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publié par Mathilde Vohy le 25/03/19
Kidibuzz - Des rencontres et des moments partagés au-delà des notes, des paroles et des lumières

Les 21 et 22 février derniers, avec, entre autres, HK & Les Saltimbanks, La Chanson du Dimanche et Labess, Kidibuzz proposait une affiche alléchante pour l’anniversaire de ses dix ans au Trabendo. Pourtant, Kidibuzz n’est pas un label, ni un tourneur. Kidibuzz, c’est une association sortant tout simplement des infrastructures musicales classiques. Un « Programmateur Artisanal de Concerts Populaires » plus précisément. Et surtout, l’oeuvre de deux passionnés qui s’investissent au quotidien pour continuer de faire vivre la musique. Curieux d’en savoir plus, nous sommes allés à la rencontre de Nomi, président et fondateur de l’association.

Des rencontres et des moments partagés au-delà des notes, des paroles et des lumières

Bonjour Nomi, pour commencer peux-tu nous parler un peu de Kidibuzz ? Le but de l’association est seulement d’organiser des concerts ou également de produire et d’accompagner des artistes ?

Nous ne faisons pas que de l’organisation de concerts même si c’est le plus gros de l’activité. De manière générale nous pouvons dire que nous faisons de “l’accompagnement d’artistes”. J’aime d’ailleurs beaucoup le terme de “compagnon de route”. Nous aidons les groupes de diverses manières selon les besoins. Le slogan de l‘association est “programmateur artisanal de concerts populaires” et en réalité, nous sommes à mi-chemin entre un programmateur et un tourneur. Nous travaillons avec plusieurs groupes dans plusieurs lieux. Nous ne sommes donc pas tourneurs parce que nous n’avons pas d’exclusivité avec les groupes que nous faisons jouer et nous ne sommes pas non plus programmateurs parce que nous n’avons pas de lieu attitré.

La plupart de notre activité se fait d’ailleurs dans des bars, notamment le Moki Bar, qui était partenaire de notre anniversaire au Trabendo. C’est là-bas que nous organisons la majorité des concerts.

Le Moki Bar est situé à Paris ? Ce sont des personnes que tu connaissais avant ou les as-tu rencontrées dans un cadre professionnel ?

Oui, tout à fait, le bar est situé dans le vingtième. Avec le patron du Moki Bar, nous nous sommes rencontrés il y a presque dix ans. Il avait beaucoup aimé le concert que nous organisions alors nous étions entrés en contact et nous nous étions mis à créer des événements ensemble. Pendant cette même période, il avait installé une petite scène dans son bar et il avait fait l’effort de s’équiper de matériel de qualité, ce qui n’est pas tout le temps le cas dans ces établissements. Naturellement nous nous sommes mis à organiser de plus en plus de concerts là-bas. Nous considérons aujourd’hui le Moki Bar comme faisant partie intégrante de Kidibuzz. Et vice-versa, la preuve, le logo du Moki Bar est une personne qui danse, revêtue d’un tee-shirt à l’effigie de Kidibuzz !

Si nous revenons à l’activité de Kidibuzz, tu n’as jamais été tenté de faire de l’association une infrastructure plus “classique” tel qu’un label ?

Si, nous avons en effet créé, il fut un temps, un label. Ca s’appelait “Kidibuzz Music”. Un seul album, 3000 € de dettes ! (rires) Nous avons testé le fonctionnement classique de la musique en ayant un titre dans les bacs. Je suis content d’avoir vécu cet épisode mais ce côté “oldschool” de la musique ne m’intéresse plus du tout. Nous l’avons fait pour jouer les bons élèves. Il est vrai que pour attirer la presse ou les subventions, tout devient plus simple quand tu as sorti un album. Nous avons joué à ce jeu là mais cela n’a pas marché et ne nous a pas vraiment plu.

Et de quel(s) artiste(s) aviez-vous produit l’album ?

C’était il y a 5 ou 6 ans avec l’album de Noktambules, qui jouait le premier soir de notre anniversaire.

Maintenant que tu nous as bien décrit votre activité, peux-tu nous raconter l’histoire de Kidibuzz ? D’où est venue l’idée ?

