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publié par Renaud de Foville le 18/05/16
Michel Cloup - "Je ne m'imagine pas faire autre chose et j'aime ça"
"Je ne m'imagine pas faire autre chose et j'aime ça"

En plein mois d’août 2015 je retrouve Michel dans son quartier de Toulouse. Quelques jours plus tôt je lui ai proposé de faire une interview en se promenant dans les rues de Toulouse pour revenir sur sa vie, sur les différents moments de sa carrière et parler du nouvel album à venir...

Beaucoup de monde dans les rues, une estrade, un groupe, de la musique, des enfants... on s’écarte de la fête pour se promener dans Toulouse et discuter...

Cette idée d’interview part de la phrase que tu as lancé au début du concert de reformation de Diabologum à Vendôme. Nous sommes Diabologum et nous sommes de Toulouse. Tu as toujours vécu là ?

Oui, j’ai toujours vécu là ou pas loin. Mes parents vivaient à la campagne mais ma mère à accouché à l’hôpital de la Grave, pas loin d’ici, ce dôme hyper connu que tu vois sur les cartes postales, sur les photos des touristes. C’est ici, à Saint-Cyprien. Je ne connaissais pas vraiment ce quartier avant d’y vivre et en fait je regrette d’avoir attendu toutes ces années avant de venir m’y installer. Nous sommes en même temps tout près du centre mais avec une impression de village, tu traverses la Garonne soit par le Pont Neuf, soit par le pont Saint-Pierre et tu y es. Le problème avec le coeur de cette ville, c’est qu’il est devenu un centre commercial géant et très bourgeois. Alors que Saint-Cyprien n’est pas devenu doré, comme la place du Capitole  ! Il n’y pas toutes ces "belles" fontaine. Ce n’est pas encore trop dévasté.

Vue de St cyprien (trip touristes !)

Et tu es arrivé par hasard à St Cyprien.

C’est en cherchant un appartement. On connaissait déjà cette place, la place du Ravelin, qui est vraiment un coin que l’on aimait bien. On s’y est installé et on s’y plaît vraiment.

Il y a l’air d’avoir des personnages, une vie dans ce coin là ?

Ha ça oui... Ça se mélange, c’est un quartier qui reste encore assez populaire. Il y a des enfants, des SDF qui viennent picoler, des vieux qui jouent aux boules, des jeunes qui jouent aux boules, en picolant aussi, parce qu’il fait chaud, même le soir. C’est très vivant, on n’est pas dans cette ambiance policée du centre ville où les places sont soit mortes, soit des terrasses de cafés.

La place du Ravelin

Le bâtiment de la Grave est vide, l’hôpital n’existe plus. Il y a quelques années, il y a eu des portes ouvertes avec des performances et des concerts. C’était un week-end absolument génial. C’est un énorme bâtiment, là on ne voit que le fameux dôme. C’est magnifique à l’intérieur. Je crois qu’il y a un projet de réhabilitation mais pour l’instant c’est vide.

Le Dôme de l’hôpital de La Grave (où je suis né)

Quand es tu revenu vivre à Toulouse ?

Je suis resté jusqu’au début du Lycée à la campagne. Evidemment, je venais à Toulouse de temps en temps, ensuite il y a eu le Lycée. Je m’y suis installé quand je suis devenu étudiant.

Nous voilà donc au bord de la Garonne. Avec la grande roue. Il y a plein de coins différents au bord de la Garonne.

Il y a des endroits très différents au bord de la Garonne. Ici, c’est un peu mon coin, dans le jardin près du musée des Abattoirs. La terrasse du Théâtre Garonne donne aussi sur ce coin-là. Et tu vois, le quai là-bas, c’est le quai Saint-Pierre. A l’époque du premier album de Diabologum, Pierre et Anne avaient un appartement sur le quai qui donnait sur cette place. On a enregistré chez eux. Et on a aussi fait le premier concert de Diabologum pour la fête de la musique, sur ce même quai. Pas au bord de l’eau mais au dessus. C’était en 92...93, je devais avoir 21 ans, 22 ans. C’était au tout début du groupe. Oui c’est cela, entre 20 et 22 ans.

Le quai de la Daurade (Lieu du premier concert de Diabologum)

Bon j’ai évidemment pas du tout préparé cette balade...

