accueil > articles > interviews > Archimède

publié par Mathilde Vohy le 20/12/18
Archimède - Avoir une fibre sociale sans être un groupe militant

S’il y a quelque chose qui unit les frères Boisnard, hormis leur lien familial, c’est bien leur amour pour la pop et le rock britannique. Connus depuis dix ans sous le nom d’Archimède, Frédéric et Nicolas ont écrit et composé quatre albums et une dizaine de singles. Si le duo suscite de l’intérêt, c’est parce qu’il a la particularité de proposer un travail complet et abouti. Les mélodies aux consonances anglo-saxonnes sont entraînantes et travaillées et subliment des paroles soignées aux thématiques variées. Originaire de Laval, et se présentant à cinq sur scène, Archimède sillonne les routes de France et d’Europe au gré des albums. Vendredi 21 décembre, le groupe défendra une nouvelle fois l’album Méhari, sorti en avril 2017, à Ouistreham (Normandie). Afin de mieux appréhender le concert, Nicolas a accepté de répondre à nos questions.

Avoir une fibre sociale sans être un groupe militant

Tout d’abord, question qui doit souvent vous être posée : pourquoi Archimède ? Devons-nous y voir un rapport avec le scientifique ?

Oui tout à fait, surtout du point de vue où ce scientifique était un peu philosophe, c’était un penseur complet. J’ai fait des études de philosophie et le personnage m’amusait assez. Il existe une multitude d’anecdotes le concernant et pour la plupart, on ne sait si elles sont vraies ou fausses. Une amusante imagerie a été créée autour de ce savant et dans la mesure où j’adore l’Antiquité grecque, le nom s’y prêtait bien. « Archimède », c’était aussi le titre de notre première chanson qui évoquait la figure de ce savant grec. Nous n’avons pas gardé la chanson mais avons adopté son nom que nous trouvions assez onirique.

Si nous nous intéressons désormais à la création des chansons, comment s’organise la composition et l’écriture à deux ? L’un compose et l’autre écrit ?

Pas tout à fait. J’écris toujours tous les textes mais pour la musique, la répartition des tâches varie. Il y a des chansons où Frédéric me donne des musiques clés en main et je n’ai plus qu’à écrire un texte sur son "yaourt" et d’autres pour lesquelles j’ai déjà une mélodie en tête, sur laquelle mon frère vient composer une instru. Grossomodo, tous les textes sont de moi et la compo de temps en temps lui, de temps en temps moi.

Y a-t-il tout de même un processus précis et une méthode de travail récurrente ?

Non pas du tout, le processus est souvent différent et nous n’avons pas de méthode de travail arrêtée. Cela peut partir d’un de mes textes ou d’une mélodie écrite par mon frère ou moi.

J’en déduis donc que vous êtes très complémentaires ?

Oui exactement, nous sommes très complémentaires.

Comment expliquez-vous cette complémentarité ? Avez-vous toujours joué ensemble ? Ou avez-vous eu, au contraire, des parcours musicaux différents avant Archimède ?

Nous avons toujours joué de la musique et travaillé tous les deux. Frédéric apprenait la guitare, moi je chantais, et dès nos 12/13 ans, nous avions l’habitude de faire des reprises pendant les repas de famille. A 17 ans nous participions à nos premières fêtes de la musique puis le reste s’en est suivi crescendo.

La création de vos chansons se fait donc en réelle symbiose, mais qu’en est-il de vos influences et goûts musicaux ? Sont-ils également complémentaires ?

Je ne sais pas si on peut parler de complémentarité mais oui, nous sommes sur la même longueur d’ondes. Quelques affinités nous différencient, j’aime par exemple le hip-hop, ce qui est moins le cas de mon frère, mais globalement, nous avons été biberonnés aux mêmes influences et sommes attentifs aux même groupes. Nous avons tous les deux écouté la musique d’outre-manche telle que les Beatles et les groupes de Britpop des années 90 : Supergrass, Oasis, The Verve ou encore Blur. En ce qui concerne les textes, même si c’est moi qui les écris, nous sommes tous les deux très attachés à la langue française.

