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publié par Renaud de Foville le 14/11/04
Scrape
- Je ne suis pas du tout dogmatique
Je ne suis pas du tout dogmatique

Cela fait un bon bout de temps que l’on court après Marc Sens. De rendez vous manqués en agenda trop remplit on n’est jamais arrivé à se croiser, sauf au fabuleux concert de Programme à la Boule Noire. On se disait donc que Scrape était la bonne occasion. C’était sans compter l’insatiable Tiersen qui continue à tourner un peu partout en Europe et plus loin encore. Marc étant toujours de la partie on a abandonné l’idée de réunir les deux scrape le même jour et on a eu le plaisir de rencontrer Cyril Bilbeau, ancien batteur de Sloy et lui aussi impliqué dans une multitude de projets. Une rencontre, une vraie, avec un garçon aussi modeste que talentueux et surtout... adorable. Près de deux heures de conversation et déjà des envies de se retrouver (mais on vous tiendra au courant)....

Comme d’habitude sur le Cargo, vous trouverez l’intégralité de ce que le mini disc a pu enregistrer... C’est partit pour 70 minutes de visite chez SCRAPE.

Air.

Bon je commence toujours par la même question. Scrape est rangé chez moi entre les Satellites et Sebadoh. Voilà la première « question » pour chaque groupe...

Je connais, oui... Alors, est ce que cela me choque... Rires...

Voilà tes ou vos voisins...

Comme je ne suis pas du tout dogmatique... Ce qui me plait c’est que cela veut dire que tu es quelqu’un d’organiser, qui range ses CD. Les Satellites quand j’étais ado, j’écoutais. C’était au lycée, les groupes français qui tournaient. A cette époque on ne peut pas dire que j’avais une vision super pointue, j’avais pas des goûts super affinés. Les gens écoutaient ça, moi j’écoutais. Alors maintenant quand j’entends des morceaux des satellites, y a plein de clichés... En tant qu’auditeur, j’ai une vision très polaroid de la musique. Il y a des albums que j’écoutais et que je n’écoute plus, que je trouve chiant même, mais quand cela m’arrive d’entendre un morceau, cela me remet des images en tête.

Oui, il y a des trucs que je n’arrive pas à détester aujourd’hui. C’est sûr que si je les découvrais aujourd’hui j’aimerai pas, mais...

Oui exactement. Le Thriller de Mickael Jackson par exemple. Je peux pas dire que j’écouterai un album de Jackson aujourd’hui, mais quand je l’entends à la radio, cela me remet dans un contexte qui est assez plaisant. Enfin c’est selon les morceaux, et selon les contextes. Et Sebadoh j’aime bien, j’adore la scène Lo-Fi. J’ai eu l’occasion de jouer une fois sur un plateau commun avec Sebadoh et en plus ce sont des gens super sympas.

Et donc comment on passe à des goûts d’adolescents comme tu disais à quelque chose qui est... je ne sais pas si pointu c’est le mot... Disons moins accessible que les Satellites.

C’est un long cheminement... rires. Comme je te disais tout à l’heure, je ne suis pas du tout dogmatique. La musique il faut qu’elle me fasse ressentir quelque chose, sinon cela ne sert à rien. Pour moi c’est un langage, il faut que ça parle, que ça communique quelque chose. Surtout une émotion. Je ne suis pas très attentif aux groupes engagés politiquement. La musique c’est la musique, la politique c’est la politique. En même temps je respecte ces groupes là, mais c’est pas mon truc. Pour moi c’est un cheminement, des rencontres. Par exemple avant de rencontrer Marc, j’étais pas vraiment dans le tripe musique improvisé, ce n’est pas que je n’appréciais pas... mais.. ; comment dire... Il y a très peu de temps je me suis mis a écouter du free jazz, alors que je détestais ça... Cela faisait partie des styles de musique que je détestais. Et en fait c’est un ami qui m’a fait rentrer dedans par un album que j’ai adoré et il m’a ouvert un petit peu les oreilles. J’avais en fait des albums de free jazz, sans le savoir. Comme je suis très vynil quand je chine et que j’aime une pochette et pas cher j’achète. Plusieurs fois j’ai acheté des albums de free jazz sans le vouloir, ça m’agressait...