Bon cela tombe bien, comme ça on est deux. On va bien voir...

Et Diabologum c’était quoi l’envie au tout début du groupe ?

Ça s’est vraiment fait par hasard, des copains qui font une émission de radio, qui tout à coup se retrouvent à glander dans un appart, avec un quatre pistes. Ils sont tous un peu musicien à leurs heures et décident d’enregistrer des chansons... enfin des morceaux, mais sans forcément penser à faire un groupe. Juste pour s’amuser déjà. Et puis au bout d’un moment, de pas mal de titres et d’une cassette remplie… j’étais déjà chez Lithium avec mon premier groupe Lucie Vacarme... donc Lithium entend la cassette et trouve cela super et nous propose de le sortir en disque. C’est un peu le hasard qui a construit Diabologum.

C’était pour remplir des journées...

Oui pour remplir des journées de glande, plutôt que d’aller à la FAC, c’était plus cool. Et c’est après l’accord de Lithium que nous avons travaillé sur le mixage et que l’on a décidé de faire un concert le 21 juin, l’après midi, parce que des potes appellent et nous disent qu’ils jouent en bas, si vous voulez venir jouer…il y a des prises libres. On a donc fait un concert totalement improvisé qui a dû être, je pense, l’un des plus mauvais concerts de l’histoire du Rock... et le groupe a commencé comme cela. Après avoir enregistré pas mal de morceaux en quatre pistes. En bidouillant.

Et avant Diabologum, l’album avec Lucie Vacarme...

C’est tout bête, Lithium était en train de se monter. Avec Lucie Vacarme nous avions envoyé une maquette à Lithium comme à beaucoup d’autres labels. Et Vincent nous a fait enregistrer un Maxi et un album.

Et à ce moment là la musique est un passe temps ?

Non, j’étais assez déterminé. J’avais déjà ça dans la peau, mais j’étais vraiment jeune. J’avais 18 ans et tout était un peu prématuré. Je m’imaginais bien devenir musicien, mais je ne réalisais pas forcément tout ce qu’il y avait derrière. J’ai toujours eu la musique dans la tête, dès 13 ou 14 ans, c’est très vite devenu un obsession. J’ai eu la chance de rencontrer un label qui nous signe, qui accepte de prendre des risques sur des albums pas faciles et sur des projets parfois un peu jeunes. Une grande chance.

Quand on regarde les 20 ans qui viennent de passer on a l’impression que tu arrives à gérer le temps, l’instant. C’est à dire à faire les choses au moment où il faut les faire, à savoir profiter de l’occasion au bon moment. Autrement dit on a souvent l’impression que tes différents projets, tes différentes rencontres (comme Françoise Lebrun pour le concert de Diabologum à Vendôme) se passent toujours au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard !

Je pars du principe que quand j’ai vraiment envie de faire quelque chose, je mets tout en branle pour réussir le projet. Après c’est vrai qu’il y a des projets qui ne se font pas, c’est comme cela. Tu apprends que cela doit se faire au bon moment. Françoise, on n’avait jamais imaginé la rencontrer. Très sincèrement je pensais qu’elle n’en avait rien à faire de ce morceau de Diabologum  !

J’ai l’impression que si vous l’aviez rencontré à l’époque du morceau, cela aurait été une rencontre de politesse. C’est super les garçons et non seulement il n’y aurait peut être pas eu un concert avec Diabologum, mais surtout ce que tu as fait ensuite avec elle en concert et sur l’album.

Notre rencontre a été très naturelle. Elle a apporté quelque chose de bienveillant, de calme, de très posé, d’apaisant à cette reformation. Cela s’est bien passé entre tout Diabologum et elle. Il est vrai qu’au départ, tout le monde dans le groupe n’était pas forcément intéressé par l’idée qu’elle monte sur scène avec nous. Diabologum a toujours été compliqué, il y a toujours eu beaucoup de discussion pour prendre n’importe quelle décision, n’importe quelle décision qui est retournée dans tous les sens. Avec ce besoin de réfléchir pendant trois ans avant de faire le moindre mouvement ! Oui, non, pourquoi, un pas en avant, un pas en arrière…

Diabologum et Françoise Lebrun : La maman et la putain (Rockomotives 2011)

Michel s’arrête au bord de la Garonne, de l’autre coté un quai, une avancée.

