accueil > articles > albums > Phoebe Killdeer (...)

publié par Mélanie Fazi le 17/03/08
Phoebe Killdeer & The Short Straws
- Weather’s coming...

compagnon

Ce premier album de l’une des voix de Nouvelle Vague s’impose, dès sa sortie, comme l’une des premières grosses surprises de l’année : un disque que l’on n’attendait pas mais qui devient un compagnon immédiat, au point qu’on oublie vite ne le connaître que depuis peu. On peut déjà prédire, sans trop se tromper, qu’il figurera en bonne place dans nos classements de fin d’année.

Sons et mouvements

Ce qui frappe au premier abord, c’est l’incroyable flux d’énergie qui traverse cet album. Le hasard a voulu que Weather’s Coming sorte le même jour que le Midnight Boom des Kills dont il partage l’intense pouvoir euphorisant : deux disques à écouter en faisant des bonds partout, en chantant les paroles à tue-tête. Phoebe Killdeer définit son approche de la musique à travers sa découverte de la danse dès l’enfance et sa fascination pour les liens qui unissent les sons et les mouvements. Loin d’être une simple déclaration d’intention, voilà qui fournit une première clé pour aborder Weather’s Coming. Le disque semble en effet construit comme un duel complice - mi-flirt, mi-bras de fer - entre la rythmique et le chant. Il s’adresse au corps tout entier, pas simplement aux oreilles ou au cerveau.

onomatopées

Le ton est donné dès le génial “Paranoia” en ouverture : la première chose que l’on entend sur cet album, ce sont des percussions. Ici, elles sont furieuses, impatientes, quasi tribales, invitant à la danse et à la transe. D’où une impression de course permanente, qui ne sombre pourtant jamais dans la précipitation ni dans l’essoufflement. Par effet d’émulation, la vigueur des rythmiques se transmet au chant de Phoebe Killdeer. On s’émerveille d’ailleurs de l’élasticité de cette voix : de sa versatilité, mais aussi de sa manière ludique de rebondir sur les cadences. Notamment dans les tonalités plus jazz de certains morceaux. Voir les fascinantes vocalises de “Big Fight” dont l’ambiance de film noir ponctuée d’onomatopées rappelle le Tom Waits de Swordfishtrombone.

acrobaties

C’est d’ailleurs l’autre élément biographique cité par Phoebe Killdeer qui trouve une résonance à l’écoute de l’album : elle se dit inconditionnelle de Tom Waits, découvert à l’âge de huit ans. Si cette influence est très présente sur son disque, elle n’est jamais pesante pour autant. On trouve ici une même quête de sonorités singulières, de rythmes décalés, une même richesse de la palette sonore. Une même capacité de passer des mélodies les plus accrocheuses (“Looking for a man”, qu’on se surprend à fredonner toute la journée) à des acrobaties nettement plus casse-gueule (l’électrisant “Never tell a lie”, moment de grâce et de folie mêlées). Chaque morceau se bâtit par couches successives : même dans les titres les plus calmes et les plus classiques (encore que) comme le splendide “Licorice Skies”, rien n’est jamais simple. À chaque écoute, l’oreille découvre de nouveaux détails qui redéfinissent le paysage sonore. D’intrigants bruitages sont tapis dans les recoins.

oxymore

Voilà un album autour duquel on tourne sans parvenir à le décrire en quelques phrases bien pratiques. Une sorte d’oxymore musical où l’on croise tout et son contraire. Une musique sombre mais grisante, primitive et viscérale mais minutieusement travaillée, expérimentale mais accrocheuse en diable, peuplée de cuivres stridents et de guitares apaisées, de cris et de murmures, d’ambiances oppressantes et de valses déglinguées. Un joyeux fourre-tout dopé aux vitamines et imprégné d’une bizarrerie diffuse autant qu’omniprésente. Quelques jours à peine après la découverte de Weather’s Coming, gagné par l’énergie contagieuse de cette musique, on brûle de la faire partager autour de soi. Y a-t-il plus réjouissant qu’un univers dont on ignorait tout il y a encore peu de temps et dont on ne peut déjà plus se passer ? En tout cas, l’enregistrement récent d’une session Cargo de très haute volée et les échos plus qu’enthousiastes que nous avons eus sur les concerts de Phoebe Killdeer et de son groupe nous confirment l’impression produite par ce disque : il y a là un phénomène à ne surtout pas rater.

Partager :

publié par Mélanie Fazi le 17/03/08
Derniers commentaires
Rod - le 17/03/08 à 12:30
avatar

en voila une chronique joliment écrite, mais surtout implicitement documentée. du coup je vais pas ecrire la mienne, ca ferait redondance, vu que je pense exactement la meme chose :) bravo !

Violette Roll - le 18/11/08 à 12:02
avatar

Salut,
Très bon article en effet !
He bien moi j’y ajoute ma chronique du concert de Phoebe au Café de la Danse le 17/11 !

http://thevioletteroll.wordpress.com

Bonne lecture !