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publié par Mélanie Fazi le 20/06/14
Demi Mondaine
- Boule Noire, Paris

Certains esprits sceptiques (oserons-nous dire chagrins ?) affirment régulièrement que la langue française serait par essence incompatible avec le rock. Et pourtant, qu’avons-nous vécu ce soir à la Boule Noire sinon un pur moment de rock’n’roll ?

Sur scène, un groupe qui suinte la classe punk par tous les pores, qui sait cogner et claquer mais toujours à bon escient : Mystic Gordon à la guitare, Sarah Gadrey à la basse, Zoé Hochberg à la batterie, et au milieu d’eux, la chanteuse Béatrice, véritable animal scénique dont les danses hypnotisent et dont la voix parle aux tripes. Lignes de basse, riffs et batterie s’entremêlent avec une efficacité implacable. Une machine bien huilée qui ne tourne jamais à vide : rien dans la pose, tout dans les tripes, est-on tenté d’écrire.

Si leur puissance de feu impressionne toujours autant sur leurs propres titres (« Korea » et « Zombie » survoltés, « Intempérance » et son refrain au crescendo intense, « Jour blanc » plus en douceur), c’est sur les reprises qu’ils nous surprennent le plus. On est touché de réentendre « Ain’t got no », extrait de Hair mais interprété ici dans la version de Nina Simone, qui fait déjà partie de notre courte histoire avec le groupe puisque nous les avons vus jouer Hair tout récemment. C’est sur ce titre qu’on prend réellement la mesure de toute la puissance vocale de Béatrice. Impression également ressentie sur « L’hymne à l’amour » qui commence en douceur et s’emballe soudain toutes guitares dehors. Les envolées vocales comme le riff dévoilent une tonalité rock dans la chanson de Piaf, non pas comme le font ces reprises qui tordent un morceau pour se l’approprier, mais plutôt comme si la voix s’en allait chercher quelque chose qui était déjà présent au cœur de la chanson pour l’amplifier et le magnifier.

Et pendant tout ce temps, difficile de lâcher Béatrice du regard tant elle occupe l’espace, qu’elle fasse claquer le câble du micro comme un fouet ou qu’elle vienne se placer au plus près du public, en équilibre un pied sur scène et l’autre sur la barrière. Au terme des rappels et saluts, elle revient seule sur scène faire chanter au public le refrain entêtant de « Vénale d’amour » (« Allons boire, allons boire, allons boire/On s’embrassera plus tard ») comme si elle refusait de laisser filer le moment.

On lorgne souvent sur les groupes étrangers, anglophones de préférence, en se persuadant que l’herbe est plus verte ailleurs, en oubliant qu’il se passe des choses réellement passionnantes dans les salles du pays et de la capitale. Et qu’il y a bien ici, aujourd’hui, de sacrés groupes de rock tout près de nous. Il se pourrait fort que Demi Mondaine se révèle à l’usage comme l’un des plus étincelants. Ils sont déjà, en tout cas, l’une des plus belles choses qu’on ait vu arriver au rock français ces derniers temps.

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Derniers commentaires
Michel - le 24/06/14 à 15:21
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merci pour l’invit , c’était top , votre article aussi !

Mélanie Fazi - le 26/06/14 à 13:20

De rien pour l’invitation, ravis que le concert vous ait plu ! Il faut dire qu’il était intense. Et merci pour votre commentaire !