accueil > articles > lives > Route du Rock 2009

publié par Sfar le 18/08/09
Route du Rock 2009
- Fort du Saint Père, Saint Malo

Voilà maintenant 10 ans que Le Cargo ! suit assidument la route du rock. 10 ans que notre grand chef est tombé amoureux de ce festival. Seconde fois me concernant, après un coup de cœur incroyable l’an passé pour ces lieux, ce site formidable et le caractère presque intimiste d’un festival à la programmation souvent pointue.

Public de connaisseurs, quelques « VIP »... heu beaucoup trop de « VIP », journalistes, photographes cette année : obligation de diffuser de faire parler, de faire venir du monde, le festival tentant de renflouer un déficit bien difficile à combler. Nos confrères de la Blogothèque-Arte Live ayant investi cette édition pour y tourner leurs célèbres et désormais cultes CAE, nous nous contenterons cette année de proposer sur le cargo des séries de photos et de rendre compte du festival à notre manière. A la lecture des différents comptes-rendus diffusés chez quelques confrères, on en oublierait presque que le festival de la route du rock ne se résume pas à quelques concerts emblématiques et une présence régulière au bar VIP. De toute manière, entre nous, pour ce qui s’y passe au bar VIP... hum, autant nous intéresser au reste.

Les incontournables

19ème édition d’une route du rock terriblement ensoleillée cette année. Pas une goutte de pluie, on le regretterait presque, cela ne fait pas partie du décor habituel, mais où sont les bottes, les cirés, les cheveux mouillés, les gouttes qui perlent sur des visages grelottants ? ... et puis non on s’en accommode fort bien. Tee-shirts, débardeurs, visages rougis par le soleil voilà qui promet un festival léger et sympathique. La route du rock c’est un peu la colo des grands amateurs de rock indépendant, les mêmes têtes s’y retrouvent, on reprend ses petites habitudes plage, camping, apéros, concerts et même si la programmation n’est pas toujours des plus affolantes on vient toujours à Saint-Malo avec une grande impatience.

Une nouvelle fois le festival propose une multitude d’occupations entre la scène jeunes talents, les concerts et les conférences du Palais du grand large, les écoutes Dj SET sur la plage avec cette année la douce Ethel qui a régalé nos farnientes ensoleillées par quelques sets savoureux. A noter aussi l’excellente idée d’avoir fait appel à deux de nos meilleurs labels : les bordelais de Talitre et le collectif effervescence pour reposer nos corps et nos oreilles en attendant les concerts de la plage. Timing oblige, le seul concert de la plage auquel j’ai pu assister fut celui des The Delano Orchestra. Belle entrée en matière dans le festival tout en douceur avec des morceaux intensément planants.

Pendant ces temps de plage, au Palais du grand large quelques autres artistes se produisent. Et comme tous les ans on ne sait où aller (choix cornélien entre « je bronze en musique » ou « je m’éduque avec Christophe Brault et sa conférence sur le bruit & la mélodie » ?) Honteusement cette année la conférence aura fait place à la quiétude musicale de la plage Bon-secours en charmantes compagnies. La particularité de la route du rock tient aussi dans l’excentration de ses différents lieux de festivités. Le gros du festival se passant au fort Saint-Père, l’un des périples inévitables est de parvenir à faire le trajet ville-fort sans trop de délais.

Comme l’an passé l’expérience navettes tient lieu d’expédition quasi héroïque. Déjà rien n’est indiqué nulle part concernant les lieux d’arrêt des navettes que ce soit à la gare ou devant le palais. Seuls quelques élus, dont je fais partie, connaissent le bon endroit stratégique, celui où ladite navette viendra stopper net à nos pieds. On se gausse sadiquement en observant quelques pauvres bougres bracelets ou tente quetchua à la main qui poireautent au mauvais endroit. En même temps vu le peu de places disponibles à chaque fois qu’une navette arrive, c’est une chance que des festivaliers moins perspicaces s’égarent. Ce n’est qu’une fois à bord du car qu’on leur criera : "ah ben mince vous attendiez pour la navette de la route du rock ? Non ?!?? Ne Vous en faites pas la prochaine arrive théoriquement dans une demi heure soit dans notre espace spatio-temporel une bonne grosse heure et demi !". Patience, patience... tel est le leitmotiv du festivalier non véhiculé.

Dis moi ce que tu portes je te dirai par où entrer

Arrivés sur le site, nous remarquons d’emblée que les sponsors ont encore bien investi le fort et pas forcément de manière très discrète. Évoquons vite fait cette file complètement ridicule à l’entrée du site réservée aux seuls possesseurs de chaussures Converse. File leur évitant une attente trop longue au milieu des autres festivaliers, pauvres minables, possesseurs de chaussures « autres ». Quand on se décarcasse des années entières dans les écoles à inculquer quelques valeurs concernant la marque et ses dérives nauséabondes, l’enseignante que l’on est, a vraiment du mal à comprendre comment des publicitaires peuvent avoir des idées aussi saugrenues. D’accord, le festival a besoin de sous et tant pis si on ne voit que le bus Converse au fond du site, on se calme en se disant que la marque, comme d’autres présentes sur place, a apporté là un soutien financier dont la route du rock avait besoin. Et puis l’honneur indé. est sauf : le stand des labels indépendants est toujours présent, on y retrouve entre autres Clément et Adeline d’Another Records. Le festival au fort Saint-Père est bien en place, prêt à démarrer.

