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publié par Renaud de Foville le 04/09/26
Main Square Festival - Arras, 04/07/2026 - 3e jour -
Arras, 04/07/2026 - 3e jour

Jour 3 – Tous les regards convergent

Dernière journée de ce festival… et quelle journée ! En arrivant au Main Square, je ne pensais pas qu’elle serait à ce point différente des deux précédentes.

Après une avant-dernière nuit sous la tente, réveillé une nouvelle fois par le soleil qui tape déjà fort sur la toile, je prends le temps de me préparer. J’en profite aussi pour débriefer la veille avec le couple de Bordelais qui campent dans la même maison. Ils sont venus spécialement pour le festival, mais surtout pour Twenty One Pilots. Et je vais très vite comprendre qu’ils sont loin d’être les seuls à avoir parcouru des centaines de kilomètres pour assister à ce concert.

Une fois prêt, je reprends la route vers la Citadelle. Comme les jours précédents, je croise des groupes de locaux ou de festivaliers logés dans le centre d’Arras qui prennent le chemin du festival. Une scène devenue presque habituelle en seulement deux jours.

Mais cette fois, quelque chose change.

À mesure que je m’approche de la gare, les regards attirent mon attention. J’entends de moins en moins parler français. Les conversations se mélangent, les accents aussi. Je remarque des tenues plus reconnaissables, des t-shirts de tournées, des vestes customisées, des drapeaux, des accessoires que l’on retrouve sur plusieurs personnes sans qu’elles semblent pourtant se connaître. Pas besoin de regarder leur bracelet pour comprendre où elles vont.

Tous ces regards convergent dans la même direction.

Très vite, je réalise que cette journée ne va pas vraiment ressembler aux deux précédentes. Les familles et les habitués sont toujours là, mais ils partagent désormais les rues avec des fans venus parfois de très loin. Certains ont traversé la France, d’autres plusieurs frontières. On imagine facilement que quelques-uns viennent même de bien plus loin encore. Il faut dire que, sur cette tournée européenne, le concert de Twenty One Pilots au Main Square était l’une des dates les plus accessibles financièrement. Pour beaucoup, Arras représentait donc une occasion unique de voir le groupe.

C’est assez fascinant de voir un seul concert modifier autant le visage d’un festival.

Après ce premier aperçu des personnes avec qui j’allais partager cette dernière journée, j’arrive enfin devant l’entrée du site. Et là encore, la différence saute aux yeux.

Les jours précédents, il y avait bien un peu d’attente, mais les files avançaient rapidement. Cette fois, je suis pourtant arrivé peu après l’ouverture des portes, et la queue est déjà impressionnante. Elle commence plusieurs dizaines de mètres avant l’endroit où elle s’arrêtait les deux jours précédents. Pour la première fois du week-end, je dois me frayer un chemin le long d’une immense file de personnes qui attendent de récupérer leur billet avant de passer la fouille. Une scène assez inhabituelle pour moi un dimanche de festival. Dans ceux que j’ai l’habitude de fréquenter, la dernière journée est souvent la plus fluide : la majorité des festivaliers est déjà présente depuis un ou deux jours et possède son billet. Ici, c’est tout l’inverse.

Avant même que le premier concert ne commence, cette troisième journée a déjà une identité bien à elle. On sent que quelque chose d’important va se passer. Comme si, aujourd’hui, tous les regards étaient tournés vers le même endroit.

En revanche, il y a une chose qui m’a marqué en comparaison des festivals que j’ai surtout l’habitude de faire en région parisienne. Pour un festival qui dégage une ambiance aussi familiale, je trouve qu’il y a énormément de forces de sécurité présentes. Entre la police nationale en uniforme, les policiers en civil, la police municipale, les militaires, la sécurité privée du festival et les différents agents répartis sur le site, il m’est arrivé, à certains endroits, de croiser davantage de personnes chargées de la sécurité que de techniciens ou de bénévoles. C’est peut-être la contrepartie d’un cadre aussi exceptionnel que la Citadelle. Peut-être aussi que la présence d’une résidence étudiante directement sur le site, avec une vue imprenable sur certaines scènes, impose une organisation particulière. Je me suis d’ailleurs demandé comment les étudiants vivaient ce week-end. Est-ce qu’on leur demande leur avis ? Est-ce qu’ils attendent ce moment avec impatience chaque année ? Ou est-ce simplement quelque chose qui fait désormais partie de leur quotidien ?

