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publié par Julien Ribrault le 16/11/18
Camélia Jordana
- LOST
LOST

LOST, ou en français : perdu. Voilà le nom que la chanteuse Camélia Jordana a choisi pour son troisième album, sorti le 9 novembre dernier. La vraie question reste donc : se sent-on perdu à l’écoute de LOST ? Eh bien oui, bien joué Madame Jordana. Mais perdu dans le bon sens. Comme quand on se perd lors d’une balade dans une capitale qu’on ne connaît pas. Ici, on se perd dans un doux dédale de trip hop et de pop, de rock et de chanson, d’électro et de musique expérimentale. Les paroles, elles, nous emmènent de l’arabe à l’anglais en passant par le français.

Lui aussi baptisé LOST, son EP sorti en 2017 avec la collaboration de Laurent Bardaine, membre de Poni Hoax, annonçait la couleur. Après l’album Dans la peau de 2014, et les subtiles compositions de Babx, la chanteuse prenait avec cet EP un tournant plus électro, plus expérimental, plus excitant. Et elle confirme ce choix avec ce nouveau chapitre musical écrit lui aussi avec Laurent Bardaine, un album audacieux et indocile. Comme une envie de dire fuck. Ce qu’elle fait d’ailleurs littéralement à la fin du clip de « Gangster », l’un des titres phares de l’album où cohabitent passages rocks et séquences pop.

À côté de « Gangster », un titre comme « Freestyle » nous remplit de sa mélancolie hypnotisante. On ferme les yeux et on plonge dans une ambiance de fin de soirée, un peu ivre, un peu lost… « Empire » quant à elle, sur une instru non moins mélancolique, explore tour à tour les sonorités des trois langues présentes dans l’album. Et si la chanson interpelle, c’est sans doute parce que Camélia Jordana arrive à libérer pleinement la musicalité inhérente à l’arabe. Les dernières notes viennent se fondre dans le titre suivant, « Inch Allah », une polyphonie de voix, toujours en arabe, tout en délicatesse.

Petit regret. Certes Dans la peau était un album plus sage. Mais l’avantage qu’il offrait, c’est que la voix langoureuse et subtile de la chanteuse était pleinement mise en lumière. Ici, c’est la multitude de pistes vocales et les filtres qui prennent le pas. Cela a tendance non seulement à obstruer l’essence sonore de la voix, mais aussi le sens des paroles. Des textes qui, pourtant, abordent des thèmes aussi sérieux que le féminisme, le colonialisme, ou encore les violences policières envers les noirs, avec son titre « Freddie Gray ».

Le côté expérimental de l’album est en tous cas une bonne surprise. Non seulement il contribue à la sensation d’être perdu, mais il semble aussi vouloir nous emmener au bout des possibilités musicales. Comme pour libérer les chansons des frontières de la musique formatée. « Animal », par exemple, est un titre incompréhensible, mais c’est pas grave. Il s’insère très bien dans la logique de cet album illogique. Au fond, quand on se perd, on a le choix : soit on panique et on essaye de retrouver son chemin, soit on profite de cette sensation euphorisante et libératrice. Camélia Jordana a choisi de profiter.

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publié par le 16/11/18