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publié par gab le 19/11/04
ride - ride
ride

happy few

en cette époque fraîche de revival ’80, je m’inquiète ... et elles sont largement fondées ces inquiétudes je le crains : le revival ’90 nous pend inexorablement aux fosses nasales et ce d’ici peu ! or je ne sais pas ce qu’il en est pour vous mais je n’ai aucune envie de voir apparaître des ersatz de mes amours d’antan, je ne veux rien recevoir qui dénaturerait les idoles de mon adolescence, ces stones roses, pixies, ride et consorts. leur temps est révolu, laissons-les là où ils doivent être et surtout à l’époque où ils régnèrent. c’est ainsi que je me surprends à tenir de bien préoccupants propos réacs et je m’auto-traiterais volontiers de vieux shnock aigri si je ne devinais en filigrane des pensées nettement moins avouables ... et si ma principale crainte n’était en fait que ce revival ’90 ne mette trop en lumière ces groupes adulés à l’époque tant par l’aspect inédit de leur musique que par l’impression réconfortante de faire partie des "happy few" ayant déniché l’inestimable (loin de la cohorte de ses congénères boutonneux). quelle horreur de se voir devenir mainstream dix ans après alors que l’on voue encore un culte sans bornes à certains de ces groupes ! c’est donc en plein paradoxe que je me décide à écrire sur mon groupe mythique personnel, j’ai nommé ride, ces oxfordiens shoegazers du début des années ’90 (et de lancer moi-même le revival ’90 ... je ne suis pas à une contradiction près).

chosen few

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pour les "chosen few" de ma génération donc, ride nous tombe dessus en cette prometteuse année 1990 par le biais de pochettes fleuries plutôt inoffensives de prime abord mais heureusement fortement piégées de l’intérieur. deux eps. le premier aux fleurs rouges et compactes, nommé ride, avec au programme les joyaux "chelsea girl" et "drive blind" (avec son entêtant gimmick curien) ; le deuxième aux fleurs jaunes, écloses, au nom de play et défendant l’écrit-pour-soi "like a day-dream". huit morceaux ensuite regroupés derrière les fleurs mauves de smile, au son très brut, adolescent, un peu daté malgré tout (c’est la fin des années ’80 quand même) ... un son que certains puristes d’ailleurs regretteront de ne plus retrouver dans les albums suivants. mais ce sont surtout des morceaux toutes guitares bruitistes dehors, une énergie folle et des chants aux mélodies aériennes incomparables pour un groupe de jeunots à peine plus âgés que leur public. de quoi accrocher toute une génération d’indie-popeux qui ne demande que ça.

chaussures

a peine le temps de souffler que la même année débarque la suite magistrale : nowhere. le premier album de ride qu’on explore de fond en comble tandis que le frangin passe en boucle le délicieux single "vapour trail". autant le dire tout de suite, il s’agit là de l’album incontournable (et insurpassable) de ride, mythique et tout ce que vous voudrez ... ce qu’il perd en impulsivité et intuition (par rapport aux eps précédents), il gagne en profondeur par ces ambiances cultivées tout au long de l’album et un son très travaillé. même la pochette, cette formation de vague au large, participe à l’unité incroyable de ce disque d’air et de mer. difficile donc de citer les sommets d’un tel album, pour ne donner que quelques noms : "seagull", "dreams burn down", "nowhere" ... il n’en faut pas moins pour que ride se retrouve bombardé chef de file du mouvement shoegazing (créé par la critique d’après l’attitude de ces groupes sur scène, timides, le regard sur leurs chaussures ou plutôt sur leurs effets de guitares) aux côtés de lush ou encore slowdive. je préfère d’ailleurs nettement l’appellation noisy-pop qui rapproche plutôt ride de my bloody valentine, ces deux groupes étant très au-dessus du lot à l’époque. ce terme décrit en outre bien mieux leur musique en regroupant sous un même nom le mur de guitares saturées (entrecoupé de moments de calme et de grâce) et les chants planants à deux voix (on peut d’ailleurs noter les nombreuses références au vol aérien dans les textes). pour compléter le tout, sur le ep à la tête de requin (un grand blanc qui sort de l’eau), ne pas passer à côté de l’inusable "unfamiliar" dont le nom même est un régal à prononcer.