Ca te faisait déjà une belle pochette...

Oui tout n’était pas perdu. Donc par le biais de cet ami et de l’album j’ai trouvé ça super bien et cela m’a ouvert. C’est New Grass de Albert Ayler. La base est assez soul, assez “classique” tu as donc Albert Ayler au saxe qui fait des impros free dessus, avec des interventions, des trucs sous jacent à la musique et j’ai trouvé mélange vachement bien, et j’ai vu avec le temps deux niveaux de lecture. Et le coté soul m’a vachement parlé ce qui m’a permis de délire de rentrer dans le délire free de Ayler qui était donc le deuxième niveau de lecture. Cela m’a donné envie de continuer et donc d’écouter d’autres albums de Albert Ayler, ce qui m’a ouvert vers d’autres artistes free. Et j’ai trouvé cela tellement formidable que je n’ai écoute que ça pendant six mois. Pour moi Marc est dans cette démarche là, cette logique ce qui n’engage que moi et m’a donné envie de faire des duos avec lui. Surtout que j’ai toujours été dans un contexte ou tout est écrit, il y a un début, une fin, tant de temps par parties. Je viens de la scène rock. On peut pas dire que cela improvise des masses, c’est plutôt droit. C’est plutôt l’énergie qui prime... Si tu vois ce que je veux dire.

Alors avec Marc c’est plus par son initiative que la mienne, parce que déjà moi sur le coup je me voyais mal dire « Hé Marc... ». On s’est connu par personne interposé, il en savait pas trop que j’étais musicien, alors que moi je le savais. Je le connaissais de nom et je savais qu’il jouait avec Yann Tiersen et ce n’est pas mon style d’aller taper sur les épaules de quelqu’un que je connais pas parce que j’aime bien ce qu’ils font en disant « hé super, on joue ensemble ». C’est lui qui m’a proposé la collaboration, par contre j’ai dit Banco direct. C’était nouveau et stimulant. Dans ces situations là j’y vais sans trop me poser de questions, j’y vais et de toutes manières si ça marche pas on aura essayé... Et en plus là ça l’a fait. Je suis vraiment content.

Comment avez vous enregistré ?

A ce moment, Marc avait un local à Main d’œuvres, les premières expériences que j’ai eu avec Marc c’est là bas. Je suis arrivé j’ai dit qu’est ce qu’on fait... je sais pas. Pour moi c’était vraiment une démarche un peu nouvelle. Lui a commencé à jouer, et moi toujours dans une démarche très rock j’ai essayé de suivre. Le premier jour cela a été un délire un peu post rock, que je n’aimais pas spécialement, et Marc non plus... enfin, non... Pour Marc, il n’arrive pas en se disant ça va être mortel, lui il est avant tout dans la logique de la rencontre.

Il essaie quoi ...

Chacun amène sa sensibilité et on voit ou on va. Déjà c’est quelqu’un qui à l’habitude de jouer seul. Là d’avoir un répondant c’est super pour lui. C’était plutôt moi qui était insatisfait au début. En tout et pour tout on a travaillé une semaine tous les jours, et je t’avoue que les deux/trois premiers jours j’avais l’impression d’être en chemin balisé quoi. Il y a eu tout un travail de compréhension, de discussion. D’essayer de comprendre ou lui allait, et quand j’ai réussit à capter un peu l’essence de ce qu’il développait, j’ai l’impression que de suite, il y a une lumière qui s’est allumé.

Ca a libéré plein de choses...

Je suis arrivé dans une idée très rythmique. Comme si Marc voulait plaquer ses accords tout simplement.

Est ce que tu n’avais pas des tics, des habitudes ?