Vous avez la particularité d’allier instrus très travaillées et plume bien aiguisée. Pensez-vous que le pouvoir des mots est plus fort s’ils sont bien accompagnés ?

C’est une bonne question, c’est vrai que dans le format d’Archimède, même si les textes sont travaillés, nous sommes attachés aux mélodies. Néanmoins, de manière universelle, je ne pense pas qu’une mélodie plus simple puisse nuire à l’intelligibilité d’un texte. Je pense même que des fois, nous happons tellement l’auditeur avec des mélodies catchy que ce dernier peut passer à côté du texte. En fait il y a un équilibre à trouver entre le son et le sens. Par exemple, j’aime bien certains morceaux de slam ou de hip-hop dans lesquels les mélodies sont basiques et où il y a peu de chant. A partir du moment où il y a un texte qui fonctionne bien, toute musique peut avoir de l’intérêt si elle est incarnée par la personne qui la chante. Nous, chez Archimède, nous sommes sensibles tant à la musique qu’aux paroles mais beaucoup d’auditeurs nous disent qu’ils rentrent par nos mélodies pop et qu’ils tendent ensuite l’oreille aux textes. Contrairement au slam ou au hip-hop où c’est d’abord par le texte que l’auditeur rentre dans l’oeuvre.

Si certains auditeurs rentrent par le texte et d’autres par la mélodie, cela vous permet peut-être de capter un public plus large ?

Oui tout à fait. Par exemple, grâce à nos textes, nous avons eu de beaux articles de presse, parfois même des double-pages, dans des médias comme Libération ou Télérama. De plus, le côté catchy de certaines mélodies nous a aussi permis de passer sur certaines radios. Ces deux approches nous permettent en effet de bénéficier d’une audience plus large.

Au sujet de ces textes, comment se fait le choix des sujets ? Avez-vous des thèmes de prédilection ? Il me semble qu’une chanson comme « Le Grand Jour » est inspirée d’une histoire que vous avez vraiment vécue, est-ce que l’inspiration vient justement de vos vies privées ?

Dans « Le Grand Jour » c’est vrai que nous évoquons un adolescent, que nous avons connu quand nous étions nous-mêmes adolescents, qui est malheureusement décédé et que nous avons, en quelque sorte, ressuscité en chanson. Les sujets ne viennent pas forcément de ma vie privée mais pour que je chante quelque chose, il faut tout de même un “déclencheur autobiographique”. On parle toujours un peu de soi dans ses chansons, il ne s’agit pas de raconter sa vie mais de réussir à universaliser son propos et faire en sorte que sa petite expérience personnelle puisse faire écho à un grand nombre de personnes. Il faut en fait utiliser suffisamment d’images pour passer du cas particulier au cas général et trouver un équilibre entre ce qu’on a vraiment vécu et la nécessité de toucher le tout à chacun. Evidemment, je raconte également des choses que je n’ai pas forcément vécues ! Dans « On aura tout essayé » j’explique par exemple que je vais dans des clubs échangistes, cela pourrait être le cas mais, en réalité, ce n’est pas vrai (rires). Egalement, dans « Accroche-toi », je chante que je trompe ma femme avec une groupie qui est laide à vomir, ce n’est évidemment pas vrai non plus. Le “partir de soi” n’empêche donc pas de raconter des conneries, sinon ce ne serait pas drôle.

Vos textes sont aussi inspirés de faits d’actualité et donc, plus que de vos vies personnelles, du monde qui nous entoure ?

Oui tout à fait. C’est par exemple le cas de notre chanson « Les petites mains », qui parle des revendications sociales actuelles et des gens qui n’ont pas beaucoup de moyens mais qui doivent malheureusement faire avec, parce que ce sont les “gros” qui tirent les ficelles. Des chansons comme « Bye bye bailleur » ou « Toi qui peines au bureau », qui évoquent, respectivement, le mal-logement et l’actionnariat, font aussi écho à des faits d’actualité. Il y a donc bien un engagement et une fibre sociale dans Archimède sans que nous soyons un groupe militant. Nous sommes dans le divertissement mais cela n’empêche pas d’avoir un propos un peu ajusté et de partager notre vision du monde.