Et puis il y a peut-être une autre explication : Twenty One Pilots. Un groupe qui joue très peu en France et qui attire forcément un public venu de beaucoup plus loin que lors des deux premiers jours. Accueillir un tel concert demande peut-être tout simplement un dispositif de sécurité différent. Une fois toutes ces étapes passées et mes accréditations photo récupérées, je prends la direction de la scène Vauban pour le premier concert de ma journée. Avec le recul, ce sera sans doute mon plus gros coup de cœur du festival.

Avant d’y arriver, je passe devant la Main Stage. Et le contraste est saisissant. Il y a déjà énormément de monde installé devant la scène. Je dis bien installé, car même si un groupe est en train de jouer, j’ai surtout l’impression que le public attend le concert du soir. Les regards sont tournés vers la scène, mais ils semblent déjà penser à autre chose. Une partie des spectateurs est évidemment là pour le groupe qui joue, mais elle paraît minoritaire. Le duo pop-rock, Voila, présent sur scène fait pourtant tout pour embarquer le public avec lui. Il ne ménage pas ses efforts, mais on sent que la mission est presque impossible aujourd’hui. Ce n’est pas un problème de prestation. C’est simplement que, pour beaucoup, cette journée ne fait que commencer en attendant le grand rendez-vous du soir.

J’arrive finalement devant la scène Vauban quelques minutes avant le début du concert de Supermodel. Je sais que nous sommes encore en début d’après-midi, mais il faut bien reconnaître qu’il n’y a presque personne devant la scène. Je descends dans la fosse pour réaliser les premières photos, mais, pour une des rares fois du week-end, être dans la fosse ou au milieu du public revient quasiment au même tant l’espace est vide.

Puis le concert commence.

Et dès les premières notes, Frankie Beanie, Supermodel, se donne sans compter. Pendant ce temps-là, le concert de la Main Stage se termine et une partie des festivaliers commence doucement à se déplacer. Depuis la fosse, c’est assez amusant d’observer les mouvements de foule. Une grande majorité reste devant la scène principale, confirmant encore une fois que cette troisième journée ne ressemble décidément pas aux autres. Mais, morceau après morceau, quelques dizaines de personnes arrivent devant la scène Vauban. Puis quelques dizaines d’autres. Petit à petit, la fosse prend vie et finit par afficher une affluence beaucoup plus cohérente avec la qualité du concert proposé.

Très vite, Frankie Beanie retire son bonnet. Puis son t-shirt. Ce n’est pas un effet de mise en scène. On a surtout l’impression de voir un artiste complètement absorbé par sa musique, qui oublie presque tout ce qu’il y a autour de lui. Dès la première note, il vit son concert à cent pour cent. Son morceau Fck Yr Idols résume peut-être le mieux ce que j’ai ressenti : une énergie brute, sincère, presque viscérale.

C’est exactement le genre de concert qui me fait aimer les festivals. Celui que l’on n’attendait pas forcément et qui devient finalement un souvenir marquant du week-end. Malgré une affluence sans doute inférieure à ce qu’il espérait, il n’a jamais donné l’impression de jouer devant un public clairsemé. Il a traversé un océan pour venir jusqu’à Arras et, pendant toute la durée du concert, il s’est donné comme si la fosse était pleine.

