accueil > articles > interviews > Mina Tindle

publié par francky g. le 04/08/09
Mina Tindle
- J’estime beaucoup la sincérité en musique

Mina Tindle c’est principalement Pauline, jeune Française à peine sortie de ses études de com’, qui commence à faire parler d’elle avec quelques ballades folks diffusées sur le net. La toile relaye un peu l’évènement et les attentes autour du « groupe » gonflent. Et les chansons composées ne se limitent pas à cette vague folk ronflante ressemblant à une source inépuisable de poupées douces et lisses : banjo, piano, percussions ou rythmiques surprenantes empêchent toute monotonie et donnent une aura parfois qualifiée de « Sufjanienne » à la chanteuse. Le voile léger de sa voix achève de convaincre l’auditeur.

L’EP The Kingdom est disponible depuis peu chez Sauvage Records ou même sur Itunes. Avec la récente première partie de Beirut au Bataclan, on ne peut qu’espérer une explosion totale et un retour en studio rapide. Mina Tindle sera au Nouveau Casino ce 28 Juillet pour la soirée des Boutiques Sonores.

Le Cargo ! s’est entretenu avec ce jeune talent et vous retranscrit ici ses paroles.

On te connait encore très peu, même si tu as « buzzé » sur la toile depuis quelques temps. Raconte nous un peu ton parcours, ce que tu as fait, comment tu es arrivée là.

D’abord je crois que tout le monde chante dans ma famille, donc j’ai très vite été bercée par différentes voix. Ensuite, les choses se sont faites assez naturellement, j’ai commencé la musique avec des amis, les Toy Fight entre autres, et puis j’ai essayé d’écrire mes propres chansons...

Il y a certainement pleins de gens talentueux, qui bricolent de la musique dans leur coin, sans lever les yeux. Comment as-tu pris conscience que c’était un talent, comment as-tu décidé de passer au-delà du stade de simple passion ?

ça reste une simple passion, quelque chose de ludique et de sérieux à la fois de léger et de lourd. La prise de conscience, oui, je pense qu’elle vient au moment où tu oses rêver que tu pourrais en faire un métier, dans ce cas il ne te reste plus qu’à travailler, comme tout le monde, pour éviter que ce soit une farce. Je crois que j’estime beaucoup la sincérité en musique.

De quoi parlent exactement tes chansons, d’où puises-tu l’inspiration de tes textes ?

Jusque là ça reste assez personnel. Je crois que ça doit parler beaucoup de moi en fait, c’est assez banal et un peu mégalo comme exercice. C’est peut-être pour ça que j’articule peu, il doit y avoir un problème de pudeur derrière tout ça... Après, évidemment tu t’inspires de ce que tu regardes, de ce que tu écoutes, des lieux que tu découvres...

Au jeu immanquable des références et des corrélations, pour toi, on peut penser à Björk, Joanna Newsom, Cat Power, Emiliana Torrini, Chris Garneau... Comment tu vis cette obligation de comparer, de se cantonner dans un champ de vision connu, une sorte de paradigme restrictif pour qualifier les artistes ? Fais-tu partie de ceux et celles qui fuient ces comparaisons au nom de leur identité propre ou penses-tu au contraire que ça te sert ?

Je n’ai pas réellement d’avis sur la question. J’aime beaucoup certains artistes que tu cites, donc je ne peux qu’être flattée des comparaisons. Après comme je l’ai dit c’est d’abord une question de sincérité. C’est tout à fait légitime d’avoir des modèles, ou plutôt des artistes que tu admires et qui vont t’inspirer ou te foutre des claques à certains moments, tant que tu ne cherches pas à les imiter. C’est une ligne un peu floue à ne pas franchir.

Tu cites plutôt Dylan comme exemple. Parmi les références que je t’ai citées ou d’autres, lesquelles assumes-tu volontiers, lesquelles trouves-tu justes ?

Oh non, je ne me permettrais pas de citer Dylan comme référence. Je suis une grande admiratrice de sa musique et de ses textes, un Bob Dylan ou un Leonard Cohen sont sûrement parmi les plus grandes figures du songwriting du XXe siècle. Ce sont des artistes hors-normes, qui ont ça de commun avec les grands génies d’avoir crée leur propres normes, de devenir des référents malgré leur essentielle différence. En fait dans le jeu des références, je crois que je ne suis pas très bonne, je pourrais te faire une longue liste de toutes les musiques que j’aime, il y aurait beaucoup de choses à part peut être du métal, et de la variété italienne...

Tu t’identifies à une « mouvance » actuelle, française ou non ? Tu te sens proche de certains artistes ?

Je ne sais pas si on peut parler de mouvance, mais c’est évident que je me sens proche de beaucoup d’amis avec qui j’ai la chance de jouer. Il y a donc le groupe Toy Fight, dont j’ai déjà parlé avec qui je chante à l’occasion. Ils viennent de sortir un super disque sur le label berlinois City Slang, mais aussi Orouni, Please don’t blame Mexico, Maison Neuve, My Girlfriend is Better Than Yours, François Virot et d’autres... Ce sont des gens dont j’aime à la fois la musique et la façon qu’ils ont de la faire.

Quand on assiste par exemple à ta performance sur To Carry Many Small Things à L’International ou au Bataclan, on note une envie de booster ta musique, de la rentre plus rythmée. Tu penses que pour un ou une artiste folk, aux morceaux plus nébuleux que rythmique, c’est essentiel ? Comment abordes-tu la transposition live de tes morceaux ?

