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publié par micky le 02/04/05
Hopper + exsonvaldes
- 4 - les concerts en France

Qu’est-ce que les groupes canadiens qui ont participé aux soirées 48ème parallèle ont pensé du public français ?

- Romain : après l’herbe est plus verte ailleurs.. eux ils étaient dépaysées et Ils étaient quand même contents. Parce qu’eux, comme je disais au tout début, ce qui a fait la différence c’est qu’ici c’est quand même plus sympathique de tourner. Ils arrivaient dans une salle, on leur disait « voilà on a des bières pour vous, de la bouffe.. » Ils en revenaient pas, que les mecs pensent à leur filer à manger. Mais effectivement ils ont pas été emballés par un public en délire.

- Martin : pourtant ils ont eu du succès au Glaz’art issue sixteen...

- Romain : tu les as pas vu tourné là-bas.

- Martin : ils sont connus là-bas ?

- Romain : beaucoup plus qu’ici mais en tout cas leur concerts tu vis quelque chose, en étant simple spectateur.

- Aurélia : Il y a peut être aussi le fait que le public de là-bas soit plus jeune, par rapport à ici où il y des gens d’une trentaine d’années qui sont un très bon public mais qui aurait tendance à être très...

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- Dorothée : au bar derrière...

- Aurélia : ouais en train d’écouter avec une bière, ou écouter devant mais vraiment écouter, en s’immergeant...

- Jean : ils sont un peu à la messe...

- Simon : c’est surtout Paris ça...

- Aurélia : ouais... on a fait des concerts ailleurs aussi...

- Simon : ouais mais les gens qui applaudissent pas, qui regardent d’un oeil...

- Aurélia : non, ils applaudissent mais ils analysent plus ce qui se passe. Là bas y a beaucoup de jeunes, mais vraiment jeunes, ça commence à treize ans et ca va jusqu’à la vingtaine.

- Jean : Ici il y a vraiment une séparation, là bas les gens se mettent près, ils vont venir à côté de la batterie, danser à côté etc... Des trucs qu’on verra pas ici, sauf si les gens ont vraiment bu beaucoup. (rires)

- Simon : De tous les pays où on est allé, la France c’est un peu particulier. Ailleurs les gens sont beaucoup plus intéressés à la base par ce que tu fais. Ils vont voir les groupes qu’ils connaissent pas, ils t’écoutent. A Paris, je connais peu de mondes qui vont voir des groupes qu’ils n’ont jamais entendu sauf s’ils ont eux douze personnes qui leur ont dit que c’est le futur groupe hype qu’il faut voir maintenant sinon ils vont faire le zénith l’année prochaine... Que ce soit le Luxembourg, la Suisse, la Belgique, les gens sont attentifs et intéressés.

Et en province c’est le même phénomène ?

- Simon : c’est variable (consensus des deux groupes) mais ce qui est différent c’est que les gens sont sans doute moins timides...

- Aurélia : l’accueil est peut être plus chaleureux dans les salles de concert.

- Martin : Ca varie énormément , on a eu de bonnes et de mauvaises expériences dans les mêmes villes.

- Simon : En province, les gens sont peut être moins coincés, ils viennent moins aux concerts pour voir leurs potes, se regarder, se montrer leurs nouvelles chaussures. C’est con à dire mais Paris y a un peu de ça quand même..

- Romain : Il y a moins de figuration.

- Renaud : et il y a moins de concerts... (rires) ... j’en avais parlé avec Eels, ils ont fait des concerts en province, ils en revenaient pas. Ils rajoutaient une demi-heure de concerts parce que le public était debout sur les sièges.

- Romain : Ici tu es blasé, il y a trop de trucs...

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- Aurélia : Ils devraient peut être aussi arrêter de mettre le bar à l’extérieur. Les français sont peut être un peu alcooliques, ils restent pendant tout le concert au bar.

- Romain : Il y a aussi la question des ambiances dans les salles parisiennes...

- Dorothée : la Scène où tu dois laisser tes affaires au vestiaire.

- Romain : Enfin y a plein de salles où il y a des ambiances franchement pourries. Au delà de la qualité du groupe, au delà de la qualité du public, tu vas à un concert , tu raques 5 euros d’entrée, 2 euros de vestiaire et tu te forces à boire une bière parce que tu as quand même soif malgré les 7 euros. Et au québec, tu arrives la bière est à un dollar parce que ce soir c’est soir de fête. Je dis pas que la musique est meilleure quand t’es saoul mais quand t’es saoul c’est quand même cool.(rires) Et quand tu as un public de saôuls devant toi...(rires)

- Jean : non, c’est vrai, le public de saouls c’est mieux....