J’avoue avoir parfois un peu de mal avec les artistes qui montent seuls sur scène, simplement accompagnés d’un micro et d’un ordinateur. Il me manque souvent quelque chose, une présence supplémentaire, un échange entre musiciens. Pourtant, Supermodel fait partie de ces exceptions qui viennent rappeler qu’une règle n’est jamais absolue. À lui seul, Frankie Beanie a réussi à remplir la scène, à capter tous les regards et, surtout, à me faire oublier, le temps d’un concert, cette drôle d’atmosphère qui planait sur le festival depuis mon arrivée.

Après ce super moment pour débuter la journée, direction la Main Stage pour mon premier concert de l’après-midi. Et très vite, une sensation déjà ressentie un peu plus tôt se confirme. Malgré la très bonne prestation de Balu Brigada et la vraie complicité que l’on ressent entre les membres du groupe, j’ai l’impression, dès les premières notes, que le public est coupé en deux. En étant dans la fosse, je vois bien qu’une partie des spectateurs est réellement venue pour découvrir le groupe. Ils chantent, dansent, applaudissent et profitent du moment. Mais ils sont loin d’être majoritaires. L’autre partie de la foule est déjà ailleurs. Les regards sont tournés vers la scène, mais on sent qu’ils attendent surtout le concert qui aura lieu plusieurs heures plus tard. Cette attente est presque palpable. Les corps sont là, mais les esprits semblent déjà projetés vers la fin de la journée.

Après la fosse , je regarde le concert depuis la foule pendant quelques morceaux. Puis j’en profite pour aller marcher sur les remparts de la Citadelle. Et c’est là que je me rends compte d’une autre force du Main Square. Même en s’éloignant de la foule, le concert continue de vivre. Le son arrive parfaitement jusque-là, sans être agressif. Assis quelques instants sur les remparts, je profite presque davantage du concert qu’au milieu de la foule. J’ai même le sentiment d’être une oreille plus attentive que certains spectateurs restés devant la scène. Finalement, que ce soit dans la fosse, au milieu du public ou depuis les remparts, j’ai surtout retenu un concert partagé entre deux réalités. D’un côté, ceux qui vivent pleinement le moment avec Balu Brigada. De l’autre, ceux qui gardent précieusement leur place pour un concert qui ne commencera pourtant que plusieurs heures plus tard. Cette pause sur les remparts aurait d’ailleurs pu durer bien plus longtemps. Le lieu est incroyablement agréable. On y entend parfaitement la musique tout en prenant un peu de recul sur le festival. Encore un autre regard sur le Main Square.

Pour mon troisième concert de la journée, il est temps de quitter cette immense foule qui attend toujours au même endroit. C’est d’ailleurs assez étrange à observer. Des milliers de personnes restent regroupées devant la Main Stage, mais comme aucun artiste ne joue à ce moment-là, chacun regarde dans une direction différente. Ils partagent tous le même objectif, mais vivent finalement chacun leur propre attente. Et je crois que cette troisième journée est vraiment celle des contrastes. Après un rappeur accompagné de son ordinateur, puis un quatuor pop-rock néo-zélandais, me voilà devant Ahan, un groupe lillois qui évolue dans un univers métal.

Le changement est total.

Cette fois, impossible d’approcher tranquillement de la fosse. Je dois me frayer un chemin dans une foule déjà bien compacte pour une scène de cette taille. On comprend immédiatement que le groupe joue à domicile et qu’il possède un public fidèle.

Dès les premiers morceaux, ça envoie.

Le groupe paraît extrêmement soudé. On sent qu’ils aiment jouer ensemble et cela se ressent pendant tout le concert. Les échanges avec le public sont constants. Quelques pogos sont demandés dans l’ambiance par certains membres du groupe et le public y répond bien. Les regards entre la scène et la fosse ne se coupent jamais.

Troisième concert de la journée... et troisième ambiance totalement différente.

