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publié par Julien Ribrault le 06/03/19
J.S. Ondara
- Tales Of America
Tales Of America

En février 2013, à l’aéroport de Nairobi, un jeune chanteur kenyan regardait sur les panneaux d’affichage les trois lettres de son aéoroport d’arrivée : MSP. L’aéroport de Minneaopolis, dans l’état du Minnesota, aux États-Unis. Ce jeune chanteur, c’est J.S. Ondara. Alors, pourquoi un musicien plein de chansons et d’ambition avait-il choisi de partir s’installer dans cette ville au climat peu clément, avec ses hivers glacials ? Pour suivre les traces d’un guide, d’une inspiration : Bob Dylan, originaire de cet état du nord du pays. Six ans plus tard, le vendredi 15 février 2019 pour être plus précis, J.S. Ondara a cristallisé son voyage personnel et musical dans un précieux album : Tales of America (traduction : "Contes d’Amérique"). Avec succès, il a capturé l’essence de la folk américaine et y a ajouté une voix puissante et tendre.

L’album s’ouvre sur "American Dream", un titre en clin d’œil à son voyage de l’Afrique à l’Amérique. La chanson accroche immédiatement, par sa touchante simplicité. Puis, lorsqu’on s’approche un peu plus près des paroles, on constate qu’elles sont particulièrement élusives. Leur sens est indistinct. Mais on est séduit malgré tout. Et finalement, ces deux caractéristiques se retrouvent dans les autres chansons. "Lebanon", par exemple, captive l’oreille. Pourtant dans une interview à la radio NPR Music (en anglais), le chanteur admet ne pas connaître le sens de la chanson, qu’il s’agit plutôt d’un flot de mots. Alors on se laisse bercer par les flots.

Retour en arrière. Pour J.S. Ondara, le conte commence à Nairobi. Dans son enfance, comme il l’explique lui-même (en anglais), il ne se séparait jamais de sa petite radio à pile. Il adorait le rock, le son des guitares fortes. Parmi ses groupes préférés, il cite Nirvana, Radiohead, ou encore Oasis. Et il chantait… tout le temps : "en allant à l’école, en allant faire des courses, avant de se coucher, au petit matin…" explique-t-il. Mais pourtant, sa famille ayant peu d’argent, il ne pouvait pas apprendre à jouer de la guitare. "Jouer d’un instrument était toujours associé à l’abondance. Seulement les gamins riches pouvaient s’offrir un tel luxe."

Mais il écrivait des chansons. Beaucoup. Il y trouvait un plaisir presque frénétique. Et il adorait la sensation que ces créations lui procuraient, car c’étaient les siennes. "Je me disais ’J’ai presque rien dans ce monde qui m’appartient, mais j’ai ces chansons’". Puis à 17 ans, il découvre Bob Dylan, et se prend immédiatement de passion pour sa musique. "Je n’avais jamais entendu de musique écrite et chantée de cette manière auparavant". Une découverte qu’il l’emmènera par la suite vers d’autres chanteurs comme Ray Lamontagne, Neil Young, ou encore Damien Rice. Alors à 20 ans, le chanteur décide de s’envoler vers les États-Unis pour faire carrière. Un pari osé, mais un pari gagné. Il apprendra à jouer de la guitare, et avec travail et persévérance, atteindra son but, avec la sortie de son album Tales of America.

J.S. Ondara a une voix envoutante, sans exagérer... On est peut-être juste un peu déçu par les paroles. Car les images sont belles, les mots sonnent, mais le sens global est trop abscons. C’est dommage dans la mesure où des paroles poétiques donnent de la profondeur à un album. Elles permettent au charme des chansons de ne pas s’estomper avec le temps. Mais si on passe à côté ce petit défaut de Tales of America, il suffit d’écouter un titre comme "Turkish Bandana", chanté a cappella, pour apprécier pleinement le talent du chanteur. Ou "Good Question", un titre calme avec une pointe de mélancolie. Et c’est difficile de ne pas être (au moins un peu) impressionné, surtout quand on se rappelle qu’il ne s’agit que d’un premier album.

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publié par le 06/03/19