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publié par Mélanie Fazi le 25/06/08
Amanda Palmer - Ils savent qui je suis vraiment
Ils savent qui je suis vraiment

La dernière fois que le Cargo avait croisé Amanda Palmer, c’était lors d’une interview des Dresden Dolls au Printemps de Bourges 2006. Deux ans plus tard, on la retrouve à Paris pour une journée promo consacrée à son premier album solo, Who killed Amanda Palmer ?, à paraître en septembre.

T-shirt kaki, casquette de gavroche et talons aiguilles, Amanda sait vous mettre tout de suite à l’aise : elle vous offre à boire, vous montre la pochette de son album, commente l’ambiance de cet hôtel chic de Pigalle où elle enchaîne les interviews, raconte d’un air malicieux une séance photo faite la veille dans sa chambre dont elle trouve la décoration bizarre à souhait. Exubérante et chaleureuse, elle évoque un personnage de dessin animé, impression parfois renforcée par un large sourire de chat du Cheshire qui dévoile toutes ses dents. Pendant l’interview, elle parle avec de grands gestes, imite des voix, s’emballe quand elle évoque son dernier concert ou son album solo. Surtout, elle a le rire facile et la bonne humeur extrêmement contagieuse.

Un grand merci à Anne-Cécile d’éphélide, et bien sûr à Amanda.

La semaine dernière, tu as donné deux concerts à Boston en compagnie des Boston Pops, qui sont un orchestre symphonique. Comment s’est passée cette expérience ?

Amanda : C’était incroyable. Ce n’est pas n’importe quel orchestre symphonique, c’est l’un des plus respectés de tout le pays. Et il se trouve qu’ils sont de Boston, où j’habite, donc j’ai eu beaucoup de chance. Il y a quelques années, on leur avait proposé cette collaboration qui a mis un moment à se concrétiser. C’était complètement dingue. Au départ, je ne me rendais pas compte de l’ampleur du truc, jusqu’à ce que j’en parle à mes parents. À une époque, les Boston Pops étaient dirigés par John Williams, qui a fait entre autres la musique de Star Wars. Tous les gens qui ont grandi dans les années 50, 60 et 70 avaient des albums, Les Boston Pops interprètent ceci, Les Boston Pops interprètent ça. Donc il y a un côté historique dont je n’avais pas conscience. Je ne m’en suis rendue compte qu’en parlant avec des gens, surtout des gens plus âgés qui habitent Boston. (Prend une voix de vieille dame très polie) « Qu’est-ce que vous faites dans la vie, ma chère ? » « Je fais partie d’un groupe. » « Ah oui, vraiment ? Quel genre de groupe ? » « Un groupe de rock. » « Ah oui, vraiment ? Vous jouez dans le coin ? » « Oui, je joue avec les Boston Pops. » (D’une voix surexcitée :) « Les Boston Pops !!! Et vous allez vous habiller comment ?! » C’est comme, je ne sais pas, jouer au Royal Albert Hall de Londres par exemple. C’est LA salle de concert. C’était vraiment intense, je me retrouvais là avec quatre-vingt-dix musiciens derrière moi qui jouaient mes chansons et... Je passais mon temps à me pincer et à me dire « J’ai vraiment fait ça ? » et ensuite (toute surexcitée) « Ouiii, ça a marché, c’est pour de vrai, j’y suis, ça y est, je suis passée pro, putain de bordel de merde ! »

Est-ce que ces concerts ont attiré un public différent ? Etaient-ce surtout tes fans ou également le public des Boston Pops ?

C’était un mélange très curieux. On peut s’inscrire pour la saison. Donc, chaque soir, il y avait une séparation très nette entre les fans purs et durs des Dresden Dolls, généralement plus jeunes et plus bizarres, et ces gens de cinquante ou soixante ans en grande tenue, en costard cravate, qui étaient là parce qu’ils sont abonnés. Certains ont adoré, ils étaient tout excités de voir quelque chose d’aussi incongru dans cette salle, et un tout petit nombre d’entre eux se sont barrés... Mais bon, faut dire que je chantais des trucs assez grivois, que je jurais comme un charretier...