Voilà c’est la bas... Pas sur le rebord, mais au dessus. Et L’appartement de Pierre et Anne était juste là. Quand tu y penses, en fait tout est une histoire de quartier. Selon les endroits où j’ai vécu à Toulouse, j’avais mon périmètre, je sortais un petit peu ailleurs mais... Saint-Cyprien, ce n’était pas un coin où nous allions souvent.

Quand vous dites sur scène, nous venons de Toulouse, nous sommes de Toulouse. En quoi ?

Oui.... Je crois que dans Diabologum on aime tous notre ville. Ce n’est pas du tout un trip chauvin. Pas du tout. Ce n’était pas un truc que l’on revendiquait à l’époque. Sûrement parce qu’on en avait un peu rien à foutre ! Aujourd’hui dire "Nous sommes Diabologum, nous sommes de Toulouse" c’est aussi dire « vous voyez à Toulouse il n’y a pas que Zebda, vous voyez à Toulouse il y a d’autres trucs, il n’y a pas que Diabologum non plus »… Ce n’est pas juste une ville du sud avec du reggae, de la musique festive ou les démons de minuit...

Ne pas le revendiquer avant, c’est aussi une question d’âge...

Oui, parce qu’en grandissant, si tu n’es pas bien dans ta ville, tu peux en partir. En fait, tu peux assumer, même si je me dis qu’au début on en avait sûrement pas grand chose à faire d’être de Toulouse. Le propos dans ce que l’on faisait n’était vraiment pas là. On venait tous les quatre de Toulouse, mais on a fait notre enfance dans des bleds à coté, et nous y sommes arrivés pour nos études. A cette époque-là, nous avions trois ou quatre ans de vie intra-muros... Je me sens beaucoup plus toulousain aujourd’hui. Cela fait maintenant 20 ou 25 ans que je vis là. A l’époque, je ne connaissais pas la ville, pas aussi bien qu’aujourd’hui. Je n’avais pas vécu autant de choses, dans autant d’endroits différents.

Tu disais que ta carrière c’est aussi une histoire de quartier...

Quand tu vis dans un quartier, tu te rends compte que tu crées un périmètre en fonction de ton quotidien. Ensuite, quand tu as des enfants, tu construits une toile, tu rencontres plein de gens. On a jamais été autant liés avec des gens du quartier qu’aujourd’hui et c’est vraiment bien, vraiment agréable. Il y a les avantages du village, comme une sorte de communauté, de réseau et en même temps, tu es quand même en ville, chacun peut faire sa vie, sans étouffer. On ne vit pas les uns sur les autres. Mais c’est super agréable de pouvoir sortir que ce soit le soir ou le matin et de croiser des gens que tu connais, s’arrêter dans un bar parce qu’il y a un copain que tu connais. Nous n’avions pas connu cela avant. C’était beaucoup plus anonyme. A Paris aussi, si tu es dans le bon quartier, tu peux créer des liens avec plein de gens et créer une sorte de petit village.

La ballade continue...

Alors ce qui est amusant avec Saint-Cyprien, c’est qu’on est obligé de prendre des ponts pour sortir du quartier. Il y a quatre ponts et tu es donc obligé de passer sur la Garonne. C’est vraiment super beau. Toulouse est une grande ville, mais ce n’est pas si énorme que cela. J’aurai vraiment du mal à vivre à Paris par exemple. Déjà financièrement. En terme d’espace aussi. Parfois je viens à Paris trois jours et j’arrive à ne voir personne parce que je n’ai pas l’habitude de gérer un tel espace et sa temporalité, ce qui n’est pas le cas de Toulouse, qui est plus à taille humaine pour moi.

Petite conversation météo, sous un soleil de plomb (la journée se terminera autour de bières bien fraîches.) en remarquant que personne ne saura combien nous avons eu chaud pour faire cette interview.

C’est quand même amusant de voir que le 1er concert de Diabologum a été pour la fête de la musique quand tu vois aujourd’hui le nombre de personnes qui ne supporte pas ce jour !

C’est je crois la seule fois où j’ai joué à la fête de la musique. En spectateur, cela m’arrive d’y passer. Mais bon, en général je ne reste pas longtemps. Mais pour y jouer je l’ai fait...une ou deux fois !