Oui, voilà ! J’avais ma sensibilité à moi de batteur accompagnateur. Rythmiquement parlant je suis très riff... j’aime bien les riffs de batterie. J’aime rentrer dans des trucs hypnotiques qu sortent un petit peu des sentiers battus. Enfin, du moins j’essaie de le faire sortir des sentiers battus.... Tout a été fait....

Les sentiers sont larges... rires

Et je restais dans ma logique à moi. Quand j’ai commencé à penser à l’instrument non pas comme quelque chose de rythmique, mais comme un laboratoire d’exploration sonore, là ça à un peu modifié la donne. C’est comme si d’un coup on t’amenait un point de vue sur l’instrument que tu n’avais jamais eu, et si j’avais jamais rencontré Marc je crois que je ne l’aurai jamais eu sinon. Et là on me dit tu sais en faisant ça tu peux obtenir ça, et toi tu le fais et tu dis Ha oui, c’est vrai.

Et en revenant à une configuration « rock » cela t’a apporté ou pas ?

Oui... oui. Si je dois faire le schéma inverse, cela ne peut que m’apporter quelque chose dans l’idée ou je sais que j’ai dans mes bagages, que je n’avais pas avant que j’aurai peut être essayer de combler avec de la rythmique. Après l’album avec Marc, j’ai refait des enregistrements avec d’autres formations, j’ai réutilisé des trucs et des idées que j’avais eu avec Marc, maintenant le chemin c’est fait à l’envers. C’est bien, cela ouvre mon champ de vision.

Donc vous avez passé une semaine a répéter, sans enregistrer...

Si, si. A un moment on a commencé à se dire que c’était super bien ce que l’on faisait, on commençait a vraiment ressentir des émotions. Comme si la communication s’établissait et que nos langages devenaient familiers à l’autre. En partant de là, on se dit qu’il commence à se passer des trucs. Et quand je joue avec Marc c’est ce que je recherche, c’est qu’il se passe des choses. Les concerts que j’ai pu faire pour l’instant avec lui, je considère que c’est un bon concert que j’ai sentit qu’il se passait quelque chose. Si après on joue ¾ d’heure, une heure et que l’on a construit quelque chose mais qu’il n’y a pas eu le moment ou tu te dis, là il se passe quelque chose. Ce n’est pas un bon concert. Bon, pour le moment. A chaque fois il c passe quelque chose... rires.

Et lors de vos concerts, vous repartez sur les bases de l’album ?

En fait on sait plus ou moins pour chaque morceau l’impulsion qui a fait que nous sommes partis sur ce qui a été enregistré. A chaque fois que nous jouons ensemble on repart sur cette impulsion là. Après cela évolue et cela n’a plus rien à voir. Le concert de Poitiers que l’on vient de donner je l’ai enregistré, ensuite je l’ai écouté chez moi j’ai retrouvé à chaque fois ou chez lui ou chez moi cette impulsion. On peut donc dire que ce sont des concerts liés à cet album. C’est pour moi le même set que celui que j’ai utilisé pendant l’enregistrement, et lui c’est son jeu si personnel. Et pour revenir à l’enregistrement, on s’était donné une semaine. Déjà pour apprendre à se connaître et voir si cela fonctionnait entre nous, si c’était stimulant l’un pour l’autre. Donc quand on a commencé à véritablement communiquer on s’est dit qu’il fallait y aller et faire un album. Tu vois ça va droit au but.

Oui, y a pas vraiment de perte de temps.