Sur le site du Boston Globe, il y a une vidéo où l’on te voit en train de déambuler au milieu de la salle, parmi le public.

Oui, je voulais que ce soit une soirée intéressante. Beaucoup de musiciens s’y prennent autrement, j’ai vu My Morning Jacket avec les Boston Pops, Bright Eyes avec le L.A. Philharmonic... Mais des fois, c’est franchement rasoir. On s’attend à un truc hyper fort en émotions mais tout ce qu’on voit, c’est un groupe de rock et un orchestre symphonique qui montent sur scène, qui jouent, et on se dit « C’est tout ? C’est joli, mais qu’est-ce que c’est chiant ! » Donc je voulais faire en sorte que ce soit une soirée très distrayante plutôt que de me contenter d’annoncer « Maintenant, je vais jouer une chanson de mon nouvel album avec un orchestre » « Et maintenant, je vais vous jouer une autre chanson... » Je ne voulais pas que les gens s’ennuient.

Une question qu’on doit te poser souvent : ton album s’appelle Who killed Amanda Palmer ?, est-ce juste parce que la blague sur Twin Peaks était évidente ou est-ce que tu es fan de la série ?

Effectivement, je suis fan de Twin Peaks. (éclate de rire) Mais pas une fan obsessionnelle. Plutôt une fan de David Lynch en général. Ce type est un génie. C’est surtout quand j’étais au lycée et que j’ai vu Blue Velvet, un de mes films préférés à l’époque. Ça me rappelait ma ville, la façon dont je la percevais. (rires) J’adorais sa vision très sombre et subversive de ce côté très propret de l’Amérique. Je m’y reconnaissais beaucoup.

C’est aussi le cas dans Twin Peaks. Est-ce que tu te verrais bien dans la peau d’un personnage de la série ?

Le truc avec Twin Peaks, c’est que les personnages font très « cartoon ». J’arrive à comprendre ce qu’on reproche parfois à David Lynch : c’est très années 50. Les filles, leurs relations, tout ça, c’est totalement irréel et surréaliste. C’est une caricature géniale : des filles des années 1990 qui portent ces petites jupes plissées, ces petits soutifs pointus, c’est totalement improbable, ça n’existe pas, tout le monde le sait. Mais c’est comme ça que Lynch montre les choses. J’ai grandi dans une petite ville de banlieue bien proprette où il se passait des tas de trucs complètement tordus dont personne ne parlait. De ce point de vue, je m’y reconnais.

Tu travailles actuellement avec Neil Gaiman. De quoi s’agit-il ?

Eh bien par exemple, il a écrit le texte qui figure au dos de l’album. (Montre le CD) Ça, c’est de lui... Et on va aussi publier un livre. Ce texte, là, c’est un extrait du livre. C’est une sorte de beau livre d’images avec des tas de photos sur le thème « qui a tué Amanda Palmer ? » accompagnées par ses textes.

Tu as dit sur ton blog que le design de la pochette aurait un cachet « années 60 » très bizarre ?

Oui, pour la couverture, on s’est retrouvés en train d’imiter la pochette d’un album de jazz des années 60. Et ici, on ne voit pas très bien sur cet exemplaire mais ce sont les logos de la maison de disques... Et ça, on l’a piqué sur une pochette d’album de jazz de la fin des années 60, la mise en page, le genre de textes qu’on trouvait à l’époque au dos des disques, ce qui ne se fait plus tellement de nos jours. Et puis Neil a regardé tout un tas de vieux vinyls et s’en est inspiré. Y en a des franchement tordus, je ne sais pas si tu as déjà regardé au dos des vieux disques des Rolling Stones ? Ils ont tous ce genre de textes dont certains sont totalement hallucinants. Des fois, ça n’a même rien à voir avec la musique. C’est tellement bizarre qu’on se dit qu’ils ont été écrits sous acide. (éclate de rire) On ne comprend même pas de quoi ça parle. Donc Neil s’est inspiré de tout ça pour son texte. Je l’ai lu, c’est hilarant.

