L’année 2026 marque le centenaire de la naissance de Miles Davis et de John Coltrane. Le festival Jazz à Vienne célèbre l’héritage de ces deux musiciens avec une soirée exceptionnelle entre trois légendes du jazz : Terence Blanchard, Ravi Coltrane et Marcus Miller. Un plateau d’exception devant un parterre de plus de 7500 personnes, qui s’est avéré à la hauteur de toutes les attentes.
En ouverture, le trompettiste Terence Blanchard (emblématique compositeur et arrangeur américain, passé dans l’orchestre des Jazz Messenger d’Art Blakey et collaborateur de Spike Lee) et le saxophoniste tenor Ravi Coltrane (fils d’Alice et John Coltrane) nous offrent des échanges ancrés dans l’âme même du jazz : une relecture originale des œuvres de leurs deux mentors avec, notamment, un superbe « Flamenco Sketches ». Ils convoquent piano et rythmes, avec à leurs côtés : Julian Pollack aux claviers, Charles Altura à la guitare, David « DJ » Ginyard à la basse et Oscar Seaton à la batterie, pour une immersion audacieuse et réussie dans de mythiques compositions de Miles Davis et John Coltrane auxquelles ils redonnent vie avec leurs propres voix.
Le tempo du soir ne faiblit pas avec, en seconde partie, le bassiste Marcus Miller et son projet We Want Miles, création qui s’inspire de l’œuvre de Miles Davis avec une sélection de compositions jalonnant sa riche carrière (des années 50 jusqu’aux années 80). Pour réaliser cette impressionnante fresque musicale sont présents des musiciens ayant collaboré avec Miles (Bill Evans au saxophone, Mike Stern à la guitare et Mino Cinelu aux percussions), ainsi que des artistes d’une nouvelle génération (Russell Gunn à la trompette, Brett Williams aux claviers et Anwar Marshall à la batterie). Tous débordent d’un talent aux accents d’infini et font frémir l’œuvre de Miles sous un souffle inédit, avec notamment un « Catembe » exceptionnel. Fidèle à ses habitudes de multi-instrumentiste, Marcus Miller joue de la clarinette basse sur un morceau. De cette cohésion collective se dégage le trompettiste Russell Gunn qui sculpte les mélodies avec un sens aiguisé de l’essentiel. Son empreinte sonore est telle qu’elle illustre à merveille les propos de Miles Davis : « La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence ».
Un très bel hommage a résonné dans le théâtre antique de Vienne. Cette soirée a fait du passé un espace de réinterprétation inédit et exceptionnel avec, peut-être, une soirée promise à l’histoire…





