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publié par Sfar le 07/01/09
Animal Collective
- Water Curses Ep

On aimera détester ce que l’on n’osera pas aimer.

Après la sortie de Strawberry Jam, qui reste l’un des albums les plus appréciés du groupe, et en attendant l’arrivée d’un déjà très remarqué Merriweather Post Pavilion, Animal Collective a proposé au printemps 2008 une sorte d’intermède de 4 titres. Le Ep Water Curses présente des morceaux inédits que l’on ne retrouvera pas dans l’album qui sort ces prochains jours.

Il est étonnant de noter à quel point un même groupe peut susciter des sentiments aussi extrêmes que l’adoration ou la détestation. Animal Collective est sans doute celui sur lequel en ce moment se focalisent la haine habilement argumentée de certains mais aussi tout un concert de louanges, très certainement excessives, tentant de nous démontrer tout le génie qui tourne autour des membres ce groupe particulier.

Ces derniers temps aimer Animal Collective serait faire preuve d’une surestimation du bon goût musical. C’est pour le moins cocasse : jusqu’à présent les écoutes honteuses se limitaient à du trop commercial ou trop accessible. On doit désormais cacher qu’on apprécie aussi du moins évident, du plus complexe, du pas commun... Il est reproché aux amateurs du groupe d’Avey Tare et de Panda Bear d’avoir vendu leur âme et leur neutralité critique au démon hype du moment. En parallèle, il est de bon ton de dénoncer de façon tonitruante le mauvais goût de ceux qui écoutent et apprécient ce groupe.

La détestation d’Animal Collective est devenue elle-même hype. Surréaliste non ? Du coup, personne ne sait plus où situer l’impartialité des avis de chacun concernant les véritables qualités musicales de ce groupe.

18 minutes et des poussières

C’est par le Ep, Water Curves, que j’ai été amenée à découvrir ce groupe ne connaissant absolument rien de ces querelles opposant les auditeurs les plus pointues de la mouvance indépendante. Je l’avais avec moi pour un voyage de 3 semaines loin de toute source d’informations complémentaires. C’est donc avec une objectivité absolue que le monde d’Animal Collective m’a ouvert ses portes.

Dès les première secondes de “Water Curses”, l’effet est déroutant : entre un assemblage musical très riche, un effet patchwork sonore de bruits en tout genre et un entrain un peu excessif. On se demande un peu dans quoi on est en train d’évoluer. La première écoute laisse dubitatif : cela semble tellement foutoir et si léger à la fois. Au secours ! Rapidement il est évident que ce Ep ne passera pas le stade de l’écoute découverte. L’enchaînement sur “Street Flash” n’aide pas plus, on entend là une voix à l’effet exagéré qui accompagne des rythmiques plus qu’étranges. Il règne ici une ambiance psychédélique des plus angoissantes : l’adjonction de cris, hurlements et autres réjouissances en fond sonore est loin de rendre l’ensemble véritablement attrayant. “Cobwebs” flirte avec le côté plus sage de cette expérimentation folk mais ne permet guère de créer le coup de cœur musical qu’on aimerait tant ressentir. Avec “Seal Eyeing” et ses bruits de fonds marins, ses accords de piano mollassons on achève l’écoute par un avis définitif : Animal Collective ne révolutionne rien, ce n’est guère engageant. Passons vite à autre chose.

Mais voilà qu’on est coincée 3 semaines loin de tout, qu’on a cet Ep à écouter et malgré une première rencontre un peu décevante on a quand même envie de s’y replonger. Pourquoi pas ? Il y a des fois des découvertes, des coups de foudre à retardement. On y revient donc, on note alors que les arrangements ne sont pas si je-m’en-foutiste que cela, qu’il y a quand même de bien belles mélodies, que ces sons qui se juxtaposent n’ont pas été posés là au petit bonheur la chance.

On se serait trompé ? Alors on remet le Ep et on se lance dans l’effeuillage auditif de chaque titre : d’abord une écoute particulière de la voix et des intonations qui varient incessamment entre douceur, chuchotement ou hurlements. on se fixe ensuite sur les rythmiques, l’analyse des fonds sonores qui n’en finit pas de nous faire découvrir la richesse de la composition de chaque titre. On devine à quel point ces garçons prennent un plaisir fou à construire leurs morceaux et, comme pour tout, ce qui paraît le plus foutoir doit être sans aucun doute le plus difficile à réaliser. Chaque écoute successive devient un plaisir renouvelé. On savoure, on s’amuse de chaque note, de chaque cri, de chaque bruit...

Ecouter Animal Collective prend alors des allures de gymnastique auditive, notre cerveau s’entraîne plus ou moins consciemment à détecter le petit truc en plus qu’on n’avait pas entendu à la première, cinquième, dixième, vingtième écoute. On défriche, on déniche.

Aimer, adorer ce que font les fous furieux d’Animal Collective ce n’est pas faire preuve d’une intelligence supérieure nous rendant aptes à écouter une musique si complexe. C’est surtout être fiers et heureux d’avoir pris le temps qu’il fallait pour la comprendre et véritablement l’apprécier pour ce qu’elle est. Tout simplement.

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publié par Sfar le 07/01/09