Non. A partir de ce moment là, on a commencé a caler des jours pour le mois suivant et Marc a commencé à brancher les Instants Chavirés pour enregistrer la bas. On s’est dit que cela ne serait pas mal d’enregistrer tout le travail préliminaire que l’on était en train de faire, comme ça on fixe les idées, ces fameuses impulsions. Comme c’était un peu neuf on se disait qu’il fallait mieux enregistrer. Ce que l’on a fait avec pratiquement toutes les sessions. Ensuite quand on pouvait on réécoutait, et tout ce que l’on aimait pas on virait, on réenregistrait dessus. Après 5 jours on a eu 8 heures de musique, et une semaine plus tard on s’est dit que sur les 8 heures on va garder les bases qui donneront les directions pour l’enregistrement de l’album. Sauf que quand on a réécouté chez Marc, qui a une chaîne avec une assez bonne écoute, on s’est dit que c’était bien et que ça sonnait. On s’est vraiment demandé pourquoi on irait se stresser en studio, pour jouer a 70% de ce que l’on a fait dans le plaisir des répétitions. On s’est dit que c’était mieux de faire un montage de 45 minutes de musique des moments les plus représentatifs de nos émotions, de ce que l’on voulait exprimer. Ce qui est amusant c’est que l’on a enregistré sur un 8 pistes numériques avec deux micros pas spécialement adaptés pour ce type de prise. Et au final, ça sonne. Pour moi ce n’est pas anodin. Il y avait vraiment un échange qui était ... comment dire ça... qui a fonctionné.

Il y avait une rencontre.

Oui la rencontre s’est véritablement faite. Au final on a fait un travail de montage. On coupe à une entrée, on coupe à une sortie. Et on a mis bout à bout. Cela nous a donné les plages de l’album. En soit cela n’a pas été trop une violence d’enregistrer le disque. Et en plus on l’a fait sans savoir si ça allait sortir ou pas. Marc avait déjà fait un disque avec Boris, avec Shambala et il lui a proposé l’enregistrement pour savoir si ça lui plairait ou pas. Et Boris a dit banco tout de suite. Ca a été vraiment super rapide, alors que ce que je connaissais des sorties de disque c’était toujours un travail de longue haleine. Surtout dans la logique d’une maison de disque et tout ce qui va avec. Là on joue face à face, batterie, ampli... l’enregistrement sonne, il se passe des trucs...On prend les meilleurs moments, on se fait un best of des 5 jours passés...

Vous avez eu un album sans le vouloir...

Oui voilà... Bon on essaie de le sortir, on le propose à un mec, un seul qui nous dit tout suite, ok je le sors. Cela devrait être ça la musique. Quand on passe 6 ans en studio je comprends pas pour sortir un album... Ma culture basiquement c’est le punk-rock.

C’est sûr que l’on ne voit plus beaucoup de groupes qui sortent 4 albums dans l’année...

Et ce genre de projet est vraiment stimulant, car un album devrait se faire comme cela. Etre un instantané et puis voilà. C’est le cœur qui parle. Scrape c’est vraiment une super expérience.

Qui peut se renouveler ?

Oui, je pense...

Mais le truc de répéter et d’avoir un disque au bout, tu ne peux pas le refaire comme ça. C’est un peu faussé.

Oui, j’suis d’accord, ce n’est plus vierge...

Si vous rentrez en studio de répété vous n’arriverez pas à retrouver cela.

On en a parlé avec marc. Soit on définit une direction au préalable tous les deux, en essayant de sortir de l’expérience que l’on a eu sur cet album là, on joue tous les deux mais pas sur notre terrain ? Soit on prend une troisième personne avec nous, en l’occurrence une violoncelliste.

Qui viendrait casser ce qui est établit entre vous pour retrouver...

Oui cette « virginité » que l’on a eu pendant cette semaine là. Marc m’a aussi proposé un truc dernièrement qui est très intéressant. Lui il est assez branché par certaines musiques de films de Kurosawa, certaines ambiances et il m’a fait écoute des enregistrements de passages qu’il adore. Parfois ça dure 10 secondes, mais c’est toujours dans l’idée de se donner cela comme impulsion. Cette fois l’impulsion ne viendrait pas de nous, donc on évoluerait pas dans le même cadre. On repartirait sur quelque chose... Je pense que qu’on essaiera de toutes façons de repartir dans une idée où l’on arrive à enregistrer juste pour voir ce que cela donne. L’album on l’a fait en février 2003, entre temps on a fait quelques concerts et je m’aperçois que je réinjecte des trucs plus proches du rock. Quelqu’un m’a dit dernièrement que ce que l’on faisait c’était de l’impro mais ça restait rock. En soit cela me fait sourire, car le rock n’est jamais assimilé à l’impro, mais cela me plait. On a en ce moment quatre possibilités pour repartir sur l’instinct. Au final, il faut qu’il se passe quelque chose, que cela nous parle. C’est vrai que pour l’instant on a eu que des accueils positifs sur le disque, rien de mitigé ou négatif. Bon c’est vrai que c’est assez ciblé comme musique.