relief

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1992, l’année s’annonce pourtant bonne, au menu des découvertes viennent s’ajouter les little rabbits, les smiths (avec un peu de retard j’en conviens) et ça se termine en beauté avec le missile pj harvey. c’est aussi l’année où sort l’album tant attendu : going blank again. l’album de la consécration assurément et ... légère déception au final. oh, c’est un bon cru, quelques chansons exceptionnelles ("chrome waves", "time of her time"), un hymne pour couronner le tout avec "leave them all behind". huit minutes de bonheur et la piste à soi lorsqu’en soirée on prend le contrôle de la platine, sans parler d’une génération de bassistes lancée grâce à ce morceau. la pochette quant à elle dépasse une fois de plus toutes les espérances avec cette peinture de visage aux yeux de concombre tant en phase avec le titre de l’album. non, le hic c’est qu’entre les morceaux énormes se glissent des chansons sans trop de relief ("cool your boots", "mouse trap", "time machine"), sans parler des morceaux un tantinet énervants comme "twisterella" (un peu trop sucré celui-ci). et cela nuit à l’appréciation globale de l’album. alors qu’on retrouve les guitares noisy des débuts, on a perdu le feeling. peut-être ont-ils trop voulu en imposer avec une production et un son impeccables (c’est le cas) mais au final c’est un peu plat et aseptisé. en tout cas ce sera le signe de la fin d’une époque pour ride, la fin de leur collaboration avec alan moulder, la fin aussi d’une certaine innocence visible dans le choix des pochettes mais aussi dans leur contenu. désormais chacun signera ses morceaux de son nom, fini la cohésion d’écriture et sans doute celle de groupe. restent les deux eps accompagnant l’album qui représentent un intérêt ne serait-ce que par leurs photos d’enfants signées du très controversé jock sturges mais qui collent une fois encore merveilleusement au contenu. le premier ep leave them all behind est un must (le préférer à l’album quasiment) car contenant les deux tubes "leave them all behind" et "chrome waves" suivis de l’extraordinaire instrumental de quinze minutes "grasshopper". le second ep est plus dispensable mais contient de très bons morceaux, dont "going blank again" (qui n’est étrangement pas sur l’album du même nom) et surtout "stampede" (où l’on retrouve une efficacité d’écriture). on peut aussi couronner le tout avec la vidéo ride at brixton academy qui a quand même rempli de joie les fans qui comme moi à cette époque n’avaient toujours pas vu ride live. c’est toujours ça de pris.

beaux gosses

la relative déception du deuxième album aura quand même eu un effet extrêmement positif : faire disparaître les bien pesants espoirs placés sur les épaules de ride. du coup j’attendais la suite de la discographie avec curiosité et un esprit finalement assez ouvert (notamment sur les éventuelles évolutions musicales du groupe). c’est donc avec beaucoup de plaisir que j’accueille l’album suivant carnival of light en 1994, sans m’attendre à grand chose d’exceptionnel. bien m’en prit car ride quittait définitivement les rivages noisy-popeux pour un retour dans le temps vers des sonorités plus années ’60 (byrdiennes paraît-il). voyage qui fût d’ailleurs fatal à bon nombre de fans de la première heure qui quittèrent l’embarcation sans demander leur reste. c’est donc un nouveau groupe qui se présente et fait son chemin à nos oreilles avec ses ballades aux mélodies très pop (il faut dire qu’on s’approche à grands pas de la brit-pop à cette époque là). ce n’est pas très surprenant en soi, ride c’est avant tout une affaire de mélodies (et de beaux gosses aussi peut-être, d’où un succès important auprès de la gent féminine) et d’ailleurs dès leurs premiers morceaux, sous le mur de bruit, se cachaient déjà de superbes ballades acoustiquement viables comme nous le montre aujourd’hui mark gardener (chanteur-guitariste de ride) en se lançant dans une série de concerts solo acoustiques avec de nombreux morceaux de ride première période. ride réussit donc sa mue vers l’âge adulte avec des chansons comme "moonlight medecine", "from time to time", "natural grace" ou encore la reprise "how does it feel to feel ?" et ce malgré quelques écarts. en effet tout n’est pas bon à prendre et puisque nous avons désormais accès aux noms des coupables, on note que le sieur andy bell (l’autre chanteur-guitariste de ride) commence à glisser dangereusement vers la guimauve ("crown of creation" et surtout l’insipide "magical spring"). il se rattrape heureusement avec l’excellent "birdman", "i don’t know where it comes from" (avec sa chorale d’enfants) et la ballade "endless road". dans l’ensemble, l’album est assez homogène et se déguste plutôt bien les soirs d’été en promenade à la fraîche ... comme pour l’opus précédent, deux eps promotionnels agrémentent le tout de morceaux ne dénotant pas avec l’album (les chutes quoi), à noter quand même, sur l’ep birdman, "don’t let it die", une superbe chanson comme seul mark sait en faire. un troisième ep sortira un peu plus tard, des morceaux acoustiques live avec cordes ("drive blind" notamment), donnant une vision nouvelle du groupe.

