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publié par Sfar le 31/01/08
Experience - Nous (en) sommes encore là.
Nous (en) sommes encore là.

Presque deux ans que nous ne les avions plus vus sur scène, plus de deux ans que nous attendions la sortie d’un nouvel abum de titres inédits, deux années durant lesquelles beaucoup de choses se sont passées pour Michel Cloup et son groupe. En ce début d’année 2008 très intense pour (E.x.p)erience, entre la mise en ligne le 01/02 de la vidéo du premier single extrait d’un quatrième album prévu pour le printemps prochain et en pleine préparation de leur retour sur scène le 08/02/08 dans le cadre du festival des inaperçus, Michel Cloup a eu la gentillesse de satisfaire la grande curiosité qui nous anime sur Le Cargo en jouant le jeu des questions-réponses pour notre plus grand plaisir.

Sfar : Bonjour Michel. Experience a connu quelques petits changements depuis la sortie du Cd/Dvd Positive / Negative karaoke With A Gun / Smile fin 2005 et la tournée qui a suivi. Widy, désirant se consacrer à des projets plus personnels, a quitté le groupe durant l’été 2006. L’idée de poursuivre à trois, sans remplacer Widy, s’est-elle imposée d’emblée ?

Michel : Pour être honnête, non ! Disons que dans un premier temps, il a d’abord fallu se faire à cette idée, puis trouver un moyen de se retourner. Nous nous sommes dit qu’il fallait essayer à trois et voir ce que cela donnait. Nous étions arrivés à un moment charnière où il fallait malgré tout un changement, une remise en question pour ne pas avoir l’impression de se répéter, avec ou sans Widy. Sur la fin, avec lui, nous étions dans une certaine routine, certes agréable, mais il fallait de toute manière tout casser. Et son départ a quelque peu précipité cette mutation : nous n’avions plus le choix. Ce qui nous a sauvé, c’est qu’il y avait de notre côté une forte envie. Ça s’est donc passé très facilement. Et comme ça marchait bien à trois, on a foncé.

Sfar : Ce passage à trois se ressent-il sur le son d’Experience : doit-on s’attendre à un changement de style pour les nouveaux morceaux ? Quelque chose de plus pugnace peut-être ?

Michel : Ce passage à trois a d’abord resséré nos liens, et par la même occasion notre son. Il n’y a pas non plus un monde entre EXP à 4 ou à 3, c’est un peu différent certes, mais pas non plus à l’opposé. Je ne crois pas que le nouvel album soit particulièrement plus pugnace, je pense surtout que l’album de reprises (karaoke) nous a un peu plus décomplexés. Le nouvel album est très dense, assez varié, et plutôt long. Il y a encore plus de liberté que par le passé quant aux formats. Et dans l’ensemble, ça fait toujours du bruit à fort volume.

Sfar : Cela fait près de 4 ans que vous n’avez pas proposé de nouveaux morceaux ( Positive Karaoke...étant un album de reprises). Quand vous êtes-vous remis à l’écriture et à la composition de nouveaux titres ? Si je me souviens bien, lors de la tournée 2006, vous jouiez déjà deux titres inédits.

Michel : Oui, il y avait deux titres sur scène en 2006, j’avais de mon côté quelques textes et quelques embryons de morceaux, et l’inspiration a été au rendez-vous quand nous nous sommes retrouvés à 3 en Septembre 2006. En 3 mois, nous avions maquetté les ¾ du disque.

Sfar : Entre temps, Michel, tu as porté un projet audio-vidéo assez atypique The Overnight Project : des compositions originales instrumentales servant de bande son à des extraits de films d’horreur ou de science fiction. Quelle en est l’origine ?

Michel : J’ai commencé ce projet un peu par hasard, pour m’amuser, et j’ai continué. Cet album s’est fait en deux ans, dans des trous, quand j’avais le temps. Rien d’autre qu’un jeu. J’adorais ce genre de films gamin, j’en regarde toujours, une sorte de « madeleine », plutôt sanglante.

Sfar : Il me semble que tu n’as présenté qu’une seule fois ce projet en concert, qu’en est il aujourd’hui ? Cela restera-t-il quelque chose d’unique ou s’agit-il juste d’une mise en stand by pour plus tard ?

Michel : Je suis ok pour faire plus de concerts : envoyez vos propositions ! Le projet est juste en stand-by, je n’ai pas encore splitté.

Sfar : Imaginais-tu que cela prendrait tant de temps entre l’envie de faire ce nouvel album juste après le Karaoké et son enregistrement en décembre dernier ? Est-ce que cela a été facile de retrouver un label, un distributeur ... ? Beaucoup de groupes galèrent en ce moment avec tout ça.