J’ai quand même fait écouter à quelques personnes autour de moi qui n’ont rien compris...

C’est vrai aussi que ces personnes là ne viennent jamais nous le dire.

Par rapport à ce que tu disais de ton approche du free jazz, il est indéniable que l’on aborde pas certains auteurs, certains artistes sans passer par d’autres avant. C’est valable en musique mais aussi en cinéma, en peinture. Certains ne sont pas aussi facile d’accès.

Oui complètement...

Et Scrape, c’est aussi un peu ça. Si tu n’as écouté que Britney Spears et Nirvana, tu dois avoir du mal à t’attaquer à Scrape...

Tout à fait, il faut avoir l’oreille « éduquée ». L’album de Scrape tu me le fais écouter il y a 10 ans j’aurai réagi comme tes potes en disant « qu’est ce que c’est que ce truc ». Je me considère comme un fan de musique, un auditeur qui est passé à l’acte. Je suis toujours énormément à l’écoute, sauf que j’ai cette curiosité qui fait que quand je comprends pas un truc j’essaie toujours de me demander pourquoi je ne le comprends pas...

Ce n’est pas toujours le morceau qui est mauvais, cela peut être aussi l’auditeur qui est à coté...

Quand je dis que j’aime pas du tout, c’est que je n’aime vraiment pas. En général je me dis plutôt que je ne comprends pas. Je vais me répéter, mais avant tout la musique pour moi est un langage, avec lequel tu communique. Et je ne suis pas forcément arrêté sur un style. C’est lié à tellement de choses, à ta culture et donc si tu n’as pas les codes tu peux pas y rentrer. Par exemple j’adore le dernier single de Britney Spears. Jamais je ne jouerai les snobs en disant que c’est de la merde.

Oui, c’est vrai qu’il y a certains morceaux qui sont vraiment imparables. C’est même parfois un peu énervant... Par exemple le dernier morceau de Usher que j’ai entendu j’ai trouvé ça pas si mal, alors que tout ce que j’avais entendu avant m’était assez insupportable. Mais il faut aussi avoir l’habitude d’assumer ses goûts pour arriver à cela. Pour revenir à Scrape ou « Scrèpe » - prononciation redoutable à l’anglaise - le premier morceau...

Ha tient, l’histoire du titre c’est très drôle aussi. Quand on a fait le projet on s’est dit que l’on n’allait pas s’appeler Marc Sens et Cyril Bilbeau, c’est vraiment pas terrible... enfin... c’est que je n’aime pas mettre mon nom en avant. On va donc trouver un nom. Ca a duré 20 minutes. Pendant 18 minutes à se dire alors qu’est ce que tu penses de ça... bof... et ça.... Bof... Au bout de 18 minutes je lui ai dit devant sa discothèque : « 3° rangée, 5° cd, 1er titre. ». On est tombé sur ce titre. Scrape c’est vraiment de l’instantané. La rencontre, l’enregistrement, la sortie... C’est vraiment un accouchement sans douleur. Et pour le nom c’est dans la même logique... et pourtant je suis sur que plein de gens vont se prendre la tête sur ce que l’on fait. Mais c’est super punk. C’est du free punk. Rires.

Voilà qui va rassurer les journalistes qui aiment ranger dans des petites cases.

La peur de l’inconnu neutralisée par le connu.

