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publié par Julien Ribrault le 08/04/19
Exilophone cultive l’harmonie humaine -

Créée en avril 2018, la jeune association Exilophone s’est donnée pour mission de rapprocher populations en exil et habitants locaux autour d’évènements artistiques, en France et à l’étranger. Un projet prometteur qui porte déjà ses fruits humains et culturels.

Rassembler populations exilées et locales autour de l’art, tout en les mettant sur un pied d’égalité : voilà quelle était l’ambition d’Emmanuelle Stein lorsque, après cinq années de travail sur le terrain auprès de réfugiés, elle créait l’association Exilophone en avril 2018. Son ambition a désormais pris forme, car l’équipe d’Exilophone, composée d’une dizaine de bénévoles, organise depuis près d’un an des ateliers de pratique artistique, des concerts, ou encore des sorties et médiations culturelles. En France et à l’étranger, ces évènements sont organisés main dans la main par des personnes en exil et des habitants locaux.

Passionnée de musique, la présidente de l’association met l’accent sur l’aspect mutuel des échanges : "ce n’est pas seulement une aide matérielle où nous occidentaux aidons les réfugiés, explique Emmanuelle Stein au Cargo. Ce sont eux aussi qui vont apporter des choses aux personnes locales." Les évènements organisés prennent ainsi une dimension de voyage artistique à travers le monde. Comme lors du World Jam Exilophone, un concert sur la Péniche Anako à Paris en octobre 2018, où se sont succédé tour à tour des musiciens d’Afrique, d’Amérique Latine, d’Europe ou encore du Moyen-Orient. "Cela a permis au public de faire un petit tour du monde en l’espace de deux heures," nous décrit-elle.

Premiers pas

C’est en République Démocratique du Congo, le 29 avril 2018, qu’a eu lieu le premier évènement porté par Exilophone. Il s’agissait alors d’ateliers de danses latines destinés à une soixantaine d’enfants "exilés de leurs foyers" ; les enfants des rues de Kinshasa. S’en sont ensuite suivis, en France, des ateliers participatifs de théâtre, de danse et de percussions en collaboration avec l’agence des Nations Unies pour les Réfugiés, un atelier de musique et de chant avec la Philharmonie de Paris, ou encore des sorties culturelles au Palais de Chaillot, à l’Opéra-Comique et au Centre National de la Danse. Exilophone a également participé à l’organisation d’un concert au Palais de l’Immigration avec le We Free Project, une improvisation entre plusieurs musiciens exilés.

Par ailleurs, l’association a proposé en décembre une soirée thématique avec des doctorantes et des femmes exilées sur le sujet des travailleuses migrantes domestiques. Une soirée plus académique correspondant à un volet que les membres d’Exilophone souhaitent développer. Léa Da Lage, qui travaille en tant que coordinatrice de projets, nous explique : "L’association a voulu créer un volet opérationnel pour mettre en place des activités, et un volet recherche pour mettre en avant des travaux scientifiques sur des problématiques qui touchent Exilophone". L’activité recherche n’en est pour l’instant qu’à ses prémices, mais elle a déjà une influence sur le choix des activités opérationnelles, notamment sur les problématiques qu’elles soulèvent.

Genèse

L’idée de monter une association comme Exilophone a germé en 2017, alors qu’Emmanuelle Stein donnait des cours de musique à la Maison Orange à Athènes, un centre d’hébergement pour réfugiés (elle a partagé son expérience dans un article au HuffPost). Là, elle remarquait que les personnes issues de différentes communautés – congolaises, iraniennes, grecques, etc. – avaient parfois des préjugés envers ceux des autres communautés. Mais, raconte-t-elle, "au moment où on faisait de la musique, tous ces gens-là se rassemblaient, devenaient presque amis, et c’était fort". Ce fut comme un "déclic" et, quelques mois plus tard, elle s’est associée à Marina Liakis et Tinou-paï Blanc, deux anciennes collèges dans son travail auprès des réfugiés, pour donner naissance à Exilophone.

La musique a ainsi occupé une place centrale dès la genèse de l’association, ce qui transparaît dans son nom. "C’était très important de mettre la musique au premier plan, parce qu’avec la musique, il n’y a pas de problème de barrière de la langue," avance Léa Da Lage. Mais rapidement, l’incorporation d’autres formes d’art dans les activités d’Exilophone est apparu comme une évidence. "On a étendu parce que les arts en général sont assez imbriqués, abonde Emmanuelle Stein. On se rend vite compte que quand on fait du théâtre on fait aussi de la musique, on fait de la danse."

L’association étant encore jeune, il est pour l’instant difficile d’obtenir certains financements — souvent, un minimum d’un an d’activité est exigé par les financeurs. Mais "à terme, c’est très important pour nous de pouvoir rémunérer les musiciens qu’on fait jouer pour les concerts qu’on organise," insiste la coordinatrice de projets. Cela va aussi devenir important de "rémunérer certains membres de l’équipe" pour la pérennité de l’association, précise la présidente. Pour atteindre ces objectifs, elles envisagent aussi de passer par des campagnes de financement participatif.

Direction Tel Aviv

L’un des grands évènements à venir pour Exilophone cette année est un festival de trois jours au sud de Tel Aviv, du 14 au 16 juin 2019. Il aura pour but de rassembler les réfugiés et la population locale qui se trouvent dans la région. Des populations exilées principalement composées de "personnes soudanaises, érythréenes, et congolaises, mais aussi philippines et thaïlandaises, qui sont des personnes travailleuses migrantes, et également israéliennes, donc à la fois juives et arabes" détaille la présidente. Avec la collaboration de Institut français de Tel-Aviv, de la Batsheva Dance Company, une compagnie de danse israélienne, et des leaders de communautés, le festival proposera notamment des concerts, des ateliers de danse, de théâtre, de musique, de la peinture, et des projections de films africains.

Dans un futur proche, le but pour Exilophone est de "promouvoir les artistes de l’association, de pouvoir créer des interactions entre les musiciens et que de ces rencontres émanent d’autres initiatives, mais aussi tout simplement d’apporter un peu de joie et de bien-être aux réfugiés," explique sa présidente. Puis dans un futur un peu plus lointain, dans quelques années, elle vise deux objectifs : "qu’Exilophone devienne un festival itinérant, et, avec l’argent récolté, de pouvoir envoyer des instruments de musique dans les camps de réfugiés, et y organiser des ateliers de musique, des spectacles." Ainsi, l’association n’en est encore qu’à ses premiers pas. Mais en attendant la suite, on ne peut qu’être conquis par le concept, et acquis à la cause.

Photo n°1 : À gauche, Emmanuelle Stein, fondatrice et présidente d’Exilophone, et à droite, Léa Da Lage, coordinatrice de projets. Photo n°2 : Lors d’une sortie culturelle au Centre National de la Danse. Photo n°3 : Les membres de l’équipe d’Exilophone.

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publié par le 08/04/19