neophyte et Good or goodbye)

> Rebekka sur myspace (The noble art of letting go en écoute quasi-intégrale)

> site officiel

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publié par le 15/11/09
Derniers commentaires
fanch - le 25/11/09 à 18:30
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Oh la la ! la chronique sur Rebekka Karijord est tellement bien écrite, que je n’ai rien d’autre à dire ; sinon que le concert du Café de la Danse fut merveilleux !
En espérant revoir Rebekka Karijord en concert en France... le plus rapidement possible !!!