Une nouvelle catégorie sur le cargo : le free punk... Je me disais que le premier morceau qui ouvre l’album c’est vraiment le plus dur. Quand je fais écouter je rajoute quand même qu’il faut attendre la suite. Car l’impression... moi j’aime beaucoup, mais je sais que je n’en écouterait pas 50 minutes d’affilé par exemple. Mais ce n’est pas la bonne impression que l’on a...

C’est sûr que le morceau n’est pas du tout représentatif. Le morceau vient d’une fin de journée où l’on s’est un peu lâché...

Un moment de défoulement ?

Oui, c’est cela. Au final, Marc était très content du résultat, il voulait quelque chose de super violent et il voulait en plus que cela soit en premier.

Il y a une part de provocation quand même ?

Oui c’est sûr. On aura du mal à se retrouver dans les bornes d’écoute de la Fnac avec un morceau comme celui là. Mais bon comme on n’est pas du tout dans cette logique là... Mais je ne sais pas si il y a une explication. Quand on pensé à l’ordre des morceaux, Marc voulait que cela soit en premier en disant qu’au moins les gens sauront à quoi s’en tenir. C’est pas de la pop. Mais moi aussi, je fais comme toi, je dis que le premier est un peu violent... C’est plus une intro...

Oui, si celui là passe...le reste...

Oui, voilà.

Je trouve que c’est un disque que l’on écoute plutôt seul.

Je dis que l’on écoute ça le soir, tranquille et surtout tu fais pas ta vaisselle en même temps.

C’est un disque que l’on écoute plutôt seul et qui demande une participation de l’auditeur. Non seulement tu ne fais pas ta vaisselle, mais tu ne fais pas grand chose d’autres.

Je suis super content que tu me dises ça.

Il y a des disques qui sont parfaits pour la vaisselle, mais Scrape demande de l’attention...

De la participation.

Et dans ma chronique je dis que cela me fait penser à des musiques bouddhistes, des musiques de transes, des musiques chamaniques...

On nous a dit aussi que cela créait des images...

En plus la transe ce n’est pas obligatoirement Zen, le voyage intérieur peut être très violent, très éprouvant. Je trouve que cela colle bien à Scrape.

C’est vraiment intéressant d’avoir la perception des gens sur ta propre musique.

Et en concert vous sentez les réactions du publique...

Je t’avoue que c’est assez étrange de faire des concerts avec Marc.

J’ai vu Marc en solo deux ou trois fois.

C’est vrai qu’il y a un coté transe... ce n’est plus la même personne.

Il est recroquevillé sur sa guitare, c’est super impressionnant.

En concert, je me suis rendu compte qu’il y avait ce cité transe au dernier concert. Moi quand je monte sur scène, je rentre dans une transe. Et tu sais exactement quand tu y es et quand tu n’y es pas. Pour tous les concerts que j’ai fait avec Marc, j’y étais. Sauf le dernier à Poitiers, les 15 premières minutes je savais que je n’y étais pas et cela me perturbait. Il m’a fallu 15 minutes pour être dans cet état où tu te regardes jouer. Tu vois les choses de manière décalée. Cela m’a fait prendre conscience que l’on est tous les deux dans un rapport proche de la transe. Il y a une véritable alchimie qui se crée.

Et il n’y avait pas ça dans les formations rocks.

