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publié par Renaud de Foville le 24/10/00
pj harvey
- stories from the city, stories from the sea

l’âme

comment chroniquer le nouvel album de pj harvey. on est bien obligé de faire une confidence, un aveu qui n’en est pas vraiment un... pj harvey fait partie de ces rares artistes qui nous impressionnent, que l’on respecte au plus haut point, dont on attend chaque nouveau morceau, chaque apparition avec impatience, avec envie... alors de là à être objectif faudrait pas exagérer... on peut aussi vous sortir le couplet spécial inrockuptibles : pj harvey fait des albums fabuleux mais rien ne vaudra jamais son dry - ils ne l’ont pas programmé à leur festival avant tout le monde pour rien... oui c’est pas entièrement faux, dry est une œuvre majeure, le genre d’album qui nous fait tout de suite demander si la demoiselle n’a pas vendu son âme au diable pour nous sortir un premier album aussi immense... la réponse est non... chaque album qu’elle sort, et stories frome the city, stories from the sea en est une nouvelle preuve, nous démontre que pj harvey à toujours son âme, plus que jamais... une âme, une âme magnifique qui traverse chacun de ses albums, les habite et nous emporte au passage sans nous demander notre avis... d’une guitare ravageuse, de la douceur d’un accord, de sa voix énergique et douce, cette voix qui fait naître en nous toutes les émotions les plus contradictoires, les plus fortes, les plus extrêmes, cette voix - toujours accompagnée par sa guitare que l’on reconnaît dès les premiers accords - qui peut être rageuse - "the whore hustle and the hustler whore" - comme d’une douceur qui nous cloue sur place, nous plaque au sol, envahit votre corps pour plonger au plus profond de vous, cette voix qui transcende le plus beau morceau de l’album, cette voix que l’on écoute en boucle sur "horses in my dreams"...

tiède album

cette voix unique, c’est l’âme de pj harvey... a une semaine d’intervalle, island sortira deux des albums que l’on attendait le plus cette année, et pas pour les mêmes raisons. le u2, grande déception de l’année, et ce nouveau pj harvey... evidemment on peut toujours faire le difficile et dire que pj a laissé un peu de coté cette intensité qui caractérisait ses premiers morceaux, ce coté arc tendu, cette guitare dévastatrice qui s’arrêtait souvent juste avant la tempête, mais que l’on retrouve quand même de temps en temps, comme une fulgurance qui traverse ces histoires de villes et de mer ("kamikaze", "this is love") ... on peut aussi se dire que deux ou trois morceaux lorgnent franchement du coté de chez patti smith : comme "you said something" ou "good fortune". d’abord il y a pire comme influence et puis cela rattrape, un peu, le tiède album que patti smith nous a sorti cette année... mais tout cela on va le laisser aux grincheux, nous on préfère tout simplement profiter totalement du plaisir... après toute cette attente, on a envie, tout simplement, de poser le disque dans la platine, caler le casque, fermer les yeux et se laisser emmener...

douce complainte

et si l’album n’est pas loin d’être parfait, si les morceaux les plus nerveux restent, encore une fois, ce que l’on entend de mieux en guitare rugissante, on reste un peu plus longtemps avec les trois morceaux les plus beaux, les plus tristes, les plus émouvants de stories frome the city, stories from the sea : le très beau duo entre pj harvey et thom yorke - une émotion bien absente de kid a et surtout de la tournée qui accompagne... mais c’est une autre histoire - sur "this mess we’re in", l’émouvant "we float" qui clôture l’album, sur lequel pj harvey chante mieux que jamais et surtout, surtout "horses in my dream". une expérience unique pour un morceau parfait. quelques minutes d’une intensité absolue qui nous fait dire que de temps en temps la musique - le rock - peut toucher au sublime... ces quelques secondes qui restent gravées en vous, au plus profond de vous, la beauté de cet instant, de cette voix que l’on ne veut plus quitter, de ces larmes que l’on retient quand on écoute "horses in my dream", seul au milieu de la nuit, dans le noir... les faibles lumières de la chaîne qui se reflètent sur les cd qui traînent par terre, le silence d’un appartement ensommeillé et cette voix, cette guitare, cette longue et douce complainte qui vous libèrent, vous emmènent, vous fait sourire et vous fait peur, cette souffrance, ce désespoir, cette libération...

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publié par Renaud de Foville le 24/10/00