La chanteuse impressionne particulièrement. Elle passe avec une facilité déconcertante d’une voix chantée à des screams beaucoup plus graves, sans jamais perdre en justesse. Autour d’elle, le bassiste, le guitariste et le batteur donnent tout autant d’énergie. Et finalement, j’ai presque envie d’ajouter le public comme cinquième membre du groupe tant il participe au concert. Encore une fois, pouvoir observer tout cela depuis la fosse me permet de vivre un double regard : celui du photographe, qui cherche ses images, et celui du spectateur, qui profite simplement du moment. C’est une très belle découverte locale. Et si le groupe poursuit sur cette lancée, j’espère le retrouver sur une scène encore plus grande lors d’une prochaine édition.

Retour ensuite sur la Mainstage avec Renée Rapp. Et une nouvelle fois, le même phénomène apparaît. Plus la journée avance, plus la foule grossit devant la scène principale. Pas forcément pour l’artiste qui est en train de jouer, mais parce que chacun veut conserver sa place pour le concert de Twenty One Pilots. Malgré tout, l’ambiance est déjà meilleure que lors du passage de Balu Brigada. Une plus grande partie du public semble réellement venue pour Renee Rapp. Les réactions sont plus nombreuses, les applaudissements aussi, même si une partie de la fosse reste tournée vers ce qui arrivera plus tard.

Sur scène, Renée Rapp et son groupe proposent une très belle prestation. J’ai simplement trouvé le son un peu trop puissant pour ce qu’ils proposaient musicalement, comme si les réglages étaient restés sur ceux du concert précédent. Cela n’enlève rien à la qualité de sa voix, très bien mise en valeur par ses musiciens. Avec un public un peu plus disponible, ce concert aurait probablement pris une toute autre dimension. À ce moment-là, l’atmosphère change encore.

Cette bataille silencieuse pour conserver une bonne place devant la Mainstage devient de plus en plus visible. Ce n’est pas une conséquence de l’organisation du festival. C’est simplement l’effet que peut produire un groupe comme Twenty One Pilots. Un groupe qui tourne peu en Europe, avec seulement quelques dates et une seule par pays. Forcément, lorsque l’occasion se présente, des milliers de personnes décident de ne pas la manquer. Pour ajouter encore un peu de contexte à cette journée si particulière, il faut aussi rappeler un chiffre qui en dit long. Dès l’ouverture de la billetterie, alors que seule une partie de la programmation était connue, le pass journée du dimanche s’est vendu en moins de vingt-quatre heures. Pourtant, une seule certitude existait déjà : Twenty One Pilots serait sur la scène principale ce soir-là. Avec le recul, on comprend facilement que ce n’était pas un hasard.

Puis arrive un moment où je dois faire un choix.

Lorsque les dernières notes de Renee Rapp s’éteignent, je m’attends à voir une partie du public quitter la Main Stage pour découvrir les autres scènes. Mais presque personne ne bouge. Deux possibilités s’offrent alors à moi : aller voir les concerts de Zaho et de Perceval, ou rester à ma place en attendant le concert suivant ? En regardant autour de moi, je comprends très vite que si je quitte ma place maintenant, je ne la retrouverai jamais. J’avais imaginé une foule motivée pour Twenty One Pilots, mais pas au point de devoir faire une croix sur deux concerts pour conserver une position correcte, juste entre la régie et la Main Stage.

L’attente dure près d’une heure.

Une heure pendant laquelle le concert se vit presque sans musique. Les discussions se créent naturellement avec les personnes autour de moi. Certains sont là depuis l’ouverture des portes, d’autres ont traversé plusieurs centaines de kilomètres. Pendant ce temps, les techniciens s’affairent sur la scène. Plus les minutes passent, plus le dispositif prend de l’ampleur. Pour un plateau composé de deux rappeurs et de deux DJ, les préparatifs paraissent impressionnants. On comprend rapidement que quelque chose de particulier se prépare.