Tu as lu ses livres et ses bandes dessinées ?

Quand il m’a contactée, je n’avais lu qu’un seul de ses livres. J’avais entendu parler de lui, de la BD Sandman, j’avais même vu cette BD mais je n’avais jamais pris le temps de la lire. Et quand on s’est rencontrés, il m’a envoyé deux énormes cartons qui contenaient à peu près tout ce qu’il a fait et je me suis dit « Oh punaise ! » Donc je m’y suis mise très lentement, j’ai lu deux ou trois autres livres, j’ai pris le temps de lire Sandman... Il est vraiment génial. Et d’une gentillesse incroyable. J’adore quand ça se passe comme ça, c’est vraiment chouette quand quelqu’un de génial se révèle ne pas être un sale connard. (rires)

La sortie de cet album solo est-elle pour toi une expérience très différente de la sortie d’un disque des Dresden Dolls ?

En fait, ce n’est pas si bizarre. Enfin ce n’est pas encore vraiment arrivé, donc je ne sais pas quel effet ça fait. C’est étrange de faire tout ça sans Brian pour la première fois. Mais ce sont aussi mes chansons. Elles se présentent différemment... Mais ça m’étonnerait que les gens, en écoutant ce disque, s’écrient « Mon Dieu, mais c’est quoi ce truc ?! » On y reconnaît encore très nettement ma patte, mon sens de l’humour, mon chant, mon jeu au piano. On reconnaît tout de suite que c’est du Amanda Palmer. Mais un fan des Dresden Dolls qui n’aurait pas entendu parler de cet album solo se dirait peut-être « Tiens, on ne dirait pas Brian à la batterie. Et ce synthé, qu’est-ce qu’il fout là ? Et cette guitare ? Oh mon Dieu, ce n’est pas les Dresden Dolls, c’est un truc totalement nouveau ! » Enfin bref... Mais moi, je trouve que ce disque me ressemble.

Nous n’avons pas encore pu écouter l’album, mais des versions live de certaines chansons figurent sur ta page MySpace. Ces titres-là (je pense en particulier à “Ampersand”, qui est magnifique) ont un peu le même genre d’atmosphère : des morceaux assez lents, assez tristes, très intenses. Est-ce qu’ils sont représentatifs de l’album ou est-ce que ce n’est qu’un aspect parmi d’autres ?

Dommage que je ne puisse pas t’en faire écouter des extraits... Cet aspect est effectivement présent sur l’album, avec des chansons comme “Ampersand”, “The point of it all”, “Another year”, “Have to drive”, qui sont des balades assez lentes, accompagnées par un ensemble à cordes. Mais il y a aussi des chansons plus rock, beaucoup plus rapides et agressives. Il faudra que tu y jettes une oreille.

As-tu écrit ces chansons dans l’optique d’un album solo ? Ou est-ce que tu écris d’abord et décides ensuite de ce que tu vas enregistrer en solo ou en groupe ?

J’écris d’abord et je décide ensuite. Quand j’écris une chanson, j’essaie de ne pas trop me demander ce qu’elle va devenir. J’essaie simplement d’écrire de bonnes chansons. Après, évidemment, je réfléchis toujours un peu aux arrangements. « Là, il faut la batterie... » Mais la plupart du temps, c’est juste au niveau du rythme. Je peux jouer une chanson au piano et me dire qu’elle ne fonctionnera pas très bien comme chanson solo au piano, qu’il va falloir autre chose pour la dynamiser un peu. Mais je ne veux pas trop rentrer dans les détails pour ne pas figer les arrangements.

