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publié par Mélanie Fazi le 12/10/11
Phoebe Killdeer & The Short Straws
- Point Éphémère

Le Cargo a de la suite dans les idées : vingt-quatre heures après vous avoir vanté les mérites de l’album Innerquake, nous étions au premier rang du Point Éphémère pour en constater la tenue sur scène. Avec de grandes attentes, mais sans beaucoup de crainte d’être déçus, tant les concerts précédents de Phoebe Killdeer & The Short Straws nous avaient emballés.

Triangle

Quand les lumières s’éteignent et que la scène se retrouve noyée dans la lueur bleue des projecteurs, on reconnaît les premiers accords de “Pedigree” qui ouvre l’album. L’instant se prolonge, la scène reste vide quelques instants, puis les trois musiciens – batteur, bassiste et guitariste – viennent se placer en triangle. C’est ensuite au tour de Phoebe Killdeer qui s’installe au centre ; on reconnaît ses longs cheveux châtain, mais son visage reste dans l’ombre. En chemise blanche et pantalon gris, elle adopte pendant tout le morceau une parfaite immobilité de statue. De quoi dérouter ceux qui le savent si énergique sur scène. Tout le concert semble construit ainsi : une machine efficace et bien huilée, mais qui sait conserver tout du long une part d’imprévu. “Pedigree”, chanté en trio, nous rassure d’entrée de jeu : le concert s’annonce excellent.

Suivront quelques-uns des morceaux les plus tranquilles d’Innerquake, la très belle chanson-titre aux accents soul, puis cet “Angel’s breath” dont on ne comprend toujours pas très bien pourquoi son refrain nous émeut autant, comme une petite lueur dans la nuit. Le groupe prend possession de l’espace et délimite la zone triangulaire qui devient le terrain de jeu de Phoebe Killdeer. Tour à tour pantin désarticulé ou clown pince-sans-rire aux yeux écarquillés, elle incarne tout du long l’élément le plus imprévisible du spectacle. Si les morceaux d’Innerquake, contrairement à ceux de l’album précédent Weather’s coming, semblent moins construits autour de la batterie que des guitares, Phoebe Killdeer les habite toujours sur scène avec des gestes de danseuse. Elle mime une bagarre avec un de ses musiciens, lance au public des répliques à la limite de l’absurde et va jusqu’à le remercier en fin de concert pour « cette excellente performance ». Le dispositif scénique compte moins de gadgets que sur la tournée précédente : un tambourin, une paire de maracas, et c’est à peu près tout. Mais la mise en scène est toujours aussi réfléchie, sans que la spontanéité de la musique n’en pâtisse.

Artillerie lourde

Au bout de quelques titres, le groupe lâche l’artillerie lourde – et là, c’est l’explosion. On pressentait en “Scholar” une chanson de scène grandiose, on ne s’était pas trompés. C’est une de celles qui vous happent et vous électrisent, qui vous laissent en nage et haletants d’avoir dansé sans pouvoir vous arrêter. Ça finira par devenir un cliché à force de le dire, mais on est, à chaque nouveau concert, sidéré de redécouvrir l’énergie insensée que déploie le groupe sur scène. Ce que le rock peut vous offrir de plus jubilatoire, quand une chanson suffit à vous purifier des soucis de la semaine, du stress de la journée de travail, quand plus rien n’existe que les guitares saturées, le refrain obsédant, les projecteurs éblouissants et l’envie de danser à perdre haleine. “Scholar” est de celles-là, enchaînée aussitôt avec un “Jack” du même acabit, le seul morceau de Weather’s coming que le groupe jouera ce soir (« You might recognize this one », annonce Phoebe Killdeer, et le public semble en effet l’identifier dès les premières notes).

Tout le concert est construit comme une alternance entre deux polarités, le déferlement d’énergie rock d’un côté, les morceaux plus en demi-teinte de l’autre. “Highway birds” déroulant ses magnifiques paysages sonores, un très bel “Up and down” en rappel, ou des morceaux comme “Twisted” ou “Believer” qui ne sont pas forcément les plus immédiats sur disque mais s’imposent sur scène avec une belle évidence. Le groupe semble, en tout cas, avoir gagné en maîtrise et en assurance. Efficace sans jamais être trop carré, surprenant et parfois déroutant mais jamais à l’excès. Et toujours capable d’offrir un spectacle jubilatoire de bout en bout. Pour le reste, nous avouerons notre impuissance à transmettre en quelques lignes l’essence de la soirée : un concert de Phoebe Killdeer & The Short Straws, ça ne se décrit pas, ça se vit.

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publié par Mélanie Fazi le 12/10/11