digestion

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et puis il faut bien arriver à la chute, inévitable, celle qui déçoit et soulage à la fois. un an près carnival of light arrive sans crier gare l’album tarantula. peu de promo, une pochette marrante (un dessin de flingue pointé sur l’auditeur) mais assez hideuse, loin en tout cas de ce à quoi ils nous avaient jusqu’alors habitués. et ne serait-ce qu’avec cette pochette, l’inquiétude nous gagne ... à juste titre puisqu’à l’intérieur c’est le désordre complet. visiblement putsch il y a eu ! il s’agit presque d’un album solo d’andy bell tellement il monopolise l’écriture et s’approprie l’essence même du disque. on l’avait senti venir sur l’album précédent avec ses chansons pour midinettes, il s’impose ici en roi pompier avec des guitares tapageuses (on croirait entendre les rolling stones c’est pour dire) et un chant crâneur. le cas tarantula paraît vite entendu. et puis on le réécoute quand même pour être sur qu’on n’a pas rêvé l’évaporation complète de mark gardener et on s’attache un peu malgré tout. on rejoue au jeu du « c’est un nouveau groupe qui débarque » et ça marche pas trop mal finalement. les morceaux sont très rythmés, le jeu de guitare un peu voyant mais plutôt réussi, il suffit juste de ne pas trop faire attention aux paroles un peu mièvres et les choses se passent sans heurts. du bon vieux rock en somme. sortent tout de même du lot "burnin", "the castle on the hill" (allégorie des rapports mark-andy ?), et lorsqu’andy cède la place, "ride the wind" et "deep inside my pocket" (malgré une affligeante partie parlée). sur l’ep promotionnel on frôle le ridicule avec "a trip down ronnie lane" mais on retrouve mark à son sommet avec le sublime "slave". une fois le choc passé, la digestion achevée, on se renseigne quand même. ce disque cache trop de choses louches, trop d’incohérences ... et d’apprendre que ride a splitté au lendemain de la sortie du disque, soupçons confirmés donc. et d’apprendre aussi les bas règlements de comptes, les avocats, les petites phrases assassines ... une bien triste fin dans l’indifférence générale. peut-être pas si triste d’ailleurs aux vues de ce tarantula pâlichon. il était sûrement temps pour ride après sept ans d’existence de passer à autre chose.

posthume

début ’96 donc, ride s’éparpille. andy bell (chant, guitare) relance rapidement un autre groupe, hurricane #1 dont je n’ai jamais entendu le moindre morceau. il faut dire que vu son songwriting sur la fin de ride, ça n’incite pas non plus à la curiosité. on aura la confirmation de sa déchéance deux ou trois ans plus tard lorsqu’il plaque son groupe pour rejoindre oasis en tant que bassiste ... c’était prévisible mais on ne peut souhaiter pareille chute à personne ... steve queralt le discret et ténébreux bassiste s’en est retourné ouvrir une boutique de disques à oxford je crois. mark gardener (chant, guitare) et loz colbert, l’impressionnant batteur au jeu décroisé, prennent leur temps et se retrouvent dans le groupe animalhouse. je n’ai (hélas cette fois) pas encore écouté leur unique album car celui-ci est sorti de façon assez confidentielle, il ne me semble pas qu’il ait été distribué en france. depuis le groupe s’est séparé et loz s’est inscrit en école de batterie tout en continuant à jouer avec the zimmermen (un groupe de reprises de bob dylan). mark, comme je le mentionnais plus haut, démarre sa carrière solo en attaquant deux tournées acoustiques. la première aux us au printemps 2003, seul avec sa guitare, et la deuxième en juin 2003, en angleterre, soutenu par le groupe goldrush. ils jouent à la fois les vieux morceaux de ride ainsi que les nouveaux morceaux de mark qui sont largement au niveau des premiers (plusieurs concerts sont officiellement disponibles en mp3 sur le web). un album devrait venir concrétiser un peu plus tout ça début 2004. pour en revenir à ride et à l’imminence du revival ’90 qu’on attend tous de pied ferme, on assiste depuis quelques années à la commercialisation de coffrets et autres compilations. tout d’abord le boxset et ses trois cds. le premier est une compilation, le deuxième un recueil de morceaux rares et démos et le troisième un concert de ’92. suivra cet été waves, regroupement des diverses sessions de ride à la bbc au fil des années. bref, encore de bons moments en perspective et si possible en évitant le rythme buckleyien-qui-tue d’un album posthume par an, la rareté et la qualité allant de paire avec une digestion délicate.

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publié par le 19/11/04
Derniers commentaires
kithy - le 16/06/08 à 14:11
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un groupe génial ! je regrètte vraiment de ne pas être née plus tôt pour assister à l’un de leur concerts, ça devait être fabuleux ! (c’est là que je peux dire vive youtube, même si les voir en video c’est moins bien qu’en vrai.
Et sur les albums qui chante ? Mark Gardener, Andy Bell, les deux ? Je n’arrive pas à différencier leurs voix.

gab - le 17/08/11 à 14:30

Sur les albums comme en concert, les deux. Chacun chante ses compositions et sur les premiers albums l’autre fait les deuxièmes voix.