Michel : A vrai dire, je pensais que ça irait plus vite, mais la vie est pleine de surprises. Nous avons la chance d’avoir un label qui était assez fou pour vouloir nous envoyer dans un vrai studio, et éventuellement à l’étranger. Nous avons contacté plusieurs personnes, ça a pris du temps car les plannings sont bookés sur 6 à 8 mois, nous avons finalement opté pour Greg Norman à Electrical, avec le recul, nous sommes très contents de ce choix.

Sfar : Oui cela valait la peine d’attendre, puisqu’en effet début décembre vous vous êtes donc retrouvés à Chicago dans les studios Electrical Audio de Steve Albini pour enregistrer avec Greg Norman (Pelican, Detachment kit, Milemarker ... ). Comment se sont passées les sessions de travail ? Y a -t’il là bas une approche et une façon de faire vraiment différentes de ce qui se fait en France ? Qu’a apporté Greg Norman à l’album ? Avez-vous été de suite satisfaits de ce que vous obteniez ?

Michel : L’approche c’est : « Do it yourself ». Greg (comme Albini) n’est pas un producteur qui te prend la guitare des mains pour rejouer tes parties parce qu’il pense pouvoir mieux faire. C’est un ingénieur du son. Bien au contraire, nous savions que beaucoup de choses allaient reposer sur nous, notre son, nos chansons. Il fallait être un maximum prêt, d’autant plus que nous avions une session plutôt courte (4 jours pour enregistrer et 4 pour mixer). Lui était là pour capturer au mieux ce qui sortait de nos amplis, de nos instruments. Bien sûr il donnait son avis, a proposé des options, surtout sur le mixage. Nous avons donc enregistré l’album en 4 jours, dans des conditions Live, avec un petit overdub de guitare par ci ou par là, mais très peu en fait : nous ne voulions pas tricher sur la formule trio par rapport à la scène. Le choix d’Electrical allait aussi dans ce sens, nous voulions vraiment une énergie Live, encore plus que par le passé, et ils font ça bien à Electrical ! Nous n’avons fait que deux prises maximum par titre, afin de garder une certaine fraicheur, et comme la bande 24 pistes coûte cher, nous n’en avons gardé qu’une seule ! Cette session a été très rapide mais très agréable, aucun stress, bien au contraire, que du plaisir, une sorte de libération après plusieurs mois d’attente. Greg est un type très bien, très drôle et très pro, il ressemble beaucoup à notre ingé son de Live, aussi bien physiquement que dans son humour débile, parfait pour nous.

Oui, il y a une façon de faire assez différente d’ici, beaucoup de bidouille, de trucs interdits par les écoles d’ingés son. Et puis aussi, une culture du son tout court, de l’histoire du son, des vieilles machines...et enfin beaucoup de savoir-faire.

Satisfaits tout de suite ? Oui. Dès la première prise de la première chanson, juste en écoutant la mise à plat, tu sens si ça va sonner ou pas. Et là, c’était vraiment ce que nous voulions. Je ne parle même pas du mixage. Et je suis du genre perfectionniste, à me prendre la tête sur des détails à la con, et du coup, j’ai du lâcher du leste, ce qui n’était finalement pas si mal.

Sfar : Cela a dû être émotionnellement très fort de vous retrouver dans ces studios mythiques. En plus vous avez eu la chance d’assister à un concert de Shellac, qu’ils répètent près de votre studio. Y a-t-il eu une rencontre Experience - Shellac ? Comment as-tu trouvé leur concert ? Todd Trainer est un batteur vraiment hallucinant, non ?

Michel : Nos étions très contents d’être là car toute l’équipe est très sympathique, il n’y aucune prétention, c’est très respectueux, ils étaient aux petits oignons avec nous. Leur bonne réputation n’est pas un mythe et l’endroit est juste parfait. Le concert de Shellac était excellent, que tu aimes ou pas leur musique, tu n’as pas d’autre choix que de dire que c’est excellent. Très impressionant. Nous les avons croisé pendant quelques jours au studio, et nous avons surtout parlé de billard, de poker, et regardé Discovery Channel. Nous avons aussi parlé de guitares en métal.

Sfar : Ces enregistrements à Chicago nous ont permis de reprendre de vos nouvelles quotidiennement sur le blog du groupe. Que ce soit dans ces occasions, lors de la réalisation de podcasts durant la tournée 2006 ou même par tes interventions et ta grande implication dans le forum du site Experience, on sent chez toi cette envie de faire partager énormément et d’être tout simplement accessible pour ton public. C’est important pour toi ces relations particulières, c’est quelque chose qui te semble nécessaire ?

