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publié par gab le 14/11/11
Chelsea
- Chelsea
Chelsea

Alors que sortait récemment le nouvel album de 49 swimming pools, nommé à n’en pas douter en hommage aux très nombreuses piscines du Maine-et-Loire et surtout le groupe actuel d’Emmanuel Tellier (journaliste aux Inrockuptibles puis à Télérama, et ancien membre des groupes Chelsea et Melville), revenons si vous le voulez bien aux origines du mal, oui, retournons fréquenter nos amours de jeunesse, en l’occurrence réécoutons ce charmant groupe français du début des années ’90, Chelsea. Certes pour un groupe de pop-rock se retrouver affublé de l’adjectif « charmant » peut faire poindre un petit sourire, voire une certaine condescendance mal placée vingt ans après, mais essayez d’écrire des chansons charmantes sans tomber dans une affligeante gnangnitude ni même trop dégouliner sur les bords pour voir. En anglais c’est relativement facile, en français c’est déjà bien plus compliqué. Or Chelsea excelle dans cet exercice, dans les deux langues s’il vous plait. Et si cette excellence ne s’est pas réalisée en un jour, notre seul petit regret concernant ce groupe reste de l’avoir découvert sur le tard, au moment de la sortie de son troisième album et chef-d’œuvre Nouvelles du paradis, générant inévitablement un regard plus distancié et critique sur le reste de sa discographie. Mais reprenons les événements dans l’ordre … le notre bien entendu.

manifeste

Nous sommes donc en 1994 et l’époque est rude pour la musique française, c’est bien simple, à part Noir Désir, on n’a quasiment rien à se mettre sous la dent. Côté chanson, Dominique A est encore ultra-confidentiel (La mémoire neuve viendra changer ça l’année suivante) et Miossec n’est pas encore venu bousculer tout ce petit monde (comme quoi l’année 1995 laissera des traces). Côté rock, on a bien sur Welcome to Julian et The Little Rabbits (qui chantent en anglais à l’époque), mais c’est à peu près tout. Depuis le début des années ’90 on est donc tout tourné vers l’Angleterre héritière des Smiths, le mouvement shoegaze, l’émotivité du label Sarah records, le démarrage de la britpop. Or voila qu’un groupe français vient s’immiscer dans cette sensibilité anglaise et livrer un album pop aux teintes mélancoliques. Un groupe dont le nom nous renvoie au "Chelsea girl" de Ride, notre hymne absolu (Nico ? Une illustre inconnue dans notre insouciante jeunesse bien sur). Un album dont la pochette smithsienne délavée constitue un manifeste à elle seule, et qui hantera nos écouteurs pendant de longs mois. Mieux qu’un album d’ailleurs, un album et un EP 7 titres (vendus ensemble) qui explorent chacun à leur manière l’écriture délicate de Chelsea.

boucle

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Et c’est justement ce qui marque le plus aux premières écoutes, cette délicatesse assumée, cette sensibilité à fleur de peau qui contre toute attente ne plonge pas les chansons de Nouvelles du paradis dans un ridicule confondant mais les porte vers des hauteurs rarement égalées (de ce côté-ci de la Manche en tout cas). Il suffit d’écouter le magnifique "L’homme de trop" pour jauger l’exploit de faire sonner, et bien sonner, en français un texte comme « Oh devenir celui qui tient ta main, devenir l’homme de tes lendemains ». Ce morceau est d’ailleurs assez emblématique de l’album. D’une il a longtemps été notre titre préféré, de deux l’association d’une musique très popisante et d’un texte aussi casse-gueule aurait du en toute logique donner une guimauve des plus écœurantes, or au final le morceau tourne à la leçon magistrale et ne donne qu’une envie : mettre le titre en boucle et entonner les refrains à tue-tête. Et le pire c’est que c’est loin d’être un accident heureux, les autres morceaux sont là pour le démontrer, qu’ils soient en anglais ou en français d’ailleurs car, c’est suffisamment rare pour être souligné, Chelsea réussit le tour de force de maintenir une aussi grande qualité d’écriture sur ses morceaux en anglais. Que demander de plus ?