- Simon : ah c’est ça le secret en fait...

- Romain : Ca fait quand même une différence, tu sors à Paris, tu te sens racketté. Déjà t’est pas de de bonnes dispositions pour t’amuser.

- Aurélia : alors en fait le public est plus répondant au Québec parce que c’est des alcooliques ?

- Romain : Non je pense pas mais les gens se sentent pas rackettés, ils sortent et ils font la fête.

- Aurélia : tu te sens moins racketté tout court, là tu pleures pour t’acheter juste un sandwich.

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- Jean : Même au niveau de la configuration des salles parisiennes, genre la Scène tu as un espèce de décor avec des écrans extra-plats qui te font bien comprendre que tu es dans un endroit où il faut faire attention à ce que tu fais, t’es filmé... ou alors c’est des salles faussement roots comme le tryptique avec un décor un peu brut mais on montre que c’est brut.

- Aurélia : Ou alors tu as la flèche d’or.(rires)

- Renaud : qui ferme d’ailleurs...

- Martin : L’avantage de Paris c’est que t’as des salles de toutes les tailles alors que quand tu vas en province, tu as le Zénith, la grosse salle rock de deux mille personnes et puis après c’est le café concert.

- Romain : Il manque des salles un peu intermédiaires...

- Aurélia : c’est aussi à cause de la loi qu’il il y a eu

- Renaud : y a un truc qui a changé, c’est qu’au début des années 80, il y avait plein, plein de bars où les groupes arrivaient à 20 heures, branchaient les guitares et jouaient. Il y en avait plein partout, plein de groupes de la scène punk parisienne jouaient, et à la fin de l’année, ils avaient fait 75 concerts.

- Aurélia : Avec la loi anti-bruit, il y a tellement de lieux qui ont fermé...

- Romain : c’est triste de se dire qu’on arrive trop tard pour faire du rock.

- Aurélia : c’est surtout qu’il faut rechanger les mentalités, ça va avec le style de société, super clean. Si vraiment t’as pas arrêté de faire du bruit à l’heure dite, il y a toujours un connard qui va venir se plaindre, y en a aucun qui se dira « vive la musique », ils s’en foutent complètement.

- Renaud : En ce moment, il y a un lieu ouvert, le Palace, c’est un squat et l’après-midi il y a des groupes qui peuvent venir et jouer.

- Aurélia : Au Palace ? Là où y a eu Madonna ?

- Renaud : il y a eu Prince, Gainsbourg, Joy division...

- Dorothée : et silverchair aussi...

- Renaud : que des grands, que des références (rires)

On a vu le rapport au public mais comment cela se passe au niveau du milieu de musique lui-même, les salles, les tourneurs, les radios etc.. ?

- Jean : tous des pourris (rires)

- Romain : tout le monde rencontre les mêmes problèmes, le tourneur il va pas y mettre plus de mauvaise volonté qu’un autre mais de manière plus indirecte. Le mec il sait aussi que faire tourner un groupe qui selon lui ne marchera jamais c’est pas intéressant, même s’il en avait envie. Tout le monde a les mêmes problèmes.

- Aurélia : y a une espèce de cercle vicieux, quand tu est un petit groupe tu dois faire les petites salles, t’es pas défrayé etc...Si tu veux trouver un tourneur, un truc un peu plus sérieux, il faut que tu aies fait des disques, faut que tu aies des contacts.

- Dorothée : on t’en demande beaucoup plus...

- Aurélia : Tu peux demander à certaines salles indépendamment et t’auras rien alors que si tu tombes sur le tourneur ou le copain qui a les contacts, tout d’un coup on va s’intéresser plus à toi. Si tu as pas d’articles, on parle pas de toi mais si tu as pas de concerts, tu as pas d’articles. C’est un peu se mordre la queue tout le temps dans ce système là...

- Simon : depuis que vous avez sorti votre album, c’est un peu plus facile non ?