C’est peut être parce que je n’ai pas envie de faire uniquement de la folk, mot et genre très/trop à la mode depuis quelques années. L’idée est simplement d’aller plus loin sur scène ou en studio, d’aller chercher quelque chose à l’intérieur des chansons, quand on y arrive. J’ai certainement des morceaux plus folk que d’autres et ceux là il ne s’agit pas de les jouer comme des punks. Mais il y en a d’autres comme To Cary Many Small Things, qui permettent de s’amuser sur scène et de donner une énergie différente.

JP Nataf, Maxime Chamoux de Toy Fight, ou Olivier que tu as emprunté à Syd Matters il me semble, comment as-tu formé ta bande pour le live ? Ont-ils influencé les chansons elles-mêmes ?

Exact, et tu oublies Guillaume Villadier de Sidi Ali, et Thomas Pirot de Nelson qui sont aussi sur scène avec moi. Jusqu’à maintenant, le groupe de scène est un peu à géométrie variable. Parce que ces messieurs, comme tout bon musicien qui se respecte, sont aussi très occupés. Mais oui, je suis très bien entourée et chacun apporte une couleur propre aux morceaux, volontairement ou non d’ailleurs. C’est aussi ça qui est intéressant. C’est avec Maxime que j’ai fait mes premiers concerts au Génériq festival, il y a plus de deux ans maintenant. On était que tous les deux sur scène et ça fonctionnait plutôt bien pour des premiers concerts.

Après cette toute première expérience, dont je crois que l’on garde tous les deux un très bon souvenir, je suis partie vivre à New York pendant plusieurs mois, et là bas, j’ai renouvelé l’exercice du duo avec un batteur cette fois : mon ami et excellent musicien Cully Symington. Bref, à partir de ce moment là, j’ai vraiment eu envie d’explorer une formule plus riche sur scène. Je pense d’ailleurs que pour une formule réduite à venir, il y aura surement des boites à rythmes ou des synthés, je sais pas encore, mais je veux éviter que ça soit trop lisse. J’ai un peu la phobie de l’ennui sur scène, pour moi et pour les gens qui écoutent.

Tu viens de faire la première partie de Beirut, une tête d’affiche assez forte pour te faire connaitre un petit mieux. Comment ça s’est passé ? Simple travail de label ?

ça s’est très bien passé, on étaient tous assez flippés mais le résultat est sûrement meilleur que d’habitude. C’etait un super moment. Ca s’est organisé par des amis que l’on a en commun, et Zach, après avoir écouté quelques titres, a eu la gentillesse de m’inviter sur deux de ses dates, c’est un très beau cadeau de faire confiance à quelqu’un qui débute. Tout le monde ne le ferait pas. Donc mon label Sauvage Records, qui est un label indépendant parisien n’a pas été à l’origine de ces concerts. Mais c’est très bien ça me permet de parler d’eux et de crier au monde à quel point ces personnes là sont précieuses. Je viens de sortir chez eux mon premier disque : un single sous la forme archaïque d’un 45 tours, sorti à 500 exemplaires. Avec un tel projet, on se doute vite que leur motivation première n’est pas la rentabilité, mais justement ce sont des personnes assez épatantes qui font en sorte de faire exister une musique qu’ils estiment, avec les moyens qu’ils ont. C’est rare et en plus c’est bien fait !

Mina Tindle, Toy Fight, The Limes. Le premier est ton projet disons solo, quel rôle as-tu dans les deux autres groupes ? Comment se positionnent-ils par rapport à Mina Tindle, musicalement ?

Alors pour Toy FIght, disons que je suis une choristo-amico-melodicaiste. Jusque là, c’était plus l’occasion de s’amuser avec eux parce que non seulement ce sont des amis, mais j’aime vraiment beaucoup ce qu’ils font. Pour the Limes, c’est différent : d’abord parce que le groupe est né d’une collaboration transcontinentale de 2 américains de Caroline du Nord, John Hale et Brent Ballantyne et de 3 français dont Orouni, David Simonetta et moi même. On a commencé par faire de la musique à distance sans même s’être rencontrés. ET le conte de fée myspace n’a pas viré au film d’horreur, nous sommes même devenus très amis. Pour the Limes, compte tenu de la difficulté du groupe à avoir une actualité régulière, nous allons d’abord sortir un disque, (encore chez Sauvage Records) compilant le travail des 2 dernières années, ensuite on verra.

La suite pour toi c’est quoi ? Qu’y-a-t-il dans ce fameux premier EP ? Tu vas tourner avec Toy Fight ?

Il y deux chansons, l’une assez vieille qui s’appelle The Kingdom et l’autre écrite l’année dernière quand j’habitais à Austin. On a travaillé sur ces 2 chansons avec mon ami Raphael Ankierman quand je suis rentrée des Etats-Unis.

Pour la tournée avec Toy Fight, c’est encore un point d’interrogation.

Merci à Pauline pour sa patience et avant tout pour sa musique.

Voici une vidéo live de « To Carry Many Small Things » qui montre la force que peuvent prendre les chansons sur scène.

> Mina Tindle sur myspace

photo article : Véthé (flickr)

Partager :

publié par francky g. le 04/08/09
Derniers commentaires
Who - le 28/07/09 à 01:08
avatar

De la belle oeuvre. Une interview rondement menée, qui rappelle celles de Lolo Boyer. Bravo.

les boutiques sonores - le 08/07/11 à 16:45
avatar

Retrouvez MINA TINDLE le 22 juillet à La Flèche d’Or dans le cadre du festival BS℗2011. Avec Puro Instinct, Collateral,, Mai et Villeneuve (Djset).
+ d’infos sur la date : http://www.lesboutiquessonores.com/...
+ d’infos sur le festival : http://www.lesboutiquessonores.com/...