Quand on fait partie d’un groupe, est-ce important d’avoir également ses projets à soi, pour lesquels on est la seule personne à prendre les décisions ?

C’est une bonne question, parce que c’était effectivement ce que je désirais et ce que j’ai fini par obtenir, mais ce qui est intéressant et ironique, c’est que je m’en suis souvent remise à Ben Folds. Il a participé en tant que producteur mais la règle du jeu, c’était que je devais me fier à ses décisions. J’avais décidé de lui faire confiance et de me disputer seule avec lui. Alors que sur les albums des Dresden Dolls, c’est une dispute à trois entre le batteur, le producteur et moi. En fait, j’ai adoré ça. Il y avait quelque chose de très libérateur à être toute seule et à renoncer à contrôler les choses. Et j’ai trouvé la bonne personne avec qui faire ça, Ben est un producteur formidable, il s’est vraiment bien occupé de moi et de mes chansons. C’est drôle d’avoir cette liberté de se soumettre. Jamais je ne l’avais fait à ce point avec les Dresden Dolls. Je donnais une chanson à Ben et il me disait « Je te la renvoie dans une semaine, je lui aurai fait subir tout un tas de trucs bizarres ». Je répondais (prend un air inquiet) « Quel genre de trucs bizarres » ? « Oh tu sais, des trucs, rajouter des cordes, des percussions, des bruits hyper bizarres » et je répondais « Heuuu... D’accord, je verrai bien ce que ça donne la semaine prochaine. » (rires) Et quand il me renvoyait la chanson, c’était avec des arrangements absolument géniaux, j’hallucinais totalement quand je les entendais. Et je me disais : « Waouh, je n’y suis pour rien, c’est Ben Folds qui a tout fait. » Mais il fallait que je lui fasse confiance, pas que je regarde par-dessus son épaule en disant « Non, pas comme ça »... Je l’ai laissé faire. Ça aurait pu être une catastrophe, ça aurait pu foirer, mais c’est un génie, il a fait ce qu’il fallait.

Le processus a-t-il été très long ? Tu écrivais récemment sur ton blog « Ça fait six mois que je suis en train de finir cet album, ça fait quatre fois qu’on le remasterise ».

Cinq fois, en fait. On vient de finir.

C’est plus long que ça ne l’est d’habitude avec les albums des Dresden Dolls ?

Oh oui, dix fois plus long... Je n’avais encore jamais remasterisé un album. Et à chaque fois, on changeait l’ordre des chansons, on en retirait une, on en ajoutait une autre, on rajoutait un peu de ceci, on remixait une chanson, on modifiait la voix... Et puis je travaillais sans date limite. Pendant que je préparais ce disque, il ne figurait sur aucun planning, ni sur celui du label, ni sur le mien, c’était plutôt « Faisons ce disque et voyons combien de temps ça va prendre. »

Est-ce que tu avais depuis longtemps le projet de sortir un album solo ?

Oui, depuis deux ou trois ans. Sauf que dans ma tête, je voyais ça comme un projet qui s’étalerait sur deux mois. M’asseoir au piano, jouer ces chansons en solo, les enregistrer, sortir l’album. Ça ne devait pas prendre si longtemps.

Ton album sort en septembre, le No, Virginia des Dresden Dolls est sorti récemment, tu donnes en ce moment des concerts aussi bien en solo qu’en groupe... Est-ce que ce n’est pas un peu déroutant de se concentrer sur les deux à la fois ?

En fait, ce n’est pas si différent pour moi : jouer c’est jouer, jouer avec Brian est une chose, jouer en solo en est une autre... Ce n’est pas si dur. C’est comme si après avoir parlé avec moi ici tu allais parler à quelqu’un d’autre, il n’y a pas besoin d’un temps d’adaptation. En fait ça me manque de jouer avec Brian. Quand je reste un moment sans jouer avec lui et que j’y retourne, j’adore ça, ce type de conversation. J’aime jouer en solo et j’aime jouer avec Brian pour des raisons totalement différentes. Et si je fais trop longtemps l’un des deux, l’autre me manque.

