Cela faisait quelques fois déjà qu’on voyait passer le nom de Maeva Kane, et puis juste avant son concert à la Boule Noire, on se retrouve à discuter avec l’ami Thomas Bader, photographe infatigable de la scène française indé et adepte fidèle de la Manufacture Chanson, il nous raconte tout le bien qu’il a a pensé de la prestation récente de Maeva là-bas, l’accueil que lui a réservé le public, en des termes tellement élogieux qu’on ne peut qu’avoir envie d’en savoir plus.
On écoute les premiers titres de son album et on se dit rapidement que oui il se passe un truc : d’abord, il y a cette voix féminine, originale et attachante, qui va plutôt chercher ses graves, un medium chaud. Qui donc excelle naturellement quand il faut envoyer, quand il faut se faire entendre avec un groupe qui joue très rock, mais parvient tout autant à insuffler toutes ces émotions, ce côté à fleur de peau qu’on associe plus volontiers aux voix aigues. Et puis il y a tout ce qui est autour : l’originalité du piano électrique qui constitue l’ossature de la plupart des morceaux, soutenu par des guitares inventives et une batterie rock mais un vocabulaire un peu différent se développe à chaque chanson, infusant du punk, de la chanson voir flow hip-hop ou spoken word dans une identité qui est avant tout rock (même si notre titre préféré du disque est une ballade, "Where is our sky" et son texte très très barré). Il n’en fallait pas plus pour qu’on aille voir Maeva Kane à la Boule Noire, curieux de découvrir de voir ce que donne en concert ces chansons qui pour certaines nous ont séduit dès la première écoute. D’après le site de la Boule Noire, c’est une nouvelle formule live qui est inaugurée pour l’occasion.

On retrouve au centre de la scène bien remplie de la petite salle parisienne, Maeva, entourée de ses claviers , qui prend occasionnellement la guitare et au même niveau à sa gauche le batteur Arnaud Dieterlen et à droite Tchang à la guitare électrique. Ce sont les mêmes musiciens que sur disque, le bassiste en moins et sans la guitare de Yan Péchin (le guitariste de Bashung) qui a aussi produit l’album, mixé par Jean-Charles Versari.
Dans cette formule plus resserrée, on a l’impression que ce qui fait l’identité du projet ressort tout de suite, là où le disque surtout dans sa première moitié explore divers styles. Le live affirme la singularité de Maeva Kane comme une évidence. Dans la voix, la beauté du timbre grave, les mots cash tantôt, la poésie et la beauté des images à d’autres occasion mais aussi dans ses yeux grands ouverts qui viennent chercher ceux du public alors que l’assemblage de claviers la place presque en retrait du public, la cache un peu. Mais comme le souligne la disposition scénique qui met les trois musiciens au même niveau, ce qui fait aussi la force du projet c’est aussi le large espace qu’il laisse à la batterie et à la guitare pour s’exprimer autour de la voix et du texte, de donner une couleur et une énergie résolument rock au projet. Les moments le plus intenses du concert seront justement ses passages où le batteur peut libérer sa frappe et envoyer fort, où la guitare électrique qui se libère souvent de l’obligation rythmique et se fait tisseuse d’atmosphère ou flamboyante, artificière ponctuant les chansons de riffs explosifs.

Entre ceux-là et les titres plus posés, on aurait néanmoins du mal à dire lesquels l’emportent, en fait, le poignant “A la beauté des indécis”, ses (légères) réminiscences "Noir Désiriennes", le flow presque hip-hop de "La vie est une chienne", les montées épiques de "On est Mort trop tôt" ou "Mon Ange" ou les titres plus lancinants, plus atmosphériques... la prestation du groupe est impeccable, énergique, enveloppante, quand il faut, plus discrète quand il faut laisser l’espace à la voix et au texte.

Comme sur disque, au milieu des morceaux de bravoure et des pépites d’émotions, parce qu’on adore le texte et ce que la voix fait transparaitre dessus, notre favorite reste "Where is our sky"... jusqu’au dernier morceau, où Yan Péchin rejoint le trio en rajoutant une deuxième guitare et ce qui était déjà très bien passe à un stade supérieur, une question de présence scénique, d’être vraiment sur le devant de la scène mais aussi de puissance sonore. Que ce soit Yan, un autre deuxième guitariste ou un mix qui apporte ce tranchant supplémentaire avec une seule guitare, il nous a semblé que cette nouvelle formule live mériterait d’avoir ce petit plus ressenti sur cet ultime titre sur chaque morceau, même si en l’état cette prestation live de Maeva Kane est déjà très convaincante !





