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publié par gab le 05/05/11
Angus & Julia Stone
- Le Trianon, Paris

C’est plus fort que moi, j’ai beau vouloir prendre un peu de distance avec la fratrie Stone de peur que l’effet Cocoon (dégout par overdose médiatique) ne vienne diluer mon engouement pour la fragilité exquise de leurs chansons folk, je finis toujours par y revenir. N’ayant pas encore eu l’occasion de les voir en concert pour « de vrai », et même si ça ne remplace évidemment pas, c’est avec une joie non dissimulée que je m’immergeais le week-end dernier dans le concert filmé par Arte d’Angus and Julia Stone au Trianon à Paris. Concert encore actuellement visible en ligne ici-même. Mais reprenons un fil de chronique moins personnel, encore que …

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Il était moins une. C’est qu’on a failli le louper ce concert. Mercredi 27 avril, 22h30, on relève ses emails en toute innocence lorsqu’on découvre un message cargotien annonçant la retransmission en direct sur le site des Inrocks du concert d’Angus et Julia Stone le soir même au Trianon. De quoi vous faire regretter votre fidélité à votre vieux téléphone vert qui ne vous buzz pas lors de vos soirées tranquilles en famille. Un click fébrile plus tard, on tombe sur Julia qui présente le groupe ... hum, ça sent les rappels ... aaargh ! Et pour couronner le tout, les deux titres auxquels on assiste ensuite confirment qu’on vient de manquer un excellent concert tout en délicatesse avec lune sur fond de ciel étoilé. Re-aaaargh ! Heureusement une de nos spécialistes cargo du groupe (Anne-Hélène pour ne pas la citer) vient rapidement calmer nos angoisses existentielles : le concert restera visible après « coup » sur le site d’Arte. Pfiouuu, on est décidément trop vieux pour ce genre d’émotions tardives …

évasion

Rendez-vous est donc pris deux jours plus tard pour une soirée spéciale AJS. Mettant tous les atouts de notre côté, on commence par ligoter et bâillonner le petit dernier puis lumière tamisée, bien calé dans le canapé, l’ordinateur portable branché sur la chaine audio … click … le Trianon s’avance majestueux et Julia attaque sur "Hold on" comme sur l’album (mais avec une nouvelle intro pour tromper l’ennemi) et nous on glisse discrètement dans la salle, on n’en sortira qu’une heure quarante plus tard après bien des surprises et/ou révélations. Première grand surprise alors qu’on connait très bien les deux albums et qu’on a adoré la session vidéo cargo, la place prédominante de Julia et l’effacement d’Angus. Comme ils alternent équitablement entre les morceaux de l’un et de l’autre sur album et sur scène, on avait naturellement imaginé un duo très équilibré dans leur rapport au public et au monde extérieur. Or sur scène on découvre une Julia très à l’aise, parlant, bougeant, plaisantant, passant d’un instrument à l’autre, attirant les spotlights, une vraie leader en somme, tandis que frérot se cache timidement derrière sa barbe et ses cheveux fournis. Contraste d’autant plus surprenant qu’il n’en parait rien à l’exécution des morceaux, la fragilité d’Angus rendant ses titres encore plus captivants. Deuxième révélation, le multi instrumentalisme (piano, guitare, trompette) de Julia justement et surtout la liberté exprimée dans son chant, elle se permet sur scène beaucoup plus de funambulisme vocal que sur album. On était loin d’imaginer cette aisance musicale dans ses chansons (ce qui est assez étrange, des morceaux comme "Soldier" ou "Another day" auraient du nous mettre la puce à l’oreille) et on découvre sur scène une chanteuse à la maitrise impressionnante avec de grandes envies d’évasion.

penchant

Ce qui n’est pas une surprise par contre, c’est à quel point la voix et les chansons d’Angus nous touchent … ceci expliquant surement pourquoi on s’est laissé surprendre par Julia d’ailleurs. Pas qu’on n’aime pas ses morceaux, la plupart sont tout à fait à notre goût, les "Hold on", "Wasted" ou "I’m not yours" pour n’en citer que quelques uns, mais ce n’est rien comparé à l’état de fébrilité dans lequel les morceaux d’Angus peuvent nous mettre. Un "Draw your swords" (malheureusement absent de la set-list du concert) ou encore un "Silver coin" sont capables de faire remonter toute notre émotivité à fleur de peau quelque soit l’heure et les conditions d’écoute. De ce côté-là donc, le concert confirme bien notre penchant angusien ce qui était loin d’être gagné d’avance, il est en effet rare de retrouver en live toutes les émotions captées sur disque. Celles-ci étant en général remplacées tout à fait correctement par un certain dynamisme ou des relectures appropriées. Ce n’est pas le cas ici, ils nous embarquent dans leur univers comme si on était bien installés dans notre canapé (ce que l’on est finalement, la boucle est bouclée). Ils font même mieux, ils n’hésitent pas à réorchestrer et relire leurs propres chansons tout en gardant la saveur délicate des originaux. La marque d’un grand groupe, indéniablement.

symptômes

De fil en aiguille, de tube (l’inévitable "Big jet plane") en tube (l’excellente reprise du greasien "The one that I want"), d’émotion (le désarmant joyau pop "Just a boy") en émotion (le final "Hush" / "Wasted" / "Santa Monica dream"), nous voilà arrivé au bout de ce concert pas tout à fait comme si on y était (c’est un peu petit et plat comme image) mais pas loin, dans tous les sens du terme d’ailleurs puisque l’avantage d’un concert dans son salon est qu’on évite les deux heures de transport tardives pour rentrer chez soi. L’inconvénient, si on doit absolument analyser l’expérience, reste quant à lui de taille : cette frustration tenace de n’avoir vécu cet événement que partiellement (car virtuellement), de l’avoir eu au bout de ses doigts sans pouvoir le toucher complètement … et pourtant on était pleinement absorbé dans la prestation, ce sont là des sensations post-concert qui revienne nous hanter en douce, symptômes perturbants d’un manque qui s’installe peu à peu … On ne remercie donc pas Arte de nous avoir permis de vivre ces moments exceptionnels, ni pour l’excellente qualité de la captation filmée, et on ne vous conseille surtout pas de vous ruer sur la page d’Arte Live Web ici, oui , oui oui , pour visionner ce concert de toute urgence.

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publié par gab le 05/05/11
Derniers commentaires
anne-hélène - le 06/05/11 à 03:15
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merci pour ce compte-rendu de newbie d’AJS-live !!

petites remarques ceci dit : Angus est bcp moins en retrait qu’il ne l’était ne serait-ce qu’encore il y a 1 an (c’est pour dire)... et quand tu parles d’émotions, je les trouvais bcp plus fort sur scène il y a 4 ans où tout était bcp moins prévu à l’avance et où A&J se faisaient des messes-basses pour savoir ce qu’ils allaient jouer après... mais bon j’imagine qu’on ne peut pas (ou plus) laisser place à ce genre de liberté devant un tel public :) !