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publié par gab le 09/05/14
Pauline B.
- June EP
June EP

 

Retranscription du débat du mercredi 7 mai 2014, 18h32, Transilien Paris-Montargis. Attention introduction à rallonge : les plus irritables, moins patients, seule-la-musique-nous-intéressiens ou moins gabiens d’entre-vous sont priés de passer directement au deuxième – voire au troisième – paragraphe.

 

Commençons si vous le voulez bien par répondre en toute simplicité à la question qui ne manquera pas de tomber –que dit-on, qui est déjà tombée au sein même de notre bienheureuse rédaction –, la question tout à fait justifiée et primordiale du « Pourquoi Pauline B. ? » Nous sommes d’ailleurs bien contents que vous nous posiez cette question et allons mettre un point d’honneur à vous répondre, cher/chère lecteur/lectrice. Nous n’avons pas l’habitude de pratiquer la langue de bois et, si vous voulez bien nous laisser terminer – nous ne vous avons pas interrompu –, nous ne nous déroberons pas face à nos responsabilités. La question peut se résumer, corrigez-nous si nous nous trompons, à savoir pourquoi, en notre époque confuse de multiplication exponentielle de jeunes et fraîches folkeuses intimistes, nous choisissons de mettre en avant Pauline B. plutôt qu’une autre ? [petit blanc, consultation de fiches] Eh bien nous allons vous répondre sans fioritures. C’est en effet un sujet épineux s’il en est [brouhaha], que nous comptions de toute façon aborder avec vous aujourd’hui. Il faut savoir que la conjoncture est plutôt difficile actuellement pour les folkeuses-intimistes, l’offre a explosé ces dernières années et comme souvent dans ces cas-là, les contrefaçons aussi, jetant un discrédit certain sur les honnêtes travailleuses ainsi qu’une légère et inévitable lassitude chez le chroniqueur-auditeur. Oui ? [injonction venant de la rédaction suggérant d’abréger le débat, on perd des lecteurs à une vitesse hallucinante] D’accord. Les temps sont visiblement durs pour les webzines aussi. Pourquoi Pauline B. donc ? Cela aurait pu être son origine angevine (nous n’en sommes pas encore là), cela aurait pu être le prénom Pauline qui se multiplie lui aussi à vitesse grand V (mais nous n’en sommes pas non plus là), non, c’est assez bêtement, et peu originalement il faut le dire, pour sa voix. [applaudissements tendus du public, fin de retranscription, soulagement du lectorat]

nature

Pour être plus précis, la voix seule ne suffit pas, nous sommes très rapidement tombés sous le charme de son chant. Il faut dire que Pauline B. ne fait pas uniquement de la folk féminine intimiste, non, elle fait (selon sa propre définition) des smoothie songs/chansons moelleuses. Et ça change tout. Ça n’excuse en rien l’introduction barbare que vous venez de subir, on vous l’accorde, mais à la première écoute c’est instantanément identifiable. Il se passe un truc, difficilement quantifiable (c’est identifiable mais non quantifiable, que ceux qui suivent nous écrivent avec leurs propositions), difficilement explicable. Le charme quoi. Et quand en plus on jette un œil au clip ­(oui, Pauline B. fait aussi, c’est non négligeable, des clips en stop-motion tout à fait délicieux), on ne peut que succomber et se lancer dans la douce écoute de cet EP, June. Mais on vous voit venir, et on vous arrête tout de suite, le charme est ce qu’il y a de plus dur à retranscrire sur disque. D’accord, en concert, il suffit de laisser sa nature parler mais sur enregistrement, pfiou. D’une les conditions sont rarement réunies (qu’on enregistre dans sa cuisine ou dans un studio) pour laisser éclore l’émotion et de deux on est toujours tenté de rajouter un petit truc, d’en refaire un autre et on perd le naturel, inévitablement. Sans oublier que s’il y a un domaine où on ne peut pas se permettre de se planter dans le dosage, c’est bien celui-là. Le moindre trait un peu forcé et c’est la catastrophe, le soufflé retombe. Voilà. Le charme, c’est le soufflé musical. Et quand c’est bien fait, qu’est-ce que c’est bon.

blanc

Avant d’aller plus loin et d’entrer (enfin) dans le vif du sujet, permettez-nous de nous excuser auprès de Pauline B. (ce n’est pas la procédure habituelle dans une chronique mais ça peut arriver, d’ailleurs sur le cargo tout peut arriver), on vient de lui perdre les trois-quarts de nos lecteurs en deux tout petits paragraphes de rien du tout. C’est pas joli joli. En même temps, ceux qui restent, ce sont les meilleurs, les purs et durs, ceux qui ne vont pas se formaliser parce qu’on annonce que Trompe le monde était limite. Mais on s’égare à nouveau. Oui, si nos petits camarades de jeu n’avaient pas émis de toutes petites réserves (on ne vous refait pas le débat), on aurait commencé comme ceci : Pauline B. c’est le charme personnifié, c’est une superbe voix qui vous envoûte et vous chante d’infinies délicatesses dans le creux de l’oreille le soir à la veillée. Avouez que ç’aurait été dommage de se priver d’une entrée en matière bien plus relevée. Surtout que dit comme ça, de but en blanc, ça pourrait donner l’impression d’une musique un peu soupi-soupla-naivo-navrante. Alors que pas du tout. Et on est bien content d’avoir clairement levé le doute sur ce point-là. Certes Pauline B. fait une musique ukulélé-guitare simple et tranquille, certes-bis elle ne révolutionne pas le genre, mais elle nous touche profondément. Et on aura beau se cacher derrière une chronique qui part dans tous les sens, on finira bien par le lâcher qu’on fond à chaque nouvelle écoute de "Stranger" (un peu le même effet qu’on a pu avoir les premières fois qu’on a entendu les morceaux de Pollyanna au fond d’un bar en 1999, Pollyanna à qui elle nous fait décidément beaucoup penser sur ce morceau).

simplement

Que dire de plus ? Que Pauline B. nous touche dans les moments douceur ("House", "Flowers") et, plus fort, dans les moments pop ("Little black boots"). Elle nous touche avec ou sans l’image ("June"), dans les graves et les aigus ("Coming home"), dans les transports ou en bord de Seine, qu’il soleille ou qu’il vente, qu’on tarte-au-citron-de-folie ou plus classiquement qu’on paris-breste. C’est un peu bête mais si on n’était pas si pudique, on n’aurait pas fait en sorte de perdre 94,3 % des lecteurs en route avant d’oser le dire. Que voulez-vous, on ne se refait pas et à vous qui avez réussi l’exploit de tenir jusqu’ici on peut vous le chuchoter, Pauline B. c’est beau, tout simplement.

 

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publié par le 09/05/14