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publié par gab le 11/09/14
Flip Grater
- Pigalle
Pigalle

C’est la bonne surprise de la rentrée. On savait pourtant depuis quelques mois qu’un nouvel album de Flip Grater allait arriver mais l’extrait qu’on avait entendu ne nous avait pas plus emballés que ça. Allez savoir pourquoi. C’est donc plus par curiosité et parce qu’on avait vraiment bien aimé son premier opus qu’on met Pigalle dans les écouteurs en partant faire les courses ce week-end. Et là, dès la première écoute, on est très agréablement surpris. Sans compter que l’effet se maintient de morceau en morceau. Ce n’est pourtant pas la magie du décor qui pouvait aider en quoi que ce soit, sur l’échelle de la glauquitude supermarchériale, le Carrefour Market de Melun bat des records. Mais c’est toujours un bon test, Carrefour Market. Si la musique dans le casque réussit à vous transporter ailleurs et vous ouvrir des horizons insoupçonnés, c’est qu’il faut creuser. Sortons donc nos pioches et nos pelles et creusons.

chemin

Ce qui frappe immédiatement à l’écoute de ce disque, c’est le chemin parcouru. La musique de Flip Grater s’est étoffée (pas en nombre d’instruments mais en présence), le chant approfondi, un cap a indéniablement été franchi. L’ensemble des morceaux est pleinement habité et c’est d’ailleurs dans l’économie d’artifices, dans son parti pris direct mais sophistiqué (c’est assez étonnant), qu’on sent le mieux cette évolution. Pas de chichis, semble nous dire le très beau premier morceau "The quit", je cultive mon intemporalité. Histoire de bien marquer son territoire, Flip Grater enchaine en subtile tension musicale avec "Diggin’ for the devil". En deux morceaux le ton est donné, le cadre est posé, le chemin tracé. Elle ne s’en écartera pas, sans jamais tomber dans la facilité d’une mise en tension tous azimuts justement.

ralenti

Chez Flip Grater c’est donc l’intemporalité qui l’emporte. Il suffit d’écouter les perles du disque pour en être convaincu. Dans une douceur poignante, d’une voix grave et pénétrante, "Hymns" le premier vient nous stopper net dans nos pas. Le chemin est peut-être tracé mais il se fera dans une lenteur bienfaisante, au ralenti. Et on retrouve comme ça régulièrement ces rendez-vous importants, marquants. "The safety of the lights" le deuxième, dans un détachement et une mélancolie que seule Suzanne Vega savait mettre en scène jusqu’ici, finit de nous fendre le cœur … avant de nous le recoller tant bien que mal à la sortie sur un très beau duo avec Nicolas Ker (Poni Hoax), "To the devil", qui nous ramène forcément du côté des plus belles réussites de Nick Cave dans cet exercice périlleux.

croire

Et pour nous aussi c’est l’heure de la fermeture. D’intemporel à éternel il n’y a qu’un pas (un très grand pas), Flip Grater en est encore loin mais elle a chaussé ses bottes de sept lieues et de l’autre côté des écouteurs, on commence à y croire. Si elle continue à ce rythme, on en frémit d’avance, son prochain disque sera magistral.

 

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publié par le 11/09/14