Et pourtant, une partie de la foule ne semble pas mesurer ce qui va suivre. Pendant toute l’attente, des messages s’affichent sur les écrans, en français comme en anglais. Ils préviennent que le concert à venir pourra donner lieu à d’importants mouvements de foule et recommandent à chacun d’être vigilant. Malgré ces avertissements, très peu de personnes quittent leur place. Dès les premières secondes du concert de Vald, tout bascule. En quelques notes seulement, je perds les personnes avec qui je comptais passer le reste de la soirée. Malgré ma taille, impossible de les retrouver. Les premiers mouvements de foule nous séparent complètement. Et pourtant, je ne suis certainement pas celui qui vit le plus difficilement en ce moment.

Je savais à quoi m’attendre. Je connais le nouvel univers de Vald, son énergie, la façon dont son public réagit en concert. Ce n’est manifestement pas le cas de tout le monde. Autour de moi, certains festivaliers semblent totalement surpris par ce qui se passe. À voir leurs regards, j’ai parfois l’impression qu’ils se demandent où ils viennent de mettre les pieds. C’est sans doute l’image qui résume le mieux cette journée.

Des milliers de personnes réunies au même endroit, devant la même scène, mais qui ne vivent absolument pas le même concert. Certains sont là pour se défouler avec Vald. D’autres essaient simplement de tenir leur place jusqu’à Twenty One Pilots. Deux publics, deux façons de vivre un festival... et pourtant une seule et même foule. Malgré une fatigue qui semblait forcément présente après plusieurs semaines de tournée et l’enchaînement des festivals d’été, Vald et toute son équipe n’étaient clairement pas venus pour gérer leur effort. Leur objectif semblait simple : retourner le Main Square.

Dès les premières minutes, les consignes s’enchaînent. Pogo. Mur de la mort. Encore un pogo. La foule répond immédiatement.

Pendant une heure, le set alterne remixes des morceaux de Vald, productions originales, interventions de Vladimir Cauchemar et de deux autres artistes présents sur scène. Les jeux de lumières se succèdent, la pyrotechnie explose quasiment du début à la fin du concert et, par moments, la chaleur des flammes se ressent jusque dans le public. À certains moments, il ne reste presque plus de mélodie. Seulement des basses énormes qui résonnent dans toute la Citadelle et font vibrer autant les corps que les remparts.

En une heure, il se passe énormément de choses.

Pourtant, contrairement à ce que j’avais pu observer la veille avec L2B, le concert ne s’interrompt jamais. Malgré les mouvements de foule de plus en plus importants, malgré les festivaliers qui cherchent à sortir de cette masse compacte, le set continue sans véritable pause. Autour de moi, je vois défiler des dizaines de personnes qui tentent de rejoindre les sorties. Certaines n’en peuvent tout simplement plus. Entre la chaleur, la fatigue accumulée depuis le début du week-end et l’intensité du concert, l’atmosphère devient de plus en plus difficile à supporter. La température monte dans tous les sens du terme.

Puis survient un moment complètement irréel.

Alors que le concert bat son plein, un individu asperge une partie de la foule avec une bombe lacrymogène. Dans une telle densité de public, je suis persuadé qu’une partie des festivaliers n’a même pas compris immédiatement ce qu’il venait de se passer. Certains continuaient à regarder la scène pendant que d’autres cherchaient déjà à s’éloigner, les yeux irrités ou en difficulté. J’ai eu la chance d’avoir les bons réflexes au bon moment. Sans cela, ma journée aurait sans doute complètement changé de visage en l’espace de quelques secondes. Pour certains, c’est exactement ce qui est arrivé. Des festivaliers qui gardaient leur place depuis le matin ont finalement choisi de l’abandonner. Non pas parce qu’ils renoncent à voir Twenty One Pilots, mais parce qu’ils n’avaient tout simplement plus le choix. Tout au long de cette journée, j’avais déjà aperçu plusieurs personnes être évacuées après des malaises. À chaque fois, les équipes de sécurité et de secours sont intervenues avec beaucoup de calme, de réactivité et un vrai professionnalisme. Encore une fois, elles ont répondu présentes. D’autres, en revanche, sont restés coûte que coûte. Ils évitent les pogos, contournent les murs de la mort comme ils pouvaient, protègent leurs proches... mais ne lâchent pas leur place.