C’est assez marrant ! J’étais fan du Ministère des Affaires Populaires (MAP), groupe dans lequel HK jouait. En parallèle, il avait une pièce de théâtre chantée que j’avais beaucoup aimée, qui s’appelait les Saltimbanques de Fortune. HK avait aussi des morceaux qu’il avait composés mais dont l’univers musical était trop différent de ces deux projets. J’avais d’abord réalisé un clip pour un de ces titres. Puis un jour, HK m’a convié à un atelier d’écriture à Beauvais dans le cadre duquel il chantait. Ses morceaux m’ont beaucoup plu alors je l’ai incité à venir les jouer à Paris. Il m’a répondu “OK, organise moi ça !” et c’est ainsi que Kidibuzz est né avec le premier concert de HK et les Saltimbanks.

Tout s’est ensuite enchaîné très vite. J’ai organisé un premier concert puis mes amis musiciens m’ont dit “et moi alors ?”, s’en sont suivis un deuxième, un troisième, puis Kidibuzz s’est mis en place sans trop réfléchir, dans l’action en fait.

Aujourd’hui, es-tu seul à gérer une telle activité ?

Nous sommes deux, Mehdi et moi. Néanmoins, lorsqu’il faut organiser un gros événement tel que notre anniversaire au Trabendo, une dizaine de personnes viennent donner un coup de main. Kidibuzz, c’est officiellement deux personnes, mais deux personnes très bien entourées !

Mehdi et Nomi

Deux dans l’association pour combien d’artistes ? J’imagine que le nombre n’est pas fixe et que vos collaborations sont soumises à une certaine temporalité ?

Là où j’ai du mal à répondre c’est qu’il n’y a en effet pas de régularité. Il y a des années où nous allons avoir beaucoup de concerts et d’autres moins, tout dépend des actualités des artistes avec qui nous travaillons. C’est difficile à estimer mais je dirais qu’il y en a une bonne vingtaine, voire plus si je compte ceux qui jouent avec nous une fois tous les 5 ans. Notre intervention dépend des besoins. Il nous arrive de produire une date, de donner un coup de main pour la promo ou encore d’utiliser mon expérience de développeur pour construire les sites web de certains artistes.

Revenons à cet anniversaire, tous les artistes présents ont-ils, à l’image de HK et les Saltimbanks, commencé avec vous ?

Non, HK et les Saltimbanks sont même les seuls qui ont réellement commencé avec nous. Néanmoins, la programmation de cet anniversaire reste symbolique puisqu’elle est la même que celle de notre premier concert il y a 10 ans : HK et les Saltimbanks, Noktambules et Luttès.

HK et les Saltimbanks au Trabendo

Noktambules, quand je suis arrivé à Paris il y a maintenant 15 ans je suis tombé sur un concert d’eux un peu par hasard et j’ai vraiment aimé. C’est aujourd’hui les artistes dont je suis le plus proche personnellement. Cela fait 5 ans que le groupe n’existe plus mais ils n’avaient pas le choix que de répéter de nouveau et revenir pour l’anniversaire ! Luttès, eux aussi se sont reformés spécialement pour cette soirée d’anniversaire. Il y a 10 ans, lors du premier concert Kidibuzz, c’était quasiment leur dernier concert. Eux ont adoré remonter sur scène et sont même en train de parler de reformer le groupe ! Je serais très fier si cet anniversaire permettait le renouveau du groupe !

Les autres artistes venaient en tant qu’amis : La Chanson du Dimanche je les ai connus bien après qu’il aient arrêté de jouer. C’est par sympathie et amitié qu’ils sont venus à cet anniversaire, ils ne doivent rien à Kidibuzz ! Labess, qui jouait le vendredi, est un musicien québécois que j’ai rencontré dans son pays bien avant de créer l’association. Nous avons organisé ensemble son premier concert à Paris et son arrivée en France. C’était un sacré challenge parce qu’il fallait faire venir tous les musiciens et toute la régie. Je lui ai également présenté Leïla qui est devenue sa manageuse. La France lui a tellement plu qu’il y habite et tourne désormais. Enfin, Jean-Francois Lessat et Tomas Jensen qui ouvraient chacun une des soirées, sont également des rencontres canadiennes. J’adore me rendre à Montréal découvrir des artistes québécois de talent qui ne sont pas encore connus en France.