Sur certains sites où les internautes commentent les paroles de tes chansons, on est frappé par deux choses. D’abord, le fait que certaines personnes dialoguent de manière très agressive et affirment « Moi je comprends de quoi parle cette chanson, vous racontez n’importe quoi ! »...

(d’un air espiègle, visiblement très amusée) Ils se trompent tous ! (éclate de rire)

Ils ont aussi tendance à essayer de relier tes paroles à des éléments autobiographiques, comme si chacune parlait forcément de toi. Comment réagis-tu par rapport à ça ?

J’ai l’impression que c’est un piège très courant quand on écrit des chansons. Tout le monde suppose qu’elles sont très personnelles. C’est très différent avec les romans, les films, les pièces, où les gens vont supposer que c’est quelque chose de plus construit. Dans une chanson, dès que tu dis « je », tout le monde pense aussitôt que ça parle de toi. C’est sans doute lié au fait que c’est toi qui l’interprètes, tu ne passes pas par un intermédiaire. Ça peut être à la fois vraiment formidable et extrêmement frustrant. J’ai tendance à beaucoup écrire à la première personne. Dans quatre-vingt-dix pour cent des cas, quand je dis « je », c’est une version de moi qui s’adresse à une autre version. Mais il y a beaucoup d’exagération là-dedans. Un truc qui a tendance à me foutre en rogne, c’est que je me sers de la musique pour extérioriser les aspects les plus agressifs de ma personnalité que je ne laisse pas vraiment s’exprimer dans la vie, les côtés déprimés, angoissés, pleurnichards qui ne font pas partie de l’image que j’affiche dans la vie de tous les jours. Mais ça peut devenir flippant quand les gens supposent que je suis comme ça. Ils entendent cette nana cinglée au piano et croient que je suis comme ça en vrai. J’ai toujours envie d’agiter les mains et de leur dire « Non, non, non, je fais ça pour ne pas devenir cinglée dans la vraie vie ! En vrai, je suis d’un abord très facile. » (rires) Donc ça peut être un peu frustrant.

Mais pour en revenir à la musique, c’est sans doute lié à ma façon d’écrire, mes chansons ont des tas de couches différentes et je le fais généralement exprès. J’essaie vraiment d’écrire des chansons où les choses ne soient pas évidentes et claires. Généralement, quand j’écris, il y a trois ou quatre sujets qui me tournent dans la tête, que j’extirpe de différents endroits, je ne sais pas vraiment moi-même de quoi je parle mais je sais que ça a un sens. Des fois, en voyant des fans interpréter mes paroles, ça m’éclaire sur des liens que je n’avais pas établis, par exemple entre une chanson et un élément de ma vie... Pour ça, j’adore le Net. Quand j’ai du temps libre, j’adore regarder ces trucs-là et je me dis « Oh mon dieu... » Ou alors, des fois, les gens comprennent une phrase de travers, mais le résultat est plus intéressant, ça me donne envie de changer les paroles... En fait, c’est ce qui s’est passé sur ce disque, comme je jouais certaines de ces chansons en live, je me revois en train de discuter avec un de mes meilleurs amis qui avait entendu “Ampersand” et mal compris une phrase. Je lui ai dit « Non non, ce n’est pas ça. » « Ah bon, vraiment, je croyais. » (baisse progressivement la voix) « Non, mais en fait je crois que c’est mieux comme ça. » « Moi aussi. » « OK ! » Alors j’ai modifié les paroles. Mais c’est marrant de pouvoir faire ça

C’est vrai que lorsqu’on écrit des livres, on peut y mettre des éléments extrêmement personnels sans que les gens s’en rendent compte. Alors qu’avec une chanson, ils vont tout de suite penser que c’est autobiographique.

