accueil > articles > albums > Placebo

publié par gab le 08/07/26
Placebo
- Placebo Re:created
Placebo Re:created

L’été est là, les degrés montent et pour sortir de notre torpeur, on s’en remet aux classiques coupe du monde de foot la nuit et carnet de mots-croisés/sudoku pour les heures sombres du début d’après-midi, celles où l’on sue à grosses gouttes tous volets fermés. Musicalement, c’est la période des festivals, la colonie de vacances des groupes du moment, le plat complet en somme. Mais voilà qu’un groupe un peu plus roublard que la moyenne a flairé la bonne idée, sortir un jeu des 7 erreurs audio à partir de son fantastique premier album. Un coup de génie. Oui, Brian Molko a peut-être rasé la moustache (il était temps) mais il sait encore donner la passe en profondeur qui nous fera lever l’oreille de notre hamac. Placebo nous propose donc en ce début d’été une version « re :created » de leur premier album éponyme. Et direct, la première réaction est forcément « mais qu’est-ce qui a changé ? ».

pertes

Alors, à la première écoute à froid, on remarque les évidences, les chœurs ajoutés sur plusieurs morceaux (qui fonctionnent plutôt bien), une instrumentation plus compacte (qui fonctionne moins bien) et un chant globalement plus fade que dans nos souvenirs. C’est donc côté pertes, malheureusement, qu’on penche d’emblée. La plus grosse étant l’amoindrissement de l’énergie brute, adolescente, qui faisait tout le sel du disque. Certes, les imperfections d’origine ont été gommées mais le son s’est uniformisé, ç’en est presque devenu du rock sympa des années 90. Sauf que Placebo ce n’était pas ça. C’était une putain d’énergie power-trio sur scène bien sur mais aussi sur disque, ce qui est suffisamment rare pour être noté.

espace

Comme ça fait un moment qu’on n’a pas réécouté le disque d’origine, même si c’est un disque qu’on connait très bien, il faut bien passer un peu de temps à comparer les deux, morceau par morceau. On vous passe en accéléré cette phase un peu fastidieuse, mais ce qu’on avait pressenti se confirme. C’est bien le petit traitement appliqué sur le chant (un poil de réverbe) et le repositionnement des instruments qui viennent ternir la rage de ce disque. C’est fou (et au final assez intéressant) de voir l’impact que de petits détails comme ceux-là peuvent avoir sur l’ambiance générale. L’uniformisation musicale vient aussi de la perte d’espace entre les instruments qui mettait particulièrement en valeur la batterie et certaines guitares. Le meilleur exemple est l’affaiblissement de la guitare lead aigue si caractéristique sur "36 degrees" qui se perd, c’est un comble, dans un mur de saturation. Alors certes le son se rapproche plus des albums suivants de Placebo mais cela supprime ce qui rendait ce disque unique, et ce qui rend en général unique les premiers albums des groupes qu’on aime, cette impulsivité et cette candeur des débuts.

tacle

Et puis il y a le crime impardonnable, cette attaque en règle de la botte secrète du disque, le magnifique "I know". Qui a bien pu décider de faire disparaitre le didjeridu et les percus ? Qui a eu l’idée saugrenue de mettre des effets métalliques sur le chant des couplets ? Qui a transformé la partie instrumentale de fin en mode récital-fadasse-automatisé ? C’est un tacle à la paraguayenne à ce niveau-là. Il n’y a, au final, que les chœurs ajoutés sur le refrain qui soient réussis. C’est à se demander s’il n’a pas été remanié par IA, et surtout, où était donc passé l’arbitre ?

thérapie

La seconde question, arrivée très très vite après la première, est évidemment « mais pourquoi ? ». Oui, pourquoi tenter de rafraichir un disque qui a 30 ans et qui est devenu mythique pour les fans de la première heure ? D’autant qu’il y avait déjà eu un rafraichissement sonore plus léger pour ses 10 ans (avec notamment le remplacement justifié de la version album de "Nancy boy" par la bien meilleure version radio edit). Brian explique en interview qu’il a voulu régler quelques problèmes personnels qu’il avait avec ce disque. C’est original comme thérapie vous me direz. On serait curieux de savoir si elle a marché (et si la réussite se mesure en nombre d’écoutes sur spotify). Mais pourquoi pas finalement. Le groupe se fait plaisir (on espère) et ça fait patienter le public quelques années de plus avant de devoir sortir du matériel neuf. Côté auditeur, pas sur que ça change grand-chose sur le long terme. Après quelques écoutes, on s’habitue, ce n’est pas si mal au final, ça change un peu. Mais bon, on continuera à réécouter le disque d’origine car, bien entendu, les années 90, c’était mieux avant.

On râle, on râle mais on ne résiste pas longtemps à la re:création la plus réussie du disque : Bruise Pristine (qui réhabilite le français de la version démo)

Partager :

publié par le 08/07/26
Informations

Sortie : 2026

Pour le même artiste
2 / 2 page précédente