- Romain : ouais mais la p’tite blaguounette là-dedans c’est qu’avant quand on avait pas fait d’album, y a des trucs qu’on pouvait pas faire,o n nous disait qu’on était vraiment un petit groupe. Et puis tu sors un album et il y a des mecs qui disent « ouais je peux pas vraiment vous programmer, je suis plus sur des petits groupes, vous êttes trop pro, vous avez déjà un album »

- Dorothée : Par exemple, il y avait un tremplin pour Benicassim, le festival, et pour le faire il fallait ne pas avoir sorti d’album et pas avoir fait beaucoup de concerts. Mais là c’est se foutre de la gueule du monde... Et après faut tenter le FAIR, et pour ça il faut avoir fait tant de concerts, être inscrit à la SACEM etc... Et là tu sais plus, soit tu es trop gros, soit tu l’es pas assez.

- Jean : c’est difficile pour les « intermédiaires »

- Romain : y a une espèce de période, quand t’as pas encore fait ton disque d’or, où personne veut de toi des deux côtés.

- Renaud : en même temps, c’est un peu être un peu cliché mais un groupe de rock un peu sincère il se baptise sur la tournée.

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- Aurélia : ouais mais il faut les trouver [les concerts].

- Simon : ça marche pour un sur trente...

- Renaud : je disais ça par rapport à ce qu’on disait sur les tourneurs.

- Aurélia : le tourneur te demande quand même ta revue de presse maintenant.

- Renaud : pour moi un groupe de rock c’est pas une revue de presse, même pas un album.

- Aurélia : pourtant c’est comme ça que ça se passe.

- Romain : ça me fait vraiment penser à quand tu sors de l’école et que tu cherches du boulot, tu voies plein de mecs qui te disent « ouais mais j’ai besoin de quelqu’un qui a trois ans d’expériences » et si tout le monde te dit ça, tu vas les trouver où tes deux ans d’expérience ? Le secret c’est de trouver le mec qui va croire en toi. On arrive quand même mais le fait est que ça se passe comme ça.

- Aurélia : à grosses gouttes de sueur.

- Romain : mais c’est tant les tourneurs, c’est tout le monde, tout le monde est face aux mêmes problèmes. L’idée c’est pas de dire les tourneurs c’est des pourris. Ils ont les mêmes problèmes à leur niveau, parce qu’on leur dit aussi « moi tes groupes j’en veux pas, je les passeraient jamais en radio, ca va pas marcher ».

- Aurélia : sauf si c’est un pote de, qui est un pote de et qui dit « moi je te mets un truc, c’est trop trop bien, ça va casser la baraque, fais moi confiance » et il va faire OK. Et celui-là il faut le trouver.

- Dorothée : C’est vrai que le public en général il se rend pas compte de tout ce qu’il y a derrière. Ils se disent « on joue comme ça, c’est magique, on sort un album etc.. ». Les gens pensent qu’on fait que jouer et que ça arrive tout seul alors qu’il y a un boulot monstre derrière. L’essentiel c’est encore de trouver des endroits pour jouer, d’avoir de la promo etc... Le but après, pour un petit groupe qui veut percer un peu plus, c’est de s’entourer d’un maximum de personnes parce qu’au bout d’un moment tu deviens ton propre manager-tourneur et avec la musique en plus tu fatigues vite.

- Renaud : (à exsonvaldes) et vous avec l’album et la maison de disques ?

- Simon : Le fait d’avoir sorti un album, d’avoir une maison de disques, ca te donne une crédibilité. Quand c’est toi qui appelles pour ton groupe, on te prend pour un con. Quand c’est un label, là c’est oui et on voit s’il y a un truc à faire qui va rapporter des sous ou pas et en gros ça s’arrête là.

- Dorothée : ça marche mieux pour les scènes ?

- Simon : pour les concerts, c’est beaucoup plus facile. Mais nous c’est différent, on a la chance d’avoir rencontré un tourneur il y a un an, des mecs avec on s’entend super bien, qui y croient beaucoup et qui bossent avec nous. La sortie du disque ça les a aidé parce qu’eux maintenant ils font tourner un groupe qui a un album distribué donc on les prend un peu plus au sérieux. Un peu plus mais ça reste très difficile.

- Martin : On a eu la chance de tomber des gens qui nous ont dit « on croit en vous et vous lachera pas »

- Aurélia : Nous, au niveau du tourneur c’est une autre histoire, il fait aussi « je crois en vous » au début et puis il est laissé la place à un autre et l’autre il fait « Hopper aucun concert de booké ? » bon bin voilà, il a gardé les trucs festifs....

(... la suite : l’avenir ...)

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publié par micky le 02/04/05