tonalité

Des musiques à la hauteur tant qu’à faire. Et c’est évidemment là que réside la réussite de l’album, le soin apporté aux musiques et au mixage, associé à la justesse de ton du chant, font la différence. Le groupe a trouvé sur cet album le dosage juste entre les envolées de guitare acoustique, une ligne claire électrique et les interventions extérieures, que ce soient des cordes, synthés ou les excellents collages sonores. Ces derniers venant renforcer à merveille la tonalité anglaise de l’album. Se dégage de l’ensemble à la fois une force et une certaine mélancolie. Bizarrement la force résidant plutôt sur les morceaux assez enlevés en français ("Deluxe", "Les chanteurs de bonne foi" ou "Madison US") et la mélancolie sur les morceaux plus en demi-teinte en anglais ("Acoustic", "Les dimanches de Mr Wilson", "Call me old fashioned"). Quoiqu’il en soit, dès l’ouverture on fond complètement pour "Sweet sixteen" et ses breaks de guitare acoustique (même si les synthés n’ont pas forcément très bien vieillis) et ne lâche plus le disque d’une semelle jusqu’aux dernières notes de piano de "We’ll never be stars".

passerelle

Et encore à l’époque où on avait tout ça sur cassette, on enchaînait directement sur l’EP Me and my good friends, "We’ll never be stars" servant de passerelle idéale vers l’intimisme savoureux de ces sept titres conceptuels. Un concept relativement simple et efficace : autour d’une guitare acoustique (et quelques petits arrangements discrets), Chelsea prénomme ses démons intérieurs pour mieux les regarder dans les yeux et, qui sait, mieux les apprivoiser. On cherche donc notre place avec "Billy Fear", on tergiverse sur "Ira Grief" et on désire nous aussi "Lisa Greed". Mieux, on découvre au passage qu’on a un certain nombre d’amis communs avec le groupe, de ces amis si intimes qu’on ne les partage qu’à reculons, même avec nos proches. Un EP de mise à nu donc, à ne pas mettre entre toutes les mains.

recul

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Où ça se corse, c’est lorsqu’en toute innocence on cherche à combler nos vides dans leur discographie. Déjà à l’époque, une écoute rapide du deuxième album (Tramway, 1992), nous avait laissé sur notre faim, voire carrément sceptiques. La deuxième écoute plus de quinze ans après en vue de l’écriture de cette chronique s’annonçait donc passablement fébrile. Et en fait, ça s’est plutôt mieux passé que ce qu’on redoutait. Avec le recul on peut facilement voir en cet album et son prédécesseur (Réservé aux clients de l’établissement, 1991), le chemin nécessaire pour arriver au magnifique Nouvelles du paradis. L’écoute de ces disques prend presque un aspect documentaire, on note l’évolution de style musical entre Réservé aux clients de l’établissement et Tramway, ce dernier étant relativement proche du troisième album (avec un son un peu moins net quand même), on note également le chemin parcouru côté écriture puisqu’on n’est que moyennement emballé par les textes et le chant. S’en dégagent une certaine naïveté, une douceur par moments un peu énervante (surtout sur les morceaux en français) ou une pose à d’autres moments un peu trop forcée ("Le mauvais perdant"). La chanson la plus emblématique de l’évolution en marche est "à la manière de Scott" (sur Tramway) avec les couplets en français un peu mièvres d’un groupe qui se cherche encore et les refrains en anglais dont les qualités mélodiques annoncent les futurs morceaux de Nouvelles du paradis. Mais la palme de la chanson la plus surprenante revient haut la main à "Tim Booth" (sur Réservé aux clients de l’établissement) qui comme son nom l’indique est une ode au chanteur de James, réalisée à la manière de James en reprenant des scansions à la "Sit down". On a du mal à se décider entre premier et second degré, le morceau flottant dans un entre-deux étonnant et déstabilisant.

génération

Vous l’aurez donc compris, à part pour les puristes qui voudront mener l’enquête musicale à son terme, nous vous conseillons surtout (et très fortement) l’album Nouvelles du paradis, qui marque la fin d’un cycle pour les protagonistes puisque, suite au départ d’un des membres, le groupe se renommera par la suite Melville. Mais c’est déjà une autre histoire. Quant à l’héritage laissé par Chelsea, on dit souvent que Dominique A et Miossec ont décomplexé toute une génération (ou si on ne le dit pas, on devrait) mais à sa manière, plus discrètement, Chelsea a lui aussi apporté sa pierre à l’édifice ouvrant la voie pop à d’autres groupes français dont le très remarqué Autour de Lucie. Mais ceci aussi est une autre histoire.

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publié par le 14/11/11
Derniers commentaires
pafane - le 06/12/11 à 00:19
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Incroyable ! Suis toujours en phase avec toi, mon Gab ! J’ai réécouté les nouvelles du paradis au mois de septembre et tu en parles (si bien) quelques mois plus tard.
Maël adore Chelsea notamment "les hommes de bonne foi" & "Madison us". Mes 2 tourangeaux Maël (batterie) & Guilhem (guitare) sont bons pour prendre la relève du tourangeau Emmanuel Tellier ! A bientôt, mon Gab ! et pas seulement par mail ! Il faut que l’on se voit !

gab - le 06/12/11