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publié par Mélanie Fazi, Renaud de Foville le 16/05/12
Playing Carver - Interview vidéo

Voilà déjà quelques mois que nous avions eu vent d’un intrigant projet : un concert qui tournerait autour de l’œuvre de l’écrivain Raymond Carver, entre poèmes mis en musique et chansons inspirées par son univers. Le tout interprété par un collectif réunissant des musiciens que nous avions croisés plusieurs fois de sessions en interviews – John Parish, Marta Collica – et d’autres que nous connaissions d’un peu plus loin – Atlas Crocodile, Gaspard LaNuit. Nous nous étions promis, le moment venu, d’enquêter sur cette alléchante collaboration.

Profitant de la résidence du groupe à Pantin pour une semaine de répétitions, nous les rejoignons pour les questionner sur la genèse et la mise en place du projet. Deux concerts sont prévus à l’heure actuelle : le 18 mai à la Dynamo de Pantin, le 19 au festival la Marmite de Roëzé-sur-Sarthe. Deux dates exclusives pour une création que nous avons hâte de découvrir enfin.



Images : Renaud de Foville

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le projet ?

(Une porte claque.)

Marta : L’esprit de Raymond ne veut pas !

Gaspard : Le projet consiste à se plonger dans l’univers de Raymond Carver, qui était auteur de nouvelles et de poèmes et qui est mort en 1988, je crois, pour d’un côté d’écrire des chansons entièrement originales inspirées par son univers, et d’un autre côté prendre des poèmes, nouvelles, bouts de phrases et les mettre en musique, créer quelque chose. D’où le nom « Playing Carver » : jouer Carver, jouer avec Carver, jouer à être Carver…

Boris : Pour Carver…

Gaspard : Oui, pour Carver, aussi.

Boris : On adore tous les deux ses écrits.

Gaspard : On avait envie depuis longtemps de faire quelque chose autour de Raymond Carver. Et puis en fait, entre nous tous, il y a plusieurs langues : anglais, français, français et d’autres choses, italien, et même hongrois avec Csaba. C’était sympa de voir toutes ces langues se croiser à travers un même univers. L’anglais de Carver est très américain, très particulier. Quand on le lit en traduction française, parfois on perd quelque chose, et parfois on gagne quelque chose, c’est très étrange. On essaie donc de faire se rencontrer tout ça à travers la musique, à travers le groupe.

Qui a eu cette idée, et comment avez-vous réuni tout le monde ?

Boris : Je crois que la rencontre était mon idée, mais en ce qui concerne l’auteur…

Gaspard : Carver, c’était mon idée. Et puis l’occasion de le faire s’est présentée, l’occasion financière et aussi celle d’avoir le lieu. Donc j’ai dit à Boris que je voulais faire quelque chose sur Carver, et il m’a répondu : pourquoi ne pas réunir ces gens que nous aimons, avec lesquels nous avons envie de travailler, qui ont déjà collaboré à d’autres occasions ? Et je crois que le fait qu’il s’agisse de Carver a aidé, car c’est quelqu’un que nous aimions tous.

Marta : Oui, son écriture est mystérieuse et inspire beaucoup d’images qui s’associent très bien à la musique. Je me rappelle l’avoir lu il y a très longtemps. Je me suis remise à le lire il y a un mois environ et je me suis rappelé ces nouvelles que j’avais lues gamine. Je crois qu’on l’a tous rencontré à un moment de notre vie.

Comment avez-vous travaillé sur les chansons dont les textes ne sont pas de Carver mais inspirés par lui ?

John : En ce qui me concerne, une grande partie des écrits de Carver me font penser à d’excellentes paroles de chansons, dans le sens où il était capable de raconter toute une histoire en très peu de mots. Donc ça m’a servi de point de départ pour les paroles que j’allais écrire pour ce projet. Je voulais utiliser peu de mots, mais qu’ils aient énormément à dire. De mon point de vue, c’est ce qui m’a inspiré.

Pour ces chansons-là, c’est toi qui as écrit les paroles ?

John : Non, chacun en a écrit des différentes.

Avec John à Bristol, Marta à Berlin et les autres en France, comment avez-vous travaillé ensemble ?

Marta : Grâce à la magie de Dropbox.

John : En réalité, on n’a vraiment commencé qu’hier. Tous les membres sont des musiciens imaginatifs et apprennent très vite, semble-t-il. Nous avions des démos brutes des chansons mais je crois que personne n’avait eu beaucoup de temps à y consacrer, donc, littéralement, on est arrivés hier, ces deux journées de travail ont été très intenses et il nous en reste trois.

Est-ce en partie improvisé ?