Si mais d’une manière beaucoup plus furtive. Si il y avait ça aussi. Mais cela faisait aussi très longtemps que je n’avais pas fait de concert. Mais, comment dire. Pour les formations rocks tu commences dans le cérébral : t’as une harmonie, une rythmique, des mélodies, des parties, un début, une fin, c’est très cadré et c’est dans la tête. T’essaie de faire en sorte que tout le joue assez carré pour que cela tienne a peu prés la route et quand tu arrives à cet objectif tu peux te libérer et cela peut passer là (Il montre son cœur) et c’est là que tu peux atteindre cet état de transe. Un concert avant de jouer avec Marc c’était tant de temps, tant de morceaux. Maintenant un concert pour moi c’est voilà, ça commence à telle heure. Après ça peut durer 45 mn, 1h30... j’adore ça. La transe dans un groupe de rock ce sont les petits instants de magie qui te font dire que si la musique ce n’est pas que du plaisir rien que ces petits moments là, de transe, cela vaut toutes les difficultés de la terre. Tu peux faire 10 concerts atroces si durant le 11e tu as ce petit moment là, cela en vaut la peine. Le concert avant Poitiers, c’était à Reims, on a joué, à un moment on s’est regardé, au bout de ¾ d’heure, on a su que l’on avait plus rien à dire et là le publique a applaudit. Et j’ai flippé. Je me suis dit merde, qu’est ce qui se passe.

On est pas tout seul...

J’te promets. J’ai été surpris par les applaudissements du public. En plus c’était éclaire de telle façon que l’on ne pouvait pas voir le public. En plus je joue de coté, à jardin, vers le coté gauche quand tu es face à la scène et j’ai juste Marc dans mon champs de vision et c’est tout. Mais franchement cela m’a fait bizarre quand les gens ont applaudit. J’ai sursauté en me demandant ce qui ce passait. Cela a été ¾ d’heure où je n’étais plus là. Marc m’a demandé comment j’avais trouvé le concert. Sans réfléchir je lui ai dit « il peut m’arriver les pires galères de l’univers, je suis blindé pour le mois qui vient. Avec l’énergie que m’a refilé ce concert, je suis pas invincible, mais presque. » J’ai dit çà d’une façon très naturelle. Ce sentiment là, à ce point là, c’était la première fois que je l’avais. J’ai des souvenirs vraiment forts avec Sloy. J’ai fait énormément de concerts avec Sloy et cela fait maintenant 4 ans que c’est fini. Je peux dire maintenant qu’il y a eu deux concerts en tout où j’ai le sentiment à un moment du concert d’avoir ressentit cela.

Alors que là c’était tout le concert.

J’ai l’impression qu’il y a eu comme un décrochage quand je suis monté sur scène.

Et pourquoi avec Scrape, et pourquoi le concert de Reims.

C’est comme tout. Tu peux passer deux soirées avec ton même ami et l’une est géniale, l’autre non. Tu sais pas toujours pourquoi. Nous on a été imbriqué... Je ne cherche pas non plus a expliquer, pas sûr qu’il y ait une explication. A se demander si c’est même pas dangereux d’atteindre ce stade de transe lors d’un concert. Peut être que si j’ai été déçu lors du concert samedi, à Poitiers, si il y a eu les 15 premières minutes où je me suis rendu compte que je ne rentrai pas dedans direct c’est peut être parce que j’ai ressentit ça sur le précédent. Et du coup la barre est très haute. On verra, je te dirai cela au prochain...

Et il y en a ?

Logiquement, oui. A la rentrée. Mais c’est loin d’être confirmé. On fait peut être la première partie d’Albert Marker au Café de la danse. Il ferait trois soirs et on ferait l’un des trois. Mais je ne sais pas si c’est vrai, enfin je m’avance pas trop. Il y a un concert à rennes qui a des chances de se confirmer et on devrait partir faire trois dates en république Tchèque début décembre et il y a peut être un truc au Mans et à Vendôme mais début 2005. mais c’est très difficile de faire des concerts avec ce type de musique. Si on arrive à faire une dizaine de concerts avec ce projet, je serai le plus heureux des musiciens. Je ne pourrai rien faire si il n’y avait pas tout ce plaisir potentiel. Je ne peux pas monter sur scène si je ne pense pas que je vais me faire plaisir. En plus par rapport au musique il faut cette sincérité, tu n’es pas là juste pour faire un concert parce qu’il faut le faire. Cela ne trompe personne. Cela ne se fait pas, pour moi. Mais bon c’est sûr que les mecs qui enchaînent 250 dates ils sont rentrés dans une logique de maison de disques, qui a mis beaucoup de pognons... et tout ce qui va avec. Avec Scrape - rires - on fera pas 250 concerts... et puis tu vois, avec Scrape je pense que c’est une aventure limitée dans le temps. Le jour ou l’on se connaîtra trop, quand on ne se surprendra plus, cela sera fini. Ou alors il y aura d’autres personnes pour changer cela.