Programmation étonnante

Avant même le début du festival, la programmation 2009 fait jaser. La Route du Rock est réputée pour réunir des artistes connus, moins connus de la scène rock indépendante mais toujours de grands talents. Festivals de connaisseurs diront certains pour ne pas employer le gros mot d’élitistes. La programmation prévue cette année était quelque peu surprenante. Avec sur le papier une énorme journée du vendredi, un samedi très kills et un dimanche nettement moins attractif malgré les présences de Grizzly Bear et Dominique A. Il semblait que cette dernière journée manquait de tête d’affiche. Surprenant ? Peut-être pas tant que cela quand on connait les difficultés financières dans lesquels se trouve le festival depuis l’épisode Smashing Pumpkins. Dernière galère en date l’annulation de dernière minute de The Horrors avec un mépris pour le moins déplorable vis a vis de leur public et des organisateurs du festival.

Gouffre générationnel

Le concert tant attendu du premier jour voire le concert de la route du rock 2009 était bien entendu celui des My Bloody Valentine. C’est à cette occasion que s’est créée une première scission au sein des festivaliers. Entre les quasi quadra et les autres : les juvéniles, les « à qui il faut encore tout apprendre ». MBV arrivent sur scène, têtes penchées, regards méchés et les accords explosent. Bon sang on est reparti en 1992 quand sur les bancs la fac on fantasmait sur un beau brun coiffé comme Kevin Shields, qu’on écoutait à la longueur de journées Ride et loveless des My Bloody. C’était le temps où l’on s’imaginait encore que nos amours seraient éternels. Mais là nous sommes en 2009, Bilinda Butcher et Kevin Shields sont face à nous sur la scène bretonne et étonnamment dans ce Fort Saint Père “Only Shallow” et “I only said” n’ont plus de paroles. Les mélodies sont bruyantes mais audibles, on fredonne alors dans nos têtes ce que l’on n’entend guère et on retrouve les atmosphères planantes des 90’s. Or nous sommes en 2009 et le groupe a d’autres préoccupations que le planant. C’est du bruit qu’il faut désormais faire. Tout n’est plus si doux, on navigue entre l’intense et l’insupportable qui sera atteint lors de “You Made Me Realize” et de ses presque 15 minutes d’un torrent de guitares saturées interminable. Prestation pas assez forte au goût des membres du groupe comme si d’année en année le poids du temps devait se ressentir dans l’intensité de leur prestation au risque de s’auto-caricaturer. Sublime diront les anciens, archi nuls et décevants pour la plupart du public présent.

Autour de My Bloody

Les new yorkais de Crystal Stilts avaient débuté la soirée. Sorte de rock noisy pop agréable. On apprécie rapidement le premier titre. Puis en vient un second qui étonnamment rappelle le premier, le troisième fait énormément penser au second d’ailleurs et le quatrième a ce je-ne-sais-quoi déjà entendu précédemment. C’est pas mal mais c’est toujours pareil, alors on se lasse. J’attendais beaucoup de la prestation de Deerhunter. Bradford Cox étant de ces artistes que l’on range dans la catégorie des génies déjantés. Et donc forcément avec lesquels on peut s’attendre au pire ou au meilleur. Ce ne fut pas terrible il faut bien l’avouer et ce n’est pas le joli minois du guitariste Lockett Pundt qui aidera à faire passer cette pilule amère : première déception.

Ceux qui n’ont pas déçus par contre ce furent les vétérans de Tortoise. On s’attendait à une prestation ennuyeuse, ce fut encore mieux que ça : complètement insupportable. Alors évidemment quand on aime moyennement le jazz-rock on ne peut pas être touchés par ces plages interminables qui semblent dater d’un temps où la musique se conjuguait avec lenteur et mollesse. Le groupe semble fatigué et nous on fatigue avec.

En fin de soirée, les rares festivaliers qui ne furent pas complètement achevés par le set de my bloody valentine eurent raison de rester pour apprécier le concert d’A Place to Bury Strangers. Avec un son qui paraissait parfait tant nos oreilles avaient été dévastées par le mur de son MBV, avec des morceaux efficaces et une prestation excellente pour un après gros concert, le groupe confirme sur scène l’excellente impression donnée par leur nouvel album.

The Horrors ayant annulé, les membres de Snowman les remplaçaient au pied levé. Seulement il était tard ou très tôt selon la façon dont on considère les choses. Et attendre une heure entre deux sets à plus de deux heures du matin, très peu y auront résisté. Ce fut très bien d’après ce que l’on m’en a dit.

