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publié par Mélanie Fazi le 12/06/14
White Crocodile
- Divan du Monde, Paris

On n’anticipe pas toujours pas très bien le chemin qu’emprunteront les groupes qu’on entreprend de suivre. Nous n’avions pas prévu, en tout cas, la métamorphose de White Crocodile telle que nous l’avons vue ce soir sur la scène du Divan du Monde, lors de la soirée de lancement de leur EP Je t’aime l’amour. Il s’est écoulé un peu plus d’un an depuis que nous les avons vus se produire sur des scènes de taille plus modeste : celle du Chinois, de l’Alimentation Générale ou encore du Réservoir. Une poignée de concerts électrisants, euphorisants, qu’on pourrait décrire comme un cirque rock’n’roll mâtiné de cabaret, ou la rencontre d’un univers théâtral et d’une énergie pure héritée du punk.

Autant d’éléments qu’on retrouvera ce soir, mais dans une configuration totalement revue, et avec un effet décuplé. Les numéros sont en grande partie les mêmes mais le spectacle a été repensé. Au dispositif scénique de départ (basse/batterie/guitare et divers accessoires ponctuels) viennent s’ajouter de nouveaux effets. Un écran où s’affichent les titres des morceaux et parfois des éléments du concert lui-même, notamment lors d’une séquence où Julie Biereye s’en va chanter hors champ face à une caméra. Une voix off racontant d’inquiétantes bribes d’histoires. Et jusqu’à l’intervention d’un sinistre personnage à tête de crocodile. Tout a été retravaillé afin de tirer le concert davantage vers une suite de saynètes qu’une simple succession de chanson.

Pour autant, le procédé n’étouffe jamais la fabuleuse énergie dont font preuve les quatre membres du groupe : Julien Omé à la guitare, Jeff Hallam à la basse, Erik Maunoury aux percussions et la tornade Julie Biereye au chant et à l’accordéon. Certains groupes, en délaissant les petites salles pour les scènes plus grandes, semblent se noyer dans l’espace. Ici, au contraire, le quatuor semble galvanisé par ce nouveau terrain de jeu. Julie Biereye en particulier paraît avoir enfin trouvé une scène à sa (dé)mesure où déployer sa fougue inépuisable. Elle l’investit tout entière, sans cesse en mouvement, chante agenouillée face au public ou allongée par terre, et ses mimiques hallucinées disparaissent régulièrement derrière ses cheveux blonds au gré de ses mouvements. On verra aussi Jeff Hallam, déjà pas le bassiste le plus statique qui soit, effectuer quelques bonds impressionnants.

On retrouve avec plaisir les morceaux mémorisés lors des concerts précédents – « Santa Fe » exotique et lascif, « Big City » et « Restless » chargés d’une électricité punk toute urbaine, « Je t’aime l’amour » au titre improbable et au refrain accrocheur – au milieu de nouveaux titres tout aussi immédiats. Mais surtout, on s’aperçoit que l’on n’avait pas vraiment pris la mesure du potentiel scénique du groupe. White Crocodile amorce un virage sous nos yeux. Quelque chose de nouveau se dessine, plus travaillé, plus réfléchi, et encore plus intense. Qui se cherche peut-être encore un peu et conserve une marge de progression, mais qui prend déjà très belle forme. L’écoute du EP au retour du concert confirme l’impression que les morceaux ont gagné en maîtrise. On a redécouvert ce soir un groupe dont on pensait commencer à connaître la formule et qui nous a sincèrement surpris. Qui nous a même, par moments, vraiment soufflés.

On attend maintenant le virage décisif du premier album (en souscription pour quelques jours encore), et d’autres occasions de constater sur scène l’ampleur de la métamorphose. 

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