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publié par Mickaël Adamadorassy le 25/04/18
Cats on Trees
- Neon
Neon

Ça fait plaisir d’entendre un groupe français chanter en anglais.... Drôle de façon de commencer un article vous dites ? Pourtant pas une semaine qui ne s’écoule sans qu’un de nos artistes français préférés, et précédemment "anglophone", n’annonce un prochain album écrit dans la langue de Molière (et des Musclés mais bon...). Bien sûr on ne critique ni la sincérité de la démarche, ni la qualité du résultat mais une chose est sûre, ou plutôt deux : les anglais ont inventé la pop et les chips Tyrell au vieux cheddar et à la ciboulette et on a pas fait beaucoup mieux que ça. Certes il y a d’autres recettes, la pop en français, les chips goût poulet rôti etc. Certaines fonctionnent, d’autres moins mais cheddar ou pop in english, voilà des goûts acquis mais jamais lassants. Le cerveau les reconnait immédiatement et en retour il vous noie dans la chimie naturelle du bohneur, dopamine en pagaille, les lèvres qui fredonnent, les pieds qui tapent le rythme, et la journée qui soudain s’éclaire, même la nuit. Et le dernier album de Cats on Trees c’est exactement ça. Un plaisir pas du coupable, essentiellement à base de pop mélancolique portée par un chant superbe, avec juste ce qu’il faut de fragilité mais on y trouve aussi un peu de dance où la voix parfois autotunée avec bon goût (oui c’est possible) cherche la corde sensuelle.

Ciboulette

Deux styles assez différents donc mais on ne s’en rend pas vraiment compte car le disque vous emmène progressivement de l’un vers l’autre . On commence côté pop avec la sublime « Keep on Dancing », dont les mélodies n’ont rien à envier au tube « Sirens Call » qui a fait connaître Cats on Trees. Mais on n’est pas pour autant dans l’évidence pop : il y a des arrangements sophistiqués, une tension harmonique qu’on a pas dans les grilles d’accord typiques du genre qui s’aventurent rarement hors de la tonalité du morceau. Deux atmosphères très différentes, un couplet presque inquiétant et un refrain qui semble plus lumineux et plus entraînant qui laisse néanmoins transparaître quelque chose de désespéré, comme un moment suspendu au dessus de l’abyme. « Lion » est une balade délicate où quelques notes de piano et un tambourin, rejoints plus tard par quelques cordes soutiennent discrètement la voix de Nina qui nous offre là une des plus belles prestations de l’album, à la limite de la cassure, émouvante, séduisante.

La suite n’a pas la même charge émotionnelle que ces deux là mais s’écoute bien, « If You Feel », porté par un saxophone très réussi et une rythmique qui se fait déjà plus dansante, « Blue », un ternaire sirupeux et intensément vintage dans l’approche du chant comme les arrangements, « Smile » encore une jolie balade avec un couplet dépouillé et sombre qui contraste avec un refrain libérateur et ses cordes au son rétro tout à fait délicieux façon mellotron. Il n’y a guère que « Mama Said » qu’on a tendance à zapper.

Cheddar

Et puis vient le temps de groover son body, le beat est résolument binaire, le piano comme la voix se prennent un bon gros autotune dans la figure, le texte parle de ténèbres qui vous appellent et de se faire attacher.. ouaip « Black Lips » veut faire monter la température... et en même temps il y a pas que ça, que viennent faire là cette rythmique reggae et ces interventions de cuivres sur le refrain ? On est bien dans le dansant mais il y a toute une richesse d’arrangements, des subtilités qui se révèlent à l’écoute attentive. « Tikiway » et « Bad Boy » reviennent à de la pop plus classique mais gardent un peu de cette dynamique, de ce côté remuant dont on imagine qu’il va ravir le public du groupe en live.

Chat le fait !

Tout n’est pas parfait dans Neon, on vous disait apprécier le fait que ce soit chanté en anglais, mais on remarque de temps en temps de petits défauts d’accent. Keep on Dancing, le tube du disque, qu’on se passe en boucle, fait que les deux chansons un peu moyennes du disque ressortent d’autant plus. On apprécie l’écriture musicale sur Black Lips mais le texte ne fonctionne pas aussi bien, on est plus dans 50 nuances de gris que dans la sensualité d’un Rid of Me (PJ Harvey) ou d’une chanson de The Kills.

Mais ce sont de petits défauts chez un groupe qui a bien progressé par rapport à son effort précédent. Neon est un très bon album, bien écrit et bien arrangé, qui met très bien en valeur la très belle voix de Nina. On tient là un de nos premiers grands disques de 2018.

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publié par le 25/04/18
Informations

Sortie : 2018
Label : Tôt ou Tard

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