Michel : Ça fait partie de la philosophie du groupe, je crois. Ce n’est pas une idée très nouvelle ou exceptionnelle, beaucoup de monde fait ça aujourd’hui, être en contact direct avec les gens. Sur notre forum, ça discute aussi d’autre chose, ça parle musique, cinéma,etc... J’aime bien y aller de temps en temps, échanger des idées ou des disques... Le blog, c’est comme un jeu, parfois je fouille dans les archives pour voir où nous étions à un moment précis, l’an dernier ou il y a deux ans, c’est une sorte de mémoire en ligne.

Sfar : Comment vis-tu la critique : appréhendes-tu ce qui va être dit, écrit sur le prochain album ? Il me semble que tu as une certaine sensibilité à ce niveau-là. On a déjà pu le remarquer au cours de quelques unes de tes réactions (toujours justifiées) sur le blog ou dans le forum. Imaginons, tout à fait au hasard, qu’on écrive que certaines personnes trouvent les nouveaux morceaux de Experience chiants, tu penses que tu t’en remettrais ? Plus sérieusement arrives-tu à prendre du recul avec tout ça ?

Michel : Nous avons sorti beaucoup de disques, ensemble ou dans d’autres projets, et nous savons comment fonctionne ce système, plus ou moins qui est qui ou qui fait quoi, et ça a tendance à nous amuser, aujourd’hui. Je peux même dire qu’on s’en fout royalement. Bien sûr, nous sommes du sud, et parfois il y a des coups de sang mais globalement on arrive mieux à se maitriser, on boit de la tisane. Le recul, c’est que nous avons des vies à côté, des vraies vies, et beaucoup de choses à faire.

Sfar : Le 08 février est une date importante : le grand retour sur scène de Experience dans le cadre du festival des Inaperçus au Glaz’art. Comment vous préparez-vous pour la scène maintenant que vous n’êtes plus que trois ?

Michel : Comme avant, on répète, on rapièce nos costumes de scène, on fait du sport, et on boit de l’huile de foie de morue.

Sfar : « Le hasard » a voulu que vous vous retrouviez, ce même soir, dans la programmation avec Arnaud Michniak. Tu te doutes que cette affiche fait surchauffer les machines à fantasmes de tous ceux qui ont adoré Diabologum. Pour toi, cette soirée prend-elle aussi une saveur particulière allant au-delà de votre retour sur scène ?

Michel : C’est surtout notre « retour » qui m’excite, avec en plus l’opportunité d’une belle affiche, d’une belle soirée, et peut-être d’un bel after. Qui sait ? Je n’ai aucune nostalgie de Diabologum, je vis dans le présent et non dans le passé. Je suis content de partager l’affiche avec Arnaud car c’est un vieil ami et que nous avons beaucoup de choses en commun. Nous prévoyons d’ailleurs dans le futur la possibilité d’un plateau Experience/Michniak, c’est toujours agréable de tourner avec des copains, et nous avons aujourd’hui plutôt envie d’unir nos forces au lieu de faire systématiquement cavaliers seuls.

Sfar : En parlant de Diabologum, cela fait dix ans cette année que le groupe s’est séparé. Y a-t-il toujours ce projet de DVD anniversaire ? Que retrouvera-t-on dedans ?

Michel : Le DVD est en stand-by pour l’instant, trop de projets pour tout le monde, trop de travail. Ça viendra, ça viendra, en son temps...

Sfar : Pour en revenir aux projets futurs et ce prochain album dont la sortie est prévue au printemps, peut-on en savoir un peu plus ? Un titre ? Le nombre de morceaux ? Un single est prévu avant la sortie de l’album ?

Michel : L’album s’appelle : Nous (en) sommes encore là.

14 titres, 65 minutes, plusieurs singles sont prévus avant l’album :

le premier s’appelle : “Les aspects positifs des jeunes énergies négatives” et il sort début Février.

Sfar : Comptes-tu faire à nouveau appel à la ExpArmy comme lors la sortie de la « Révolution ne Sera pas télévisée » avec de nouvelles actions stickers par exemple ? (moi je dis OUI OUI OUI !)

Michel : Rien de plus n’est prévu pour l’instant, mais chaque membre est tenu de commettre ce genre d’actions EN PERMANENCE.

Sfar : Que peut-on souhaiter de plus pour Experience pour 2008 à part un accueil enthousiaste de l’album et des concerts à gogo ?

Michel : Ce serait largement suffisant.

Sfar : Merci Michel.

Michel : Merci à toi...

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publié par le 31/01/08