Qu’est ce qui a fait qu’après ce début, presque involontaire, de Diabologum, qu’est ce qui vous a fait continuer.

Tout le monde en avait envie. On a assez vite enchaîné sur un second album, on a aussi commencé à bien jouer, de mieux en mieux en tout cas ! Tout le monde était très motivé pour continuer, faire des concerts, des tournées. Le problème, c’est que deux membres du groupe, Pierre et Anne, venaient d’avoir leurs examens, ils commençaient à enseigner et étaient à chaque bout de la France. C’était hyper compliqué de pouvoir se retrouver et de pouvoir jouer. Et eux n’avaient pas du tout l’intention de laisser tomber leur boulot pour la musique. Avec Arnaud, on se retrouvait un peu sur le carreau. On a beaucoup discuté tous les quatre. Ils ne voulaient pas nous bloquer et nous ont dit qu’ils arrêtaient de jouer dans le groupe. Et c’est là que #3 s’est mis en branle avec Richard et Denis. Il y a beaucoup d’histoires autour de Diabologum, mais la formation qui a donné #3, on a été en gros trois ans ensemble. De 96 à 98, cela a été un passage flash.

Il y a quelques groupes comme ça. On t’en parle tout le temps, mais sur plus de 20 ans de musique...

Oui cela fait trois ans. Ce n’est pas énorme, mais c’est clair que le disque reste, il a marqué. Mais cela reste trois ans avec cette formation, un flash.

J’ai souvent demandé en interview si un groupe c’était une démocratie...

Oui, tu essaies de l’être, ça n’est pas toujours le cas, il y a parfois des dysfonctionnements ! J’ai souvent géré la logistique en plus de l’artistique dans Diabologum et Expérience.

Par contre Experience a été plus vu comme le groupe de Michel Cloup que Diabologum. Comme tu es passé de l’un à l’autre...

L’histoire est simple. Diabologum, c’est un groupe de mecs qui se connaissaient depuis tout jeune, en tout cas Arnaud et moi. Experience c’est un groupe que j’ai monté en recrutant des gens... J’avais trente ans, déjà de l’expérience derrière moi... Au départ, je n’étais pas sûr de vouloir fonctionner comme un groupe, peut-être juste des gens pour m’accompagner sur scène. Mais on a commencé à jouer ensemble et ça en est naturellement devenu un. Ce n’était pas du tout le même contexte. C’est devenu « le groupe de Michel Cloup » auprès de certains médias et d’une partie du public car je venais de Diabologum, qui avait marqué avec l’album « #3  », et que j’étais le seul à avoir un passif musical de la sorte. Je n’ai jamais cherché ça.

Et tu te retrouves à devoir gérer...

Oui... mais ... à l’époque cela ne me dérangeait pas. Je suis prêt à faire cela. C’est inévitable et de toute façon dans n’importe quel groupe, il y a des gens capables de gérer ça et d’autres qui n’en sont pas capables ou qui n’en n’ont pas envie. Je respecte ça aussi. Parfois ça crée des tensions… Dans le fond cela ne me dérange vraiment pas, mais à un moment donné cela devient compliqué entre les gens. Un groupe, tu sais, ça vieillit vite. Tu n’as pas les mêmes aspirations en vieillissant. Chacun à des envies différentes, certains sont fatigués de jouer. Tu vois par exemple Patrice vient d’arrêter parce qu’il était fatigué des tournées, il n’en pouvait plus et c’est vraiment compréhensible. Un groupe c’est quatre ou cinq personnes qui vieillissent plus ou moins ensemble, sur des durées plus ou moins longues mais qui n’ont pas forcément les mêmes envies au même moment. C’est compliqué un groupe, pour toutes ces raisons-là, pour des raisons personnelles, pour tout un tas de truc c’est compliqué. C’était vraiment chouette, mais j’ai fait ça pendant 20 ans, j’ai l’impression d’avoir fait le tour de la question et je n’en ai plus envie.

Et tu as eu des groupes avec des personnalités assez fortes...