Cela rejoint justement ma question suivante qui était de savoir si, outre l’engagement social, Archimède s’engageait politiquement ? Peu de vos chansons vont sur ce terrain, est-ce une volonté de votre part ?

Effectivement nous ne sommes pas engagés sur le terrain politique. Nous sommes citoyens et chantons le monde qui nous entoure mais nous ne sommes pas du tout militants. Nous n’avons pas envie de faire de la politique et nous ne qualifierions pas Archimède de "groupe engagé". Je n’aime justement pas ces “faux chanteurs engagés”, qui font de grandes leçons dans leurs chansons mais qui, vis à vis de leurs familles, de leurs musiciens et de leurs équipes techniques, se comportent comme des crasses.

D’un point de vue plus général, avec du recul, qu’est-ce qui a été le tremplin de votre carrière ? L’album Trafalgar ? Les singles « Le Bonheur » ou « Je prends » ? Ou plutôt un projet global qui a pris au fil du temps ?

Je dirais la troisième option, un projet global qui a pris au fil du temps. Nous avons eu des singles à la radio et à la télé, nous avons des chansons que les gens connaissent mieux que d’autres comme « L’Ete revient », « Le Bonheur » ou « Je prends », mais pour autant, nous n’avons pas eu de titre qui aurait eu un impact tel que notre carrière se serait établie et fondée sur la diffusion de ce dernier. Ca s’est fait dans le temps et je pense que, sans nous jeter des fleurs, nous sommes aidés par le fait d’être un groupe “sympa”. Nous répondons aux gens qui nous aiment et qui nous soutiennent quand ils nous écrivent et nous prenons plaisir à aller les rencontrer à la fin des concerts. Je pense que cela compte autant que d’avoir un titre à la radio ! Un titre à la radio, certes, ça fait vendre 100 000 albums d’un coup mais pour les albums suivants, ça peut être la grosse galère. Nous ne vendons pas 200 000 albums à chaque fois que nous en sortons un mais l’essentiel, c’est qu’aujourd’hui nous en vendons toujours une quantité suffisante pour en vivre.

En ce qui concerne vos fans, y a-t-il un profil type de fan qui ressort ? Sont-ils essentiellement français ? Ou avez-vous du succès à l’étranger ?

Nous ne pouvons pas dire que nous avons du succès à l’étranger. Nous avons en effet tourné en Europe mais notre public est essentiellement français dans la mesure où nous chantons en français. Nous avons connu quelques moments de bravoure à l’international qui sont amusants dans notre épopée musicale. Par exemple le clip de « Vilaine Canaille » a été posté sur la page YouTube Monde par le community management américain. Mais nous ne pouvons pas dire que nous sommes connus à l’étranger. Déjà nous essayons de faire notre trou en France, c’est déjà beaucoup ! Concernant nos fans, il n’y a pas de profil type, nous ne sommes pas un groupe d’ados, nous ne sommes pas non plus un groupe de “vieux”. Il y a un peu de tout ! Notre manager avait une formule amusante, il disait que nous faisions du “Rock Spirou” car nous nous adressons au 7-77 ans.

Et pour finir, quels sont vos projets pour la suite ? Méhari est sorti il y a un an et demi, est-ce qu’un nouvel album est en cours ? Une nouvelle tournée ?

Nous sortons un nouvel album le 31 mai ! Il s’agira d’un album anniversaire pour nos 10 ans d’existence. Il y aura des chansons actuelles réarrangées et des chansons inédites. Nous défendrons ensuite ce nouvel album lors d’une tournée en 2019.

Un grand merci à Nicolas pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Partager :

publié par le 20/12/18