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publié par Renaud Alouche le 17/01/17
Josef Leimberg
- Astral Progressions

Et si on continuait à explorer l’interminable filon qu’est le jazz fusion ? La scène californienne ne se gêne pas pour nous proposer des sorties mélangeant avec bohneur jazz, soul, R&B et hip-hop, avec les récentes réussites signées Kamasi Washington, Thundercat, Kendrick Lamar ou encore Terrace Martin. Le dernier ovni en date de cette belle équipe est trompettiste qui se nomme Josef Leimberg.

Astral Progressions

Son passif

Grandir en tant que musicien sur la scène jazz west-coast pendant les années 2000, cela implique forcément de côtoyer quelques grands noms du milieu. Depuis 1998, on retrouve donc Dr. Soose (alias Josef Leimberg) sur des albums d’artistes divers et variés comme Snoop Dogg, Erykah Badu, Robin Thicke, Dr. Dre, Funkadelic, Kendrick Lamar … tantôt à la production, tantôt à la trompette, et même parfois à la voix ou à la technique, son nom étant déjà crédité sur une centaine de sorties.

Son implication sur des œuvres comme To Pimp a Butterfly (Kendrick Lamar) , New Amerykah(Erykah Badu) ou encore R&G The Masterpiece(Snoop Dogg) est indéniable, ce qui lui a rapidement permis de se faire une place sur le grand tableau des musiciens Angelinos, apportant sa vision et ses sonorités aériennes.

Josef Leimberg est engagé dans le mouvement global pour établir une réelle égalité aux Etats-Unis où les tensions raciales sont plus que jamais une actualité cruciale et une source de divisions. Il aborde ces sujets à maintes reprises en musique, notamment sur « My People » d’Erykah Badu.

Pendant plus de 18 ans passés dans le milieu de la musique, il oeuvre dans l’ombre, engrange les expériences et fait évoluer ses influences et son style, pour arriver petit à petit à la production de sa propre musique.

Explorations astrales

L’année 2016 sera un tournant pour le trompettiste, il décide de lancer le projet Astral Progressions, pour présenter son univers au grand public, comme Kamasi Washington l’a fait un an auparavant avec The Epic.

Ce dernier fait d’ailleurs partie de la liste des invités sur ce premier album du Dr. Soose, où on peut aussi retrouver Bilal, Georgia Anne Muldrow, Kurupt, Terrace Martin et bien d’autres pointures.

Le résultat est édifiant, composé de dix chansons aux influences variées, l’album possède pourtant une homogénéité déroutante, on alterne entre les explorations psychédéliques et le groove R&B vocal sans perdre une seule fois la touche très fine du jeu de Leimberg.

L’ouverture se fait en finesse, en appelant les esprits avec « Spirit of the Ancestors », morceau orchestral et très aérien, nous préparant pour une suite radieuse. « Insterstellar Universe » enchaîne en rythme, avec la puissance du saxophone de Kamasi Washington remplissant le spectre audio par sa chaleur. Tout en contraste, le jeu de Josef Leimberg reste épuré, déposant les notes avec justesse, comme le faisait si bien le grand Miles Davis pendant sa période électrique.

Un groove s’installe ensuite sur « The Awakening », avec un équilibre basse-batterie sans faille, on y sent la petite touche R&B apporté par Terrace Martin dans l’opus, qui laisse progressivement place à des titres avec plus de chant comme « Between Us 2 » ou même l’excellent titre éponyme où Bilal dépose son flow dans le nuage étoilé qui l’entoure.

Comme si cela ne suffisait pas, Josef Leimberg prend même le risque de revisiter « Lonely Fire » de Miles Davis issue de son excellent album Big Fun, avec intelligence, il parvient à aborder le titre différemment, en réduisant sa durée de 15 minutes et en lui apportant une rythmique bien appuyée, contrastant avec la légèreté des instruments indiens.

Au final, l’album représente une réussite de plus à ajouter au palmarès de l’élite californienne du jazz, avec cette fois-ci en figure de proue , Josef Leimberg et sa vision cosmique qu’il imprime à cet univers. On pourrait reprocher quelques imperfections à cette production, mais l’homogénéité de Astral Progression, ainsi que le talent des musiciens participant au projet donnent à se dernier un niveau de qualité quasiment insolent, surtout pour un premier album.

Complétant le travail de labels comme Brainfeeder ou Ninja Tune, cet opus est sorti chez Alpha Pup Records, et disponible un peu partout. On attend donc avec impatience l’annonce d’une tournée, potentiellement accompagné de quelques invités composant fièrement ce mouvement de « jazzifornication », réelle corne d’abondance pour les gourmands de musique.

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publié par le 17/01/17