Ha oui bien sûr, cela remuait ! Que cela soit Diabologum ou Experience, on avait tous de sacrées personnalités. Donc effectivement quand c’est cool... mais quand ça pète, c’est pas à moitié. Mais c’est aussi ce qui donnait du caractère aux projets. C’est ça qui est vraiment intéressant.

Experience - Sombre

Mais pour les enregistrements, pour l’écriture des morceaux. Le fait de se retrouver seul et de ne pas avoir d’autres avis...

En duo ça le fait...

Oui mais tout seul... c’est une question que j’ai souvent posé. Tout seul comment tu sais que le morceau est terminé ?

C’est vraiment une histoire de feeling...

Et le fait d’être deux ou trois cela ne changeait rien... ?

Ah si cela changeait ! Parfois ça accélérait les choses, parfois ça les ralentissait. Mais bon, aujourd’hui, tout seul, cela va globalement plus vite. Ça fait 25 ans que je fais de la musique, que je sors des disques dans différents projets. J’en ai sorti plein, j’ai une certaine expérience derrière moi. Si mon label me disait aujourd’hui « on va te mettre un directeur artistique pour t’aiguiller » comme a pu le faire Vincent (Chauvier, créateur de Lithium) à l’époque, je leur dirai... « bah non les gars ! » J’en ai vraiment plus envie, je sais où je veux aller ! Quand tu commences, c’est souvent nécessaire, tu as plein d’idées, cela fourmille, tu es parfois un peu décousu. Mais je suis beaucoup moins inquiet qu’avant. Avec le temps, tu gères mieux. Je savais qu’en me retrouvant seul cela allait changer pas mal de choses, musicalement. Et j’en avais envie, je recherche une certaine pureté dans ce que je fais aujourd’hui, une simplicité et une pureté dans la musique, dans le texte aussi...

Plus tu avances dans ta carrière et plus tes textes sont personnels. Je me demandais ce que cela aurait été de faire le tour de la ville avec toi il y a quinze ans ? Plus de bars ?

#322 Michel Cloup - Cette colère (Acoustic Session)

Il y a quinze ans cela aurait été avec Diabologum ou Experience, avec plein de gens. Pas forcément les bars d’ailleurs, je pense que je vais plus dans les bars aujourd’hui qu’à l’époque ! Mais cela n’aurait rien eu à voir, on aurait été plus proche de la virée folle entre copains que de la balade comme on fait aujourd’hui.

Diabologum ou Experience c’est personnel, mais pas intime...

L’idée aujourd’hui c’est de donner de soi. Mais en gardant tout de même une certaine distance. En partant du principe que c’est en donnant un peu que les gens vont te donner ensuite. Et que pour partager une émotion, il faut vraiment y mettre de soi. L’idée est là.

Tout cela vient avec l’âge, avec l’épure, en solo ou en duo.

On pourrait avoir l’impression que je suis comme dans un entonnoir qui se resserre, alors que moi je le vis comme quelque chose qui s’ouvre. J’ai aussi une envie de tranquillité dans cette démarche. Après toutes les histoires de groupe de rock, les grosses tournées, le camion, plein de gens sur la route.... Aujourd’hui quand je vois un groupe qui a fini son concert et qui doit ranger tout son matos avec amplis, synthés, batterie, guitares, enfin tout ce que l’on avait à l’époque, cela me file des grosses montées d’angoisse. Je les vois ranger tout cela, tout mettre dans un gros camion et se demander où ils vont le garer... j’aspire à un truc beaucoup plus simple. Un van tout petit, rapide à installer, à ranger, on se gare facilement, c’est un vrai soulagement...

Il y a aussi une fatigue physique... Quand tu suis une seule fois un groupe en tournée c’est fascinant, après des centaines de kilomètres tu dois installer ton matos et jouer presque dans la foulée et tout donner, car le public il s’en fout de tout le reste...

Ha ça oui, le public il s’en fout, il a souvent l’impression que tu ne fais que la fête !!

Au moment de te retrouver seul ou en duo avec Patrice, tu n’as pas eu quelques craintes après toutes ces années en groupe.

Quand j’ai commencé le duo, j’avais BAM qui était sur le feu et on commençait à bosser sur la reformation de Diabologum. C’était un projet parmi plusieurs autres. C’était compliqué de gérer tout ça en même temps. Me retrouver seul ou en duo m’a fait beaucoup de bien, cette simplicité, ça m’a poussé à arrêter tout le reste.

