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publié par gab le 11/09/13
Institut - Ou l'art de l'EP
Ou l'art de l'EP

Dire que la plupart des groupes font des EPs (ces disques à durée réduite) un outil bassement promotionnel. Le single extrait de l’album, un petit inédit de derrière les fagots, deux remixes inaudibles commandés on ne sait où et en deux temps trois mouvements l’affaire est pliée, l’objet aussi vite oublié. Alors qu’en cherchant un peu, avec un brin d’imagination et une bonne dose de suite dans les idées, on peut tout à fait se démarquer de la masse, marquer les esprits en profondeur et faire de la communication durable (retenez-le, c’est le concept du futur). Un exemple valant mieux que de longs discours, prenons le cas d’Institut. Voici un groupe dont on avait adoré le premier album Et ils étaient tombés amoureux instantanément et qui depuis n’a pas froid à ses EPs. La preuve avec l’ombragé Comme un monstre et l’ensoleillé Puisque nous aimons tous les deux ce qui est exceptionnel, ou comment escalader le mont EP successivement par sa face nord et sa face sud.

immaculée

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Ceci dit, c’est bien beau la grimpette mais personne n’a jamais dit qu’il fallait se lancer seul dans une ascension EPiennement périlleuse. Une bonne cordée d’artistes dans le même état d’esprit fera toujours plus forte impression à l’heure de régler les comptes. Comme un monstre est donc une œuvre collective, bien plus qu’un EP d’ailleurs, née dans l’esprit de l’écrivain Nathalie Burel à la lecture d’un article de Libération qui relatait du procès d’un homme accusé d’avoir tué sa femme de 46 coups de couteau (ou de ciseaux, la cour hésite). Et de partir de ce fait divers pour concevoir un objet transgenre constitué à la fois d’œuvres visuelles, écrites et sonores. Le tout prenant la forme d’un 33 tours à la blancheur immaculée et regroupant autant d’artistes que d’installations. La force de cette exposition disquaire est d’ailleurs la diversité. Graphique, on s’en serait douté, mais aussi stylistique puisque les textes optent tous pour un point de vue particulier (de la nouvelle au compte-rendu psychiatrique en passant par un retour sur l’évolution du droit pénal en matière de crime passionnel). Quant à la partie sonore, on est plus ou moins en famille puisqu’on a le plaisir de retrouver les vieux complices d’antan au sein d’Emma, Arnaud Dumatin et Gaël Desbois (dans leurs nouvelles formations respectives Institut et Del Cielo). Tenez, même notre French Cowboy préféré, Federico Pellegrini, ici présent lui aussi, faisait des chœurs sur le premier disque d’Emma en 1995, c’est dire.

méandres

J’entends d’ici les bougons de tous poils relever que la famille musicale (surtout vieillissante) n’a jamais été gage de qualité et on ne peut que leur donner raison sur le papier. Mais depuis quand écoute-t-on les rabat-joie de toutes façons. Non ce qui marque la partie sonore autant que le reste des installations, c’est une étonnante douceur ainsi qu’une saine distance. Un tel sujet aurait pu donner lieu à de glauquissimes déballages en tout genre. Il n’en est rien (ou presque). French Cowboy lance donc l’EP tout en délicatesse et on visualise le meurtrier penché sur le corps encore chaud de sa femme, lui caressant doucement le visage. Il l’aime, il ne voulait pas qu’elle parte c’est tout. N’importe qui en aurait fait autant. Fred Rec & The Fops prend le relais en sautillant, notre homme se voit soulagé d’un énorme poids, ils ne seront plus jamais séparés, c’était évidemment la meilleure solution pour tout le monde. Mais c’était sans compter sur Moujik et les répliques du tremblement de terre, ou comment revivre en 20 secondes l’inimaginable. Avec Institut, notre homme bascule (dans le temps et en dedans). Dans sa cellule, il ressasse puis sombre, pensées et démons s’entremêlant sans garde-fou dans l’obscurité. Del Cielo achève la lente descente au sous-sol, cette plongée dans les méandres d’un cerveau à la dérive. Comme un monstre, un être trop humain, qui au final déconnecte.

ludique

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Et parlant de déconnecter, on était parti sur l’allégorie montagnarde et on se retrouve en expédition spéléo, c’est malin (mais pas complètement incompatible). Pour son EP le plus récent, Institut change de direction et s’en va explorer le monde du cinéma. Ce n’est que justice puisque depuis 2007 Institut créé chaque année la bande originale du Festival International du Film de La Rochelle. On retrouve donc sur cet EP les sept bandes originales imaginées par Arnaud Dumatin et Emmanuel Mario. Un exercice de style intéressant puisqu’il s’agit en très peu de temps (entre une minute et une minute trente par morceau) de susciter l’envie tout en gardant une forte cohérence musicale. Notre duo s’en sort à merveille en incorporant des extraits de films à ses ambiances musicales qui au fil des ans passent d’une électro clairsemée à un univers riche de ses guitares si personnelles. C’est court, intrigant et ludique (pour égayer vos fêtes de famille, pensez à faire jouer votre entourage à ce genre de what the movie sonore). C’est original et décalé. En un mot, c’est réussi.

randonnée

De retour au camp de base après en avoir pris plein les mirettes, un petit arrière-goût de trop peu s’en vient titiller nos papilles. C’est le problème intrinsèque des EPs, ils sont en général trop courts pour bien faire. Mais c’est aussi ce qui fait leur charme, indéniablement. Maintenant, ce n’est pas parce qu’Institut passe l’été en randonnée à la montagne et en revient pour l’apéro avec deux EPs aussi improbables l’un que l’autre que ça les dispense de nous réaliser un splendide deuxième album. Et à ce sujet, ça y est, on le sent, on est prêt.

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publié par le 11/09/13