accueil > articles > albums > michael j. sheehy

publié par Nausica Zaballos le 29/11/02
michael j. sheehy
- no longer my concern
no longer my concern

chapelet

michael j. sheehy est l’ex chanteur des dream city film club. depuis son premier album solo, sweet blue gene, il est accompagné de quelques fidèles musiciens , parmi lesquels ian burns et dimitri tikovoi. no longer my concern marque un tournant dans la carrière de michael j. sheehy mais peut-on utiliser ce terme pour décrire son cheminement artistique ? distribué par le label beggars banquet, michael j. sheehy se retrouve sans maison de disque depuis quelques mois. il a pourtant assuré avec maestria et professionnalisme la première partie de la tournée de ed harcourt ce printemps. c’est le plus souvent seul, en version acoustique, accompagné d’une simple guitare sèche, la bouche effleurant avec suavité le micro comme pour lui susurrer des mots d’amour, que se produit ce « twisted little man » (dernier titre de no longer my concern). sa performance au café de la danse à paris n’a pas fait exception à la règle. michael a essuyé quelques ricanements et sifflements de personnes qui ne s’attendaient pas à cette conception intimiste et minimaliste de la musique. pourtant, la voix, instrument qui se suffit à lui seul est un magnifique vecteur d’émotions et de sensations, surtout lorsqu’elle est aussi juste et habitée. michael, aussi petit et maigrelet qu’il soit, impose et prend possession de la scène qui s’offre à lui avec une grâce qui n’appartient qu’aux humbles au grand cœur qui doutent de leur talent. dans no longer my concern, les démons qui venaient hanter michael sur les précédents albums n’ont pas disparus. l’angoisse qui résulte de l’incapacité à trouver sa place dans une société qui aliène l’individu en l’enfermant dans différentes catégories auxquelles il ne peut se soustraire sans être qualifié de marginal ou d’asocial pathologique est toujours aussi présente. la fuite dans l’alcool également. cependant si ces thèmes servent de ligne directrice à son « chapelet » de chansons, michael opère une distanciation comme l’indique le titre de cet album. apaisé, il contemple un monde plein de furie et de fracas du haut de son refuge, en attendant sereinement les jours à venir et la seule certitude, le seul événement contre lequel personne ne peut lutter : la visite de la grande faucheuse, égalisatrice devant l’éternel.

apôtre

no longer my concern évoque donc cette course effrénée, cette soif de divertissements qui peinent à occulter notre angoisse de la mort. pascal affirmait que « tout le malheur de l’homme vient d’une seule chose qui est de ne savoir demeurer au repos dans une chambre ». michael reprend pour son compte cette pensée dans “distracting yourself from the doom” sublime ballade qui relate les différents gestes du quotidien exécutés à la fois machinalement et sciemment pour tromper notre ennui. ce vide existentiel peut-il se combler à travers la rencontre de l’autre ? qu’elle soit amoureuse ou fraternelle, elle nous expose toujours à des désenchantements. dans “bloody mary”, titre qui donne lieu à deux versions différentes, l’illusion de se retrouver en se perdant dans le corps de l’autre fait rapidement place à de l’amertume. le mystère que l’on croyait percer demeure toujours aussi insondable. seul subsiste « a halo of silence around your head ». dans “modest beauty”, michael analyse avec cynisme la rencontre de deux solitudes. poursuivant son intérêt personnel, son double, « l’apôtre soûl » se choisit une beauté modeste « i found myself a modest beauty who’s been broken by her man » pour s’en aller après quelques nuits où chacun aura prétendu aimer l’autre.

évangile

il retournera sur son terrain de chasse de prédilection où toutes les histoires se confondent en une seule : celle de la perte et de l’abandon. si michael refuse de se laisser enfermer dans une catégorie bien précise, les titres de cet album peuvent se diviser en deux groupes et obéissent à une logique indéniable. “dark country moment”, “modest beauty”, “pretty little bouquets”, “twisted little man” sont de belles ballades sur la difficulté d’aimer. “donkey ride straight to hell”, “ballad of the pissed apostle”, “pig boy” et “swing low” (calqué sur le negro spiritual “swing low, sweet chariot”), du blues dans la veine de tom waits, la noirceur et le cynisme de nick cave en plus. michael saura ravir les amateurs de lyrics doux-amers, de compositions bluesy aux accents désenchantés avec une pointe d’humour noir. le seul bémol à la clef : un usage immodéré de l’iconographie catholique et de références à l’évangile sans aucun doute vestiges de son éducation traditionnelle irlandaise. un sentiment de culpabilité suinte de presque tous les titres et dans “the ballad of the pissed apostle” on retrouve un michael j. sheehy en proie à des hallucinations, spectateur de la passion du christ. dans la confusion, chacun cherche à sauver les apparences et michael assiste impuissant à la débâcle. jésus fini par apparaître à michael, le 13e apôtre, amenant ce dernier à jurer « i’ll never touch another whore nor chase a drink again ». cette chanson trahit sans doute le besoin de reconnaissance et d’amour de michael qui s’érige en porte parole de la cohorte d’anonymes qui ont l’impression de ne pas appartenir à ce monde, de ne pas posséder les codes de conduite nécessaire à leur survie. on peut être sûrs pour notre plus grand bonheur qu’il ne tiendra pas sa promesse et nous livrera de nouveaux albums de la même veine.

Partager :

publié par le 29/11/02