Peut-on donc dire que tu es un importateur français de talents québécois ?

En quelque sorte ! Des fois je fais aussi machine arrière et j’exporte des artistes français au Québec, ce qui est un peu plus dur d’ailleurs car je ne suis pas sur mon terrain. Il y a deux ans, nous avons par exemple organisé deux semaines de concerts et promo avec Monsieur Tristan. Nous nous étions bien éclatés, j’espère avoir l’occasion d’en refaire.

Ces voyages doivent être riches en apprentissages et en souvenirs mais également très prenants. Comment arrives-tu à gérer cette activité en parallèle de ton métier de développeur web ?

Disons que quand j’organise un événement aussi gros que Kidibuzz au Trabendo… je prends au moins 10 jours de vacances avant la date pour tout bien ficeler ! (rires) Hormis cet événement exceptionnel, le rythme n’est pas toujours évident mais c’est comme tout, ce sont des habitudes que nous prenons. J’ai tendance à dire que je suis développeur web le jour et organisateur de concerts la nuit !

Quand on regarde les artistes qui étaient programmés lors de cet anniversaire, on constate qu’il n’y avait que des groupes “humanistes” et “populaires”. Est-ce une volonté de ta part ? Est-ce que cela reflète ta vision de la musique ?

Notre slogan, “programmateur artisanal de concerts populaires”, est en effet assez révélateur. Le mot “populaire” est en effet le liant et le coeur de notre activité. Nous sommes sensibles, je ne dirais pas à l’engagement, mais au fait de “dire des choses”, oui. Ce n’est d’ailleurs pas une volonté de notre part de travailler avec ces artistes mais tout simplement naturel. Je ne me pose même pas la question, ce sont simplement des rencontres. Pour moi, la musique, c’est avant tout des rencontres et des moments partagés au-delà même du fait qu’il y ait des notes, des paroles et des lumières. Le partage se fait d’ailleurs tant avec le public, qu’avec les artistes entre eux. A ce propos, -Bat- (son album sort bientôt !), qui a joué de l’accordéon avant les concerts, est monté sur scène avec Jean-François Lessard le deuxième soir. Leur rencontre s’est faite chez moi, puisque je les hébergeais tous les deux. Ils ont improvisé une répét’ le temps d’un après-midi et sont montés ensemble sur scène le soir. Ca, c’est le côté vraiment magique de la musique, cela rend l’événement encore plus exceptionnel !

Labess au Trabendo

Quels sont tes projets pour la suite ? As-tu des artistes avec qui tu aimerais collaborer ?

Disons que l’aventure continue, il n’y a pas vraiment de plan de route. J’ai quelques idées de projets… mais non je ne vais pas en parler !

J’imagine qu’au fur et à mesure que les années passent tu as peut-être envie de tester d’autres choses ?

Oui il y a un peu de ça aussi… Je vous en parlerai quand les choses seront sur le point d’aboutir, pour l’instant les idées sont encore floues !

J’attendrai pour avoir les exclusivités alors ! Dernière question, as-tu des artistes à faire découvrir au Cargo ! et à nos lecteurs ?

Je vous invite déjà à découvrir tous ceux qui étaient présents à nos 10 ans. Sinon, même si j’ai précédemment décrié le fait de ne penser la musique qu’autour des albums, je vais quand même te donner le noms d’artistes sortant prochainement un disque ! Il y a d’abord Fanch qui défendra son nouvel album au Zèbre de Belleville le 28 mars. C’est de la chanson rock que j’aime beaucoup. Je vous invite également à découvrir Lise Martin, dont nous allons être partenaire de la release party, toujours au Zèbre de Belleville, mais le 4 avril. Sa voix et ses paroles extraordinaires. J’ai l’habitude de dire que c’est la fille cachée de Brel et Barbara. -Bat-, dont j’ai parlé précédemment sort aussi son album, .point., le 22 mars. Enfin, je vous invite à aller écouter Alee, qui était à l’affiche de notre anniversaire et qui est un des musiciens que nous soutenons le plus.

Un grand merci à Nomi pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Crédits photos : Julien Pitinome & Kidibuzz

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publié par le 25/03/19