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publié par Mélanie Fazi le 28/01/08
eleni mandell
- un petit coin de parapluie

Voilà un moment déjà que nous espérions organiser quelque chose autour d’Eleni Mandell, éblouis que nous étions par ses albums et ses prestations scéniques. Mais la tournée qui accompagnait l’an dernier la sortie du magnifique Miracle of five ne s’était pas arrêtée en France. Apprenant qu’Eleni venait passer tout le mois de janvier à Paris pour y étudier le français et y donner deux concerts, nous avons évidemment sauté sur l’occasion. La rencontre fut à la hauteur de nos attentes.

Le rendez-vous est pris un après-midi chez Renaud, après le cours de français d’Eleni, pour une session suivie d’une interview. Après avoir interprété trois titres dont un à notre demande, ce “Personal” au texte et à la mélodie superbes, elle se prête au jeu des questions-réponses avec simplicité et gentillesse, nous gratifiant même d’un bonus musical absolument charmant - en français s’il vous plaît ! - en plein milieu de l’interview.

De quoi vous donner un avant-goût de son prochain concert parisien : elle assurera le 31 janvier la première partie de Hey Hey My My à la Maroquinerie. À ne manquer sous aucun prétexte, les occasions de la voir sur scène étant aussi rares que précieuses.

Pour voir la vidéo de l’interview, cliquez ici.

Miracle of Five est sorti depuis près d’un an. Quelles ont été les réactions de la presse et des auditeurs, surtout dans la mesure où cet album a une ambiance très différente des précédents ?

Eleni Mandell : Elles ont été bonnes. Beaucoup de critiques disaient que c’était mon meilleur disque, mais je ne sais pas si c’est vrai. Je viens d’en enregistrer un nouveau qui est mon meilleur, sans doute possible. (rires) Il y a sur tous mes disques des chansons semblables, des ambiances semblables, mais c’est simplement le premier qui joue sur une même atmosphère de bout en bout. Les précédents étaient plus variés. Mais pour moi, ce n’était pas un si grand changement. Simplement, l’album est organisé différemment.

On a pourtant l’impression d’une grande différence entre tes trois premiers disques et les trois suivants. Les premiers exploraient toutes sortes de directions musicales, tandis que les suivants, à partir de Country for true lovers, se concentrent chacun sur une ambiance particulière.

Oui, l’album de country, le EP de jazz... Mais Afternoon n’est pas si différent des trois premiers, je crois.

La façon dont tu conçois tes albums a-t-elle changé au fil des ans ?

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Non. Il s’écoule toujours un certain temps entre l’enregistrement de deux albums. Pendant cet intervalle, j’écris beaucoup de chansons, et il y en a d’autres que j’ai depuis des années et que je souhaite toujours enregistrer. Donc je ne raisonne pas vraiment en termes de concept. Sauf dans le cas des disques de jazz et de country, que je voulais rattacher précisément à un certain genre musical. Mais pour Miracle of Five, c’est surtout mon producteur, Andy Kaulkin, qui a fait ce choix, en partie parce qu’il travaille dans l’industrie du disque et a donc un point de vue très différent du mien. C’est lui qui a choisi les chansons, je lui en ai chanté vingt-quatre, je crois, et il a choisi celles dont il pensait qu’elles allaient le mieux ensemble. Sur le moment, j’étais contente qu’il choisisse pour moi, car je les aimais toutes. Enfin, il y en a deux ou trois que je n’aime pas tant que ça. (rires) Pour le nouvel album qu’on vient d’enregistrer, j’ai travaillé avec un nouveau producteur, Dave Trumfio, qui a une approche de l’enregistrement très différente de celle d’Andy. Je lui ai dit : « Voici les chansons que je veux enregistrer, que j’ai répétées avec mon groupe » et il a répondu « OK ». (rires) Donc on a encore moins réfléchi en termes de concept. Mais en fin de compte, j’ai joué ces chansons avec mon groupe et on a vraiment décidé cette fois-ci de la manière dont on souhaitait les arranger. Il y a un fil conducteur, une ambiance générale. Mais il faudra l’écouter pour s’en rendre compte.

Deux des chansons que tu viens de jouer pour la session figurent sur ce disque ?

Une seule. Il y en a une que j’ai jouée pour mon petit ami, Rob, au cas où il regarderait la session sur le Net. C’est simplement une petite chanson que j’ai écrite et que je voulais jouer pour lui, mais je ne l’ai pas enregistrée. “Personal” figure aussi sur le CD live qui n’est disponible qu’à mes concerts. Il y en a une version acoustique assez similaire sur ce disque, mais je l’ai également enregistrée avec tout le groupe pour le nouvel album. Et “My Twin” figure sur Miracle of Five.

“Personal” est une chanson aux paroles assez marquantes qui évoquent davantage un texte de fiction, car elles ne reposent pas sur les schémas habituels et sont construites de manière plus linéaire. Et cette façon de commencer par un portrait est assez originale. As-tu cherché délibérément à produire cet effet ?

