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publié par vinciane le 01/10/07
moriarty - (n.f.) diva ; (n.m.plur.) divins
(n.f.) diva ; (n.m.plur.) divins

mystery

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il y a du mystery dans moriarty. une volonté de jouer avec les secrets, de mystifier les auditeurs, les genres, les époques, les sons. un combo, un quintette, un monstre à cinq têtes, girouette qui vous balade et vous ballade. impossible de discerner pour de bon le nord de leurs westerns, les bisons deschamps, les machines à écrire leurs partitions de kazoo ou de broc à lait... de quoi devenir chèvre pour de bon.

qu’ils s’appliquent à jouer la confusion, à semer les chansons, sans révéler le prosaïque, sans le déjà-vu d’une énigme identitaire à la daft punk, linguistique à la oslo telescopic, pique et pique et colégram. à quel moment l’inventent-ils naïve, l’histoire de “jimmy”, de “lily”, de moriarty ? à quel instant tombent-ils le paravent de l’improvisation ? pas si élémentaire...

famille

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au début, ça sent la poussière ocre, terre remuée par les troupeaux de bisons, parmi lesquels “jimmy”. un bébé bison comme une allitération englobant une famille, régissant vie communautaire et expression des individualismes... “jimmy” comme chaque membre du groupe est un élément d’un tout, mais une singularité évoluant à son gré. tantôt chat, tantôt fantôme, tantôt personnage aux mille visages, “jimmy” est aussi le single qui ouvre le premier album de moriarty, Gee Whiz but this is a lonesome town.

plus volontiers rodéo que plans séquences prolongés à la “danse avec les loups”, la musique de moriarty virevolte d’une époque à une autre, d’un référentiel à un autre. on y évoque avec un lyrisme amusé d’une pizza au chocolat digne d’une adaptation du spaghetti de “la belle et le clochard” (“lovelinesse”), et enchaîne sans complexe sur un tableau bien dans le concret d’une jeune américaine partant en irak, la fleur au fusil, persuadée que l’armée lui paiera ses études au retour (“private lily”).

sables

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douze titres à la construction parfaite. juste une respiration (le titre “(...)”) histoire de se remettre en selle après une première partie ébouriffante comme un galop de santa fe à calexico. un battement de paupières et une rêverie plus tard (le puissant et délicat “cottonflower” et l’agité “whiteman’s ballad”), on se retrouve de l’autre côté de l’océan, à “tagono*ura” avant le tiercé gagnant bouclant l’album. trois titres dégainés avec autant de classe qu’une calamity jane ressucitée. voluptueuse, sublime maîtresse-femme, rosemary moriarty y berce et enjôle, enrôle et console. son timbre chaud et grave a le don d’insuffler l’heureuse langueur et le parfum des sables matifiés de rouille.

mais la crimson diva, comme le myspace du groupe la décrit, ne fait pas de ses musiciens de simples seconds couteaux. chaque sensibilité s’exprime autant qu’elle se perçoit. l’harmonica de thomas moriarty glisse et file, glousse et filoute, quand les percussions en valise et guitares exquises d’un arthur moriarty picotent et caressent comme autant de regards charmeurs et poseurs. la contrebasse valse et grince, malicieuse comme un zimmy moriarty, architecte d’ambiances. le tout coiffé des guitares enjouées et voyageuses d’un lord charles moriarty, maître d’un jeu de piste menant d’époques en géographies.

suivez-moi jeune homme

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si l’on admire l’inventivité des musiciens pour recomposer sur scène les subtilités des arrangements du disque au moyen de divers kazoo, broc à lait, xylophone et autre guimbarde, on peut simplement regretter que leur configuration scénique ne comprenne pour l’heure pas de piano ou clavier bastringue capable d’évoquer le bureau du shérif de “jay walker” ou de cordes pour l’ambiance très saloon du “whiteman’s ballad”.

Trève toutefois de chipotages car les prestations du combo placent déjà la barre très haut. que ce soit dans la simplicité entourant un micro à ruban (béo festival, session acoustique du cargo), vers lequel chacun s’invite à tour de rôle comme dans une danse collective ou les froufrous côtoient les santiags, ou au milieu d’une scénographie très étudiée (paravent, valise, tête empaillée comme aux arènes de montmartre), les moriarty offrent un spectacle en plus d’un concert. à mi chemin entre la musique et le théâtre, entre naïve et deschamps&makeïeff.

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publié par le 01/10/07