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publié par Mickaël Adamadorassy le 07/11/17
Downtown Boys
- Cost of living
Cost of living

On ne s’est posé de questions, on n’a pas lu la biographie qui allait avec l’album. On a juste balancé le Cost of Living des Downtown Boys dans les écouteurs. Alors au début ça surprend un peu, surtout quand vous venez d’écouter du Iron & Wine en boucle mais qu’est-ce qu’il fait du bien ce petit brûlot punk à la fois énervé et mélodique !

La forme

Chez Downtown Boys il y a donc une filiation punk évidente dans les tempi rapides, la basse au médiator très en avant et le chant rageur de Victoria Ruiz. On sent chez cette dernière la colère chevillée au corps, l’énergie brute, la sincérité aussi, tout ce qui donne du sens à ce genre de musique et fait qu’elle nous remue les tripes. Et ce n’est pas tout, elle a aussi la théâtralité, le petit grain de folie qui font d’un Mike Patton ou d’un Serj Tankian des chanteurs exceptionnels dans leur genre et des bêtes de scène.

Dowtown Boys c’est aussi des cuivres utilisés tantôt d’une manière presque pop sous forme de nappe, un appui mélodique , tantôt comme instrument lead. Une guitare qui n’est pas la guitare rythmique punk "de base", Joey DeFrancesco, co-fondateur et principal compositeur du groupe, privilégie souvent l’overdrive à la grosse saturation, il a en fait un son plutôt indie-rock, très fenderien, avec des arpèges et des parties lead . Un jeu assez subtil et varié donc mais quand il faut envoyer du lourd, pas de problème il sait faire aussi dans la rythmique métronomique et s’il ne sonne pas aussi "gras" que ses confrères avec sa Stratocaster, celle-ci compense largement par son mordant.

En fait personne n’accusera Downtown Boys de ne pas faire assez de bruit. Leur disque donne l’impression d’une grosse fiesta dans un squat où tout le monde danse et pogote dans la bonne humeur mais en envoyant un gros Fuck au système. C’est jouissif et ça n’arrête quasiment jamais pendant 34 minutes en dehors du bien nommé "Interlude". On est pas toujours fan des chants gueulés en permanence mais chez Victoria c’est en adéquation totale avec la musique, ça ne pourrait pas fonctionner sans cette rage, cette exagération qui amène la musique à la frontière entre sérieusement déjantée et complètement dingue.

Le fond

Et puis après pas mal d’écoutes du disque, on décide finalement de s’intéresser aux paroles et à l’univers du groupe. On s’aperçoit alors qu’on est passé complètement à côté de la dimension militante des Downtown Boys. « A Wall », l’excellente ouverture de l’album, parle bien sûr des projets de l’administration Trump de construire un mur à la frontière mexicaine. Les autres chansons sont peut être moins spécifiques, les revendications ne sont pas aussi évidentes que dans un texte de RATM par exemple, mais la lutte, les inégalités, l’urgence de l’action, l’examen de conscience sont des thèmes récurrents.

On n’est donc pas étonné de découvrir le groupe est très actif politiquement, que ce soit dans la lutte contre les inégalités et les discriminations raciales, économiques ou contre les LGBT. Ça ne remet pas en cause l’idée de la grosse fiesta évoquée précédemment mais c’est aussi un meeting politique et un espace d’expression militante (Le précédent album du groupe ne pouvait pas être plus clair à ce sujet, il s’appelait Full Communism).

En cherchant à en savoir un peu plus sur le groupe, on découvre aussi que Joey DeFrancesco a eu sa (première) minute de gloire sur les internets en se filmant en train de remettre sa lettre de démission d’un boulot où "on le traitait comme de la merde", en musique avec la "brigade" de cuivres dont il faisait partie avant de fonder les Downtown Boys. On vous laisse savourer cette vidéo plutôt jouissive :

A la carte

On n’a pas vraiment choisi d’ignorer l’aspect militant des Downtown Boys, c’est le résultat d’une écoute à l’aveugle mais d’avoir fait les choses "à l’envers" nous a ouvert une perspective différente : même si vous n’avez pas les mêmes idées politiques, même si vous considérez que ce genre d’engagement ne sert à rien en musique, une position fréquente dans la sphère indé... toute cette passion, toutes ces idées ont participé à créer une oeuvre intense, passionnée, qui peut exister au delà de sa volonté idéologique, et vous donner du plaisir, tout simplement ; que vous soyez plutôt cocos ou au contraire suppôts du grand capital. Et pour un groupe qui considère que ne pas être engagé politiquement (comme eux) c’est déjà une prise de position, l’approche hédoniste de leur musique ça doit leur sortir par les trous de nez mais en étant signés chez SubPop et donc exposés à un public plus large, on va voir comment ils gèrent.

On imagine que la réponse sera Fuck it !!!!

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publié par le 07/11/17
Informations

Sortie : 2017
Label : Sub Pop Records/PIAS