Jours deux : les obscurs

Déjà il y a celle qu’on a quasiment ratée alors que ce n’était pas voulu. Papercuts nous intéressait moyennement et devait débuter la soirée, alors on a pris le temps d’arriver sur le site... pour y découvrir Saint Vincent au beau milieu de son set : inversion des passages de dernière minute. La frustration nous prend quand on réalise que la délicieuse brune, seule sur scène, assure énormément, proposant des morceaux intenses auxquels s’ajoute la magie de son chant. Le public est subjugué et je ne parle même pas de l’équipe de la blogothèque, Chryde en tête qui se dandine comme des groupies devant leur belle. Du coup, on aura droit à Papercuts en intégralité : la faute au changement d’horaire. Ce n’est pas la nouvelle la plus réjouissante la journée, la prestation du groupe nous laissant une impression de morceaux peu terribles, interprétés moyennement. On oubliera vite. Viennent ensuite Camera Obscura qui me laisseront un souvenir quasi inexistant, c’était sans doute très bien, je ne sais plus, je n’en sais rien, la tête ailleurs à ce moment-là de la soirée, très certainement. Tous les esprits des festivaliers sont braqués sur le duo choc de la soirée : The Kills. Prestation impeccable, avec des morceaux toujours aussi efficaces, Alisson Mossart est malade parait-il, impossible de déceler la moindre faiblesse tant au niveau du chant que dans son jeu de scène. Les Kills assurent efficacement, ce n’est pas le concert de l’année pour le groupe mais le public malouin semble comblé.

Pour Noël je veux la panoplie Peaches

Alors qu’on pensait avoir vécu le moment le plus intense de la soirée, voilà qu’entre en scène la canado berlinoise Merrill Beth Nisker plus connue sous le nom de Peaches. D’un coup, on quitte brutalement la sphère rock indé et nous nous laissons emporter dans une sorte de comédie musicale pour grands enfants avec une princesse trash vêtue d’une robe bouffante violette. Elle se jette dans la foule , se frotte sur toutes ces mains qui se collent à son corps, revient sur scène, se déshabille, est accompagnée de copines savamment dévêtues et lance à la foule de délicieux « You want me to be dirty ? You want me to be a slut ? » On oublie rapidement la qualité musicale, les morceaux, la prestation est légère, le moment est très plaisant. On s’amuse de ce show qui se veut trash bon enfant. Four Tet qui suivra aura, malgré un set bien rôdé, un peu de mal à maintenir l’attention rêveuse laissée dans nos têtes par la divine Peaches.

Y a d’la joie

A la manière de la méthode coué on se prépare à terminer cette 19ème édition dans la joie et la bonne humeur voire le respect du seigneur (amen). Les artistes de ce dernier jour sont peut-être les meilleurs de cette édition 2009, les plus talentueux entre Andrew Bird, Bill Callahan et Dominique A. Mais on ne peut pas dire qu’ils brillent par l’allégresse qui accompagne leurs compositions. Le début de soirée est finement appréciée par les amateurs de folk . Puis le grand Dominique vient sur scène, seul. Évidemment Dominique A seul sur scène avec une guitare, ce n’est sans doute pas la formation la plus idéale pour la scène du fort saint père. Autant cela fait rêver dans une salle intimiste autant là on ne comprend pas trop. On aime bien le retrouver, Dominique, ses chansons réalistes qui racontent le vécu, ancrées dans une grande mélancolie et qui collent à nos existences depuis déjà un bon moment. Il est là seul sur cette grande scène, avec cette voix magnifique. Prestation impeccable mais trop Dominique A pour un festival comme la route du rock. Surtout pour un troisième jour où les artistes pêchus ne se bousculent pas au portillon. Belle prestation pourtant terriblement amère.

Fort heureusement, il y a le phénomène du moment pour tenter d’égayer tout cela : Grizzly Bear. Et pourtant, ce n’est pas la folie furieuse qui s’empare du public durant leur set. On apprécie sagement la prestation des auteurs du fameux Veckatimest, album ô combien apprécié par les critiques de tout poil. Honnêtement sur la fin du set le groupe se révèle, prend une toute autre dimension et laisse alors une bien belle impression. La nuit et le festival s’achèvent avec les prestations nettement plus techno dance de Simian Mobile Disco et Autokratz.

Et pour plus tard

Encore une année en baisse en terme de fréquentations : 15.000 entrées payantes contre 16.500 l’année précédente pour un festival qui cherche à tourner autour des 20 000 entrées. Il y aura une vingtième édition et il faut qu’il y ait cette vingtième édition car malgré tout la Route du Rock a cette particularité de proposer autre chose, une programmation du pas pareil. Alors, comme François Floret nous aussi on va se projeter en août 2010 avec peut-être comme le souhaiterait son organisateur Portishead ou Arcade Fire en têtes d’affiche. L’impossible n’étant pas irréalisable : on en rêve d’ores et déjà.

Partager :

publié par Sfar le 18/08/09
Derniers commentaires
photopoésie - le 19/08/09 à 15:40
avatar

Merci pour cet intéressant compte-rendu.