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Quand je commence à écrire, je ne sais jamais ce qui va se produire. Je sais par quoi je veux commencer, par exemple je peux être inspirée par un mot... Ce sont presque toujours des mots, parfois la mélodie vient en même temps. Pour cette chanson, je voulais commencer par un portrait de moi-même. En fait, je préférerais que ce soit de la fiction. (rires) Malheureusement, ce n’est pas le cas. Depuis longtemps, j’écrivais dans mon carnet « my eyes are the color of martini olives ». Je ne sais pas si vous avez ce type d’olives ici, ces olives kaki qu’on sert avec le martini ? Je me disais que c’était la couleur de mes yeux, que ça les décrivait assez bien. Donc j’ai voulu écrire une chanson qui contienne cette phrase. Mais il m’a fallu longtemps pour y arriver. J’essayais, ça ne me plaisait pas, je laissais tomber puis je réessayais l’année suivante. Donc je voulais faire un portrait, mais à mesure que j’avançais, la chanson m’emmenait dans une autre direction jusqu’à devenir tout autre chose. Parfois, je n’arrive à expliquer ce qu’est une chanson, ou ce qu’elle est devenue, que des années plus tard. Mais c’est sans aucun doute un instantané d’un moment de ma vie : un été, un jour, une fête.

Tes paroles sont souvent très littéraires, avec un sens du détail assez marqué. Même quand tu écris sur des thèmes classiques, c’est souvent en adoptant un angle ou un point de vue inhabituel. Est-ce un effort délibéré de ta part ?

Je crois que je n’essaie jamais de me dire que je veux obtenir tel effet ou exprimer les choses de telle manière. Mais je sais en revanche que je veux éviter de les dire de telle autre manière. Il y a beaucoup de choses que je veux éviter. (rires) Mais pour ce qui est de décider des choses à l’avance, ça va rarement plus loin. J’essaie de faire en sorte que ma musique ne ressemble pas à celle que je n’aime pas. C’est surtout ça. J’essaie d’éviter les lieux communs.

Tu as tourné trois clips pour Miracle of Five. Deux d’entre eux s’inspirent de films : À bout de souffle pour “Girls”, L’affaire Thomas Crowne pour “My Twin”.

Ils s’en inspirent dans le style. J’adore Steve McQueen, j’adore les thrillers, surtout ceux des années 60 et 70. Je voulais que le clip ait cette ambiance, que ce soit un thriller. Le début, où les visages des personnages apparaissent dans des cadres, s’inspire effectivement de L’affaire Thomas Crowne, mais le reste n’a rien à voir. Ça parle plutôt de chevaux. (rires)

Tu as enregistré plusieurs chansons en français récemment. Comment l’idée t’est-elle venue ?

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Il y a trois ans, j’ai essayé d’apprendre le français car mon ami et manager de Montréal, Gourmet... bonjour Gourmet ! Il va être contrarié que je ne sois pas en train de parler français. Il me harcèle depuis des années pour que j’apprenne. J’ai essayé il y a longtemps, mais c’était trop difficile, j’ai abandonné. (en français :) Je suis paresseuse. J’avais commencé à composer une chanson dans ma tête, qui s’intitulait “French 1”, inspirée par les premières phrases qu’on apprend. « Est-ce que vous comprenez l’anglais ? Oui madame, je comprends. » J’ai donc commencé à écrire cette chanson, mais je ne connaissais pas assez le français pour la terminer. En juin dernier, j’ai donné un concert à New York et j’y ai vu mon ami Pierre de Gaillande, qui fait partie d’un très chouette groupe du nom de Melomane - je sais que c’est un mot français, comment vous le prononcez ? Je ne l’avais pas vu depuis quatre ans, j’étais très surprise de le voir. Après quelques martinis, je lui ai dit : « Tiens, tu peux m’aider à écrire une chanson en français ! » Car il est à moitié français. Ensuite je me suis dit : je devrais en écrire une deuxième et sortir un 45 tours ou un EP. Donc très vite, la machine s’est mise en marche. Gourmet a traduit une chanson que j’avais écrite pour The Grabs - en fait, pas vraiment, j’avais d’abord écrit cette chanson, et ensuite on l’avait enregistrée avec The Grabs. Donc, il l’a traduite en français. Je me suis bien amusée. J’imagine que je la chanterais beaucoup mieux maintenant, après avoir étudié un peu la langue. Mais à l’époque, on m’avait tout écrit phonétiquement.

Tu vas donner deux concerts à Paris. Penses-tu y interpréter ces chansons ?

Il faut vraiment que je répète et que je me rappelle parmi quelles chansons je peux choisir. Mais je pense que oui. Au moins “Dis-moi au revoir encore”. Vous voulez entendre un extrait de cette chanson... elle n’est pas de moi, mais j’avais envie d’apprendre à la jouer. Je n’arrive pas à la mémoriser, alors j’en connais un seul couplet. (se met à chanter “Le parapluie” de Brassens) C’est tout ce que je connais. (en français :) J’adore Georges Brassens. J’ai découvert que les gens le trouvaient ringard. Mais moi, je l’adore.

Tu parlais du disque que tu viens de terminer. Sais-tu déjà quand il sortira ?

Non. J’espère que ce sera cette année, et si c’est le cas, sans doute vers la fin de l’été. Je crois qu’il est vraiment très bon. Et mon groupe est meilleur que jamais. Donc cette année, j’espère.

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publié par Mélanie Fazi le 28/01/08
Derniers commentaires
gab - le 29/01/08 à 14:58

Brassens ringard ?
pfffff ...
qui ? je veux les noms !