Michel nous raconte le premier souvenir de sa vie.

Mais rester avec Patrice c’était naturel ?

Oui, en tout on a joué quinze ans ensemble. Mais après les deux albums en duo et plusieurs années de tournées, Patrice a eu un gros coup de fatigue et envie de se poser. On est obligatoirement dans un rythme ultra soutenu. Le prochain album est déjà écrit, on est en train de le répéter, on va l’enregistrer dans deux mois avec Julien Rufié, le nouveau batteur avec lequel je travaille. On a commencé au début de l’année tous les deux, en parallèle avec les derniers concerts avec Patrice.

Mais et toi... pourquoi tu n’es pas fatigué !

Je ne sais pas

(bon là on fait une pause pour décider ou boire une bière...).

Il y a des moments où je suis très fatigué... Déjà je ne m’imagine pas faire autre chose et j’aime ça... je.... c’est... c’est la plus forte drogue que j’ai essayé, je suis vraiment accroc. Je ne me vois pas faire autre chose, mais j’ai quand même des moments de grande fatigue. Avec Experience, j’ai eu des moments de découragement... Là, les deux derniers albums ont été vraiment bien accueillis, le projet a facilement existé sur scène. Il y a quand même un public, on arrive à beaucoup jouer, beaucoup tourner... ce qui m’a fait du bien ces dernières années c’est aussi la reconnaissance. Ce n’est pas un truc financier, c’est pas comptable. Les ventes ne sont pas faramineuses, même s’il y en a quand même…

On croise un punk à chien apostrophant tout le monde... dont nous...

Tout cela m’a redonné beaucoup de force. Il y a eu un retour public, critique... je pense que cela aurait été plus dur sans tout cela, pour le premier album en duo.

Michel Cloup Duo - La classe ouvrière s’est enfuie

Le passage n’a pas été évident, même pour les critiques ou le public. A l’époque de ton premier album solo, certains trouvaient un peu fou d’arrêter Experience...

Oui mais pour nous c’était arrêter un groupe qui ne s’entendait plus, qui n’avait plus grand chose à proposer, artistiquement on était fatigué... Je pense que beaucoup de groupes devraient arrêter. Quand tu es sur une major c’est pas toujours simple, il y a des pressions, mais quand tu es en indé, tu n’as pas beaucoup de questions à te poser.

Même si je suis fatigué de temps en temps ces dernières années, ça va vraiment bien. Il y a aussi le fait de beaucoup mieux vivre l’héritage de Diabologum, qui pesait un peu lourd pendant Experience. Tu essais de monter un nouveau groupe, avec des nouvelles personnes et tu as ce nom qui revient tout le temps sur le tapis. Même pour les autres je sais que cela a été dur à vivre. Aujourd’hui, je suis tout à fait à l’aise avec ça, ce que je propose est dans la continuité mais n’est pas du tout la même chose. Je suis assez serein... ça va... mais mine de rien ça aide à se projeter, ça donne pas mal d’énergie.

De retour dans le quartier de Michel, la fête bat son plein. Une scène avec la musique à fond... Rythmes du Brésil... On trouve un bar, pour combattre la déshydratation.

C’est vrai que je suis dans une période où beaucoup de gens autour de moi abandonnent ce qu’ils font, passent à autre chose, font des choix assez radicaux et je ne parle pas que de musique. Quand je vois ce que ça m’a demandé comme efforts, comme sacrifices… de vivre avec peu d’argent, d’être dans une insécurité... et même si je connais bien ce style de vie, quand je réfléchis à tout ça, il ne me faut vraiment pas longtemps pour me dire que je préfère continuer ce que je fais, malgré tout.

Et tu as déjà eu un VRAI travail.

Oui quand j’étais jeune. Cela m’a motivé pour faire de la musique ! Quand j’étais étudiant et même au lycée, je bossais dans les entrepôts de supermarchés. Je ne remercierai jamais assez mes parents de m’avoir obligé à ça !

Et depuis que tu fais de la musique.

Non, jamais, toujours des choses en rapport avec la musique... parfois un peu plus alimentaire. Heureusement... enfin heureusement... je l’aurai fait hein... S’il avait fallu.