Donc tel que vous êtes là, sur l’album c’est limité dans le temps.

Oui, tout à fait. Il y a une date de péremption...

C’est pas sur la pochette du disque.

Enfin, là on en est au début. Cela fait tout juste un an que le projet est en route. On a fait que trois concerts. Et c’est bien aussi. On a du répéter une fois avant un concert, on a fini cette répète en se disant, c’est idiot. On a fait des trucs supers, et on a rien enregistré... enfin super, selon nous, c’est à dire, on s’est fait plaisir et donc cela veut dire qu’il y a de la matière qui aurait mériter que l’on enregistre. Mais j’aime bien aussi que rien ne soit fixé. On revient au free, à la liberté, au fait qu’il n’y a pas de pression. Tu reviens à une dimension humaine.

Vous n’avez eu aucune obligation de résultat, pas de studio, pas de maisons de disques.

Oui, c’est vrai... En musique cette liberté elle vaut tout l’or du monde. Il ne faut pas oublier que au final ce n’est que de la musique. Je suis quand même très adepte du premier jet. Je me dis quand quelque chose est là, de bien ça se garde et basta. Pourquoi modifier, retravailler, faire autre chose avec. Le mieux est souvent l’ennemi du bien. Mais on revient toujours à la même chose... c’est ce que tu disais tout à l’heure, c’est la transe.

Je reprends ma feuille qui ne m’a pas servi du tout... quelques mots griffonnés...

J’ai lu sur un site que votre musique ressemblait à un labyrinthe maladif d’ondées malsaines.

C’est sûr que l’on ne peut pas dire que cela soit franchement guilleret. Rires. C’est assez sombre. C’est urbain, je pense. Mon caractère est je pense, plus positif, sans vouloir dire que Scrape est négatif. Il y a un coté urbain, pesant qui me plait. Un univers et j’aime ça.

Et tu te reconnais complètement, dans cette musique qui est sortie comme tu l’as raconté ?

En tant qu’auditeur... Quand j’ai eu le disque finalisé, que je l’ai eu chez moi, je me suis dit... c’est bien dark quand même. Je suis vraiment content de ce que l’on a fait, autant je suis aussi content de me dire qu’il peut y avoir une seconde étape avec une violoncelliste par exemple qui pourrait amener une touche un peu plus légère, d’avoir moins ce coté dur... malsain...mais je ne sais pas si ce sont les bons termes. Parfois Marc partait dans des délires plus aigus, stridents... c’était comme des rayons qui sortaient... comme des envolés... Quand je te dis il se passe quelque chose c’est qu’il y a un univers. Surtout que Marc est quelqu’un de très positif...

Bien sûr, il faut faire la différence entre la création et la personne...

Tu sais quand on partait dans des délires super violents, comme celui qui ouvre l’album, nous on se marrait en faisant cela. On était mort de rire. C’est comme quelqu’un de très méchant, ou cynique qui peut te faire rire en étant très dur...

Oui, mais c’est l’univers de Marc qui est comme cela, pas lui obligatoirement.

Oui, voilà. On est souvent enfermé dans des codes. C’est pour cela qu’il faut quand même prendre en considération la perception des autres. Je ne cherche pas à dire qu’il faut faire plaisir aux gens, je cherche avant tout à me faire plaisir... au moins c’est déjà ça. Parce qu’il y a des mecs on se demande si eux se sont déjà fait plaisir...

Avant tout faire de la musique c’est de ressentir des choses, sinon aucun intérêt.

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publié par le 14/11/04