John : Non, en réalité, pas plus que pour n’importe quel autre concert auquel je participe. Les chansons sont très structurées. Ce ne sont absolument pas des impros.

Qui compose ? Est-ce que chacun intervient ?

Boris : Chacun a fourni trois ou quatre chansons, là nous en avons… dix-sept ?

Marta : Dix-sept parmi lesquelles choisir.

Gaspard : Il y a quatre entités : John, Gaspard LaNuit, Atlas Crocodile et Marta. Chacune a écrit trois ou quatre chansons, et ça constituera le programme.

Marta : Et My Friend Jeff va aussi certainement en écrire.

Gaspard : My Friend Jeff, c’est le nom du groupe. Ce n’est pas juste « son ami Jeff ».

Pouvez-vous présenter les personnes impliquées dans le projet ?

Boris : Alors, pour Atlas Crocodile, il y a Csaba Palotaï, à la guitare – c’est lui qui est hongrois –, Marion Grandjean à la batterie, vous ne la voyez pas mais elle est là-bas en train de faire la pin-up, Jeff Hallam à la basse, et moi au clavier et à la guitare, Boris Boublil. Et je chante, aussi. Voilà pour Atlas Crocodile. Nous avions déjà travaillé avec Marta, et c’était génial. Je joue aussi avec Gaspard LaNuit depuis plus de dix ans, donc on se connaît bien. Et puis John

John : Je passais juste par là...

Comment avez-vous choisi les textes de Carver à mettre en musique et comment avez-vous travaillé dessus ?

Gaspard : En ce qui concerne, c’était surtout grâce au rythme. J’ai lu quelques poèmes en français… J’ai choisi les nouvelles en anglais et les poèmes en français pour inclure du français dans l’ensemble. Et c’était vraiment parce que le rythme produisait une musique à la lecture. Certains poèmes ne m’inspiraient pas du tout. Ce qui m’a touché se jouait entre le rythme du poème et le sens. C’est comme ça que j’ai choisi, personnellement.

Marta : J’ai choisi surtout des nouvelles et je les ai déconstruites. Je trouve très stimulant de travailler sur la langue. Et il y en a que j’ai traduites en italien. Je suis partie de la traduction italienne officielle, mais j’ai utilisé des mots davantage liés à un langage urbain, populaire. Ce sont vraiment les nouvelles qui m’ont accrochée. J’ai choisi celles que je préférais.

John : Je n’ai rien utilisé des écrits de Carver lui-même. Je l’ai utilisé comme source d’inspiration pour essayer d’écrire ou d’imaginer des scénarios à la Carver, et puis essayer d’écrire comme Carver, bien sûr, j’essayais d’imaginer des situations sur lesquelles il aurait pu écrire. (Vacarme en bruit de fond.) Par exemple, quelqu’un qui parle tranquillement pendant que vous filmez, et un boucan qui survient et qui rend l’interview totalement inaudible.

Après ces deux dates, avez-vous le projet de jouer ces chansons ailleurs, ou de les enregistrer ?

Boris : Oui.

John : Tout dépend de ce que les gens vont en penser. (Éclat de rire général.) Avec un peu de chance, ça leur plaira et ça débouchera peut-être sur d’autres occasions. Nous, ça nous plaît beaucoup…

Gaspard : Oui, on l’espère. C’est difficile à dire pour l’instant, mais on l’espère. Sur disque, ça risque d’être plus difficile à cause des droits. N’utiliser que des poèmes de Carver – j’ai commencé à me renseigner là-dessus – risquerait d’être très cher et difficile. Mais on pourrait enregistrer les chansons originales.

Comment avez-vous choisi de jouer à Pantin et au Mans ?

Boris : Près du Mans. Dans un festival qui s’appelle « La Marmite ».

Gaspard : Pour cette salle-ci, où nous répétons, c’est une salle que je connais bien, je travaille souvent avec eux. La salle existe depuis six ans. C’est aussi un festival, une sorte de festival de jazz. C’est plutôt une salle de jazz habituellement, et on a eu envie de faire quelque chose avec des musiciens plutôt pop et rock. Et je travaille avec eux depuis quinze ans. Comme c’est un week-end férié en France, c’était difficile de trouver une autre salle pour la deuxième date. Mais j’ai trouvé un festival près du Mans pour samedi. C’était amusant, parce que leur festival commençait le 21, il y aura Moriarty, General Elektriks et d’autres groupes, et ils ont décidé de commencer le 19 parce que nous étions libres. Ils ont adoré l’idée du projet et ils ont voulu l’inclure. C’est un festival sous un chapiteau.

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Gaspard : J’adore mon pays ! On est dans un pays libre ! (Éclat de rire général.)

 

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