Tu es en train de préparer un nouvel album... comment cela se passe... comment tu bosses... ? Tu as besoin d’être seul, avec toi même ou tu bosses avec des horaires ? Comment gères tu le quotidien pendant cette période, la vie de famille ?

Je travaille en journée mais aussi la nuit. En journée, j’ai des horaires de bureau pour aller à mon local de répétition, où je travaille parfois seul, souvent avec Julien. Le soir ou la nuit, ça se passe chez moi quand tout le monde est couché. Le quotidien de la vie de famille est au centre, je m’organise autour !

Composes tu beaucoup plus de morceaux que tu n’en gardes ?

Non, depuis « Notre silence », il n’y a pas de déchet, de chansons mises au rebut. En général, je ne vais pas jusqu’au bout quand je sens que c’est foireux, que ça ne me plaît pas pour x ou x raisons. Ce que je fais, par contre, c’est que je récupère des bribes de texte ou de musique pour façonner d’autres chansons.

As-tu une idée quand tu commences à composer de quoi tu vas parler ? d’une thématique qui relierait plus ou moins les morceaux. On te sent de plus en plus centré sur la famille, sur les origines, les relations à l’intérieur de la famille, la transmission, l’héritage...

J’essaie d’avoir un fil rouge assez fort sur la durée du disque depuis le début du Duo. Pour ce nouvel album, j’ai décidé de pousser plus loin le registre intime et personnel des textes, mais aussi revenir à quelque chose de plus politique, en tant qu’observateur. L’an dernier, j’ai lu « Retour à Reims  » de Didier Éribon, car Stéphane Arcas, un metteur en scène avec lequel je travaille, doit adapter ce livre au théâtre. Ça a été un gros choc, une expérience assez inspirante pour ce nouvel album, qui m’a encouragé à aller plus loin de mon côté.

On à l’impression que plus on avance depuis tes débuts, plus on s’approche de l’os... plus on est pointu, dans les paroles, dans la musique aussi... mais aussi que tu as toujours besoin de te lâcher en live... de laisser la musique exploser, plus que sur album…

Tu écoutes un disque chez toi, c’est très différent d’un concert. J’aime quand ça dérape sur scène, quand ça explose aussi. J’aime laisser aller cette fragilité. Un disque, ça doit être plus tenu, plus maitrisé. J’aime enregistrer en live malgré tout, c’est beaucoup plus vivant. Ce que j’aime aussi avec la scène, c’est que le rendu est influencé par le public, l’ambiance dans la salle, ton état aussi. Parfois les concerts sont très posés, très maitrisés, parfois ils sont plus bouillonnants, avec un pourcentage d’erreur qui amène aussi quelque chose de différents.

Est ce que l’on peut dire que tu as d’abord laissé les groupes et maintenant même Michel Cloup Duo pour arriver à un album de Michel Cloup.

Non, ça reste du Michel Cloup Duo, malgré tout, même si ça va être un peu différent. Les tempos sont accélérés, les chansons plus courtes, une dominante très Rock, même si certaines pistes lancées sur les deux précédents disques vont être un peu plus explorées. Ce nouvel album va marquer un virage, surtout avec l’arrivée de Julien, dont le jeu de batterie est différent de celui de Patrice, plus sec, plus nerveux, très polyvalent, en même temps, ce sera une continuité, de part ma voix et ma guitare. Ça va être un album plus long aussi, probablement un double Vinyle.

Et que tu assumes l’émotion, que tu assumes de toucher les gens, de dire les choses assez simplement et que chacun en fait ce qu’il veut.

J’assume tout ! Chacun s’approprie cette matière comme il le souhaite !

Es-tu arrivé à un point où tu te dis qu’il n’y a pas obligatoirement de réponses à tes (nos) questions, colères et même tes (nos) revendications ?

J’aimerai bien que quelqu’un les trouve sinon je ne poserai pas toutes ces questions !

Est-ce que c’est l’album de la maturité ?

Oui, jusqu’au prochain !

... tu veux boire quoi...

Un pinte

une blonde

oui oui...

Michel rentre dans le bar commander... on éteint le magnéto... les amis passent, se croisent, la vie de quartier, l’heure de l’apéro...

Les photos légendées sont de Michel.

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publié par le 18/05/16