Et c’est là qu’une autre question m’est venue.

Sachant que Twenty One Pilots était annoncé dès l’ouverture de la billetterie et que cette seule annonce avait suffi à faire partir les billets du dimanche en moins de vingt-quatre heures, était-il pertinent de programmer Vald juste avant le concert le plus attendu du week-end ? Je n’ai évidemment pas la réponse. Les deux jours précédents s’étaient terminés par des sets électro, laissant davantage d’espace au public pour respirer, danser et se disperser naturellement. Ce dimanche, le choix était tout autre. Deux concerts extrêmement attendus se sont enchaînés sans véritable respiration entre les deux. Était-ce le meilleur choix de programmation ? Était-il possible de faire autrement ? Est-ce que n’importe quel artiste placé avant Twenty One Pilots aurait provoqué le même phénomène ? Les pistes de réflexion sont nombreuses. Mais une chose est certaine : ce dimanche, le festival n’était plus tout à fait le même que les deux jours précédents. Les regards ne cherchaient plus seulement un concert. Ils cherchaient à tenir, à patienter et à vivre coûte que coûte le moment qu’ils étaient venus chercher depuis parfois plusieurs mois.

Je pense que, pour résumer ce set de Vald et de toute son équipe, une expression suffit : il y a autant de concerts qu’il y a de personnes qui l’ont vécu. Je pourrais parler des lumières, des flammes, de la musique ou des mouvements de foule, mais chacun est sûrement reparti avec une histoire différente. Personnellement, j’ai réussi à passer un bon moment, même si je ne suis pas forcément fan du tournant qu’a pris Vald sur scène. J’aimais beaucoup le voir rapper sur ses productions avec une scénographie déjà très travaillée. Aujourd’hui, son projet est beaucoup plus orienté électro. Ce n’est pas forcément ce que je préfère, mais je comprends cette envie d’évoluer. Et au vu de la réaction d’une partie du public, il a clairement trouvé son public. Certains avaient même réussi à atteindre les premiers rangs uniquement pour lui.

En revanche, par rapport à tous les autres concerts de la journée sur cette même scène, le ressenti de la foule était tellement différent selon les endroits où l’on se trouvait qu’il serait presque impossible d’en faire une description fidèle. Trop de regards différents. Trop d’expériences personnelles. Je préfère donc m’arrêter à ce que j’ai vécu. Lorsque les dernières notes retentissent, je réalise surtout une chose : la fatigue commence vraiment à se faire sentir. Le dos, les jambes, les bras... Après plusieurs heures debout, la chaleur, les mouvements de foule et toute l’énergie dépensée, le corps rappelle doucement qu’il est lui aussi en train de vivre son festival.

Mais il reste encore un dernier regard.

Celui que tout le monde attend depuis des mois.

Après une dernière heure d’attente et quelques tentatives pour récupérer un peu d’énergie avec les moyens du bord, le moment est enfin arrivé. Le concert de Twenty One Pilots est sur le point de commencer. Je pense sincèrement que c’est le concert qui a réuni le plus de monde de tout le week-end. Les gens sont venus très tôt. Certains parfois de très loin. Beaucoup, comme moi, sont restés devant cette scène pendant des heures, allant même jusqu’à renoncer à un deuxième concert dans la journée simplement pour vivre ce moment dans les meilleures conditions possibles. Avant même que les lumières ne s’éteignent, les premiers clins d’œil aux différents albums du groupe apparaissent sur scène. Les fans les reconnaissent immédiatement. Les regards changent déjà.

Puis arrive cette première note.

Les remparts retrouvent leur calme.

Les habitants referment leurs fenêtres.

Photos : Jérôme Pouille & Paul de Foville

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publié par le 04/09/26