Oui, on ne te laisse pas la liberté de te cacher derrière ton travail. Tout le monde suppose que ton œuvre reflète ce que tu es. À moins que tu ne dises le contraire de manière évidente. Et même dans ce cas, quand on écoute des gens chanter à la troisième personne, créer des personnages, on finit quand même par se dire « De toute évidence, ce personnage est une manifestation de sa personnalité. » Mais c’est inévitable quand on écrit des chansons, on n’a pas trop le choix. (rires) Heureusement, je fais partie des gens qui s’en foutent. Ça ne me dérange pas qu’on fasse ce genre de suppositions sur moi, parce que très souvent... D’abord, très souvent, c’est vrai, et quand ça ne l’est pas, c’est une idée très romantique. Je sais qui je suis, j’en suis à peu près sûre, enfin j’en ai une petite idée, et d’après ce que me renvoient les fans, je ne fais pas vraiment de secret de ma vie privée, je tiens un blog, je parle à tout le monde en permanence, ils savent qui je suis vraiment. Si je me contentais de sortir un disque, de rester dans mon coin et de faire ma PJ Harvey, si je me planquais sans rien dire de ma vie à personne, ce serait un peu plus flippant.

Je pensais justement à PJ Harvey. Quand elle a sorti White chalk l’an dernier, j’avais l’impression que les textes de l’album, de manière assez évidente, relevaient de la fiction, mais pas mal de gens y ont cherché des éléments autobiographiques. On dirait que plus elle affirme que ce ne sont que des histoires, plus les gens y cherchent quelque chose de personnel. C’est un peu effrayant.

Je trouve que ça démontre que tout ça dépend en grande partie de ta personnalité en dehors des chansons. Moi, ici, je peux parler à n’importe qui du sens de mes chansons, de ce qui les a inspirées, et si on me cite des paroles, dire « Ah oui, ça parlait de ça, et puis de ça, et de ça ». Je suis totalement à l’opposé de quelqu’un comme PJ Harvey qui veut que les choses restent obscures. Mais même la fiction vient de ton cerveau. Donc ce n’est pas toujours de la fiction. Il y a toujours quelque chose derrière, elle doit bien venir de quelque part. Si tu vois quelqu’un marcher dans la rue, c’est toi qui le vois, ton interprétation de l’événement. Mais c’est marrant de pouvoir jouer avec ça, tu peux ajouter des éléments fictifs à une chanson très personnelle, et là les gens sont complètement paumés. C’est marrant, mais dangereux. Mais c’est comme ça que ça marche, c’est là que réside l’art, on ne peut pas se contenter de dire « J’écris des chansons, c’est mon métier, mais je dois aussi m’occuper de ce truc, là... » Ça fait partie du boulot, d’affronter ces idées que les gens se font sur toi. Et si on ne peut pas s’en amuser, ça rend ce boulot plus difficile.

Tu reviens à Paris le 23 octobre pour un concert à la Boule noire. Est-ce que ce sera un vrai concert solo ou est-ce que tu joueras avec des musiciens ?

Non, j’aurai un cirque géant pour m’accompagner ! Il y aura un violoniste, et puis Zoë Keating, qui a fait partie de Rasputina, jouera du violoncelle, et il y aura quatre performers australiens sur scène avec moi, qui feront quelque chose de très beau, de très théâtral et de complètement dingue.

La scène de la Boule Noire est assez petite...

Oui, mais beaucoup de choses sont possibles. On fait des trucs sacrément barrés. (rire) C’est vraiment un spectacle avec un début, un milieu, une fin, et on utilise l’espace de manière très intéressante. Ce ne sera pas Amanda Palmer seule au piano toute la soirée, ça va être une expérience de cirque bizarroïde.

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publié par le 25/06/08
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Sfar - le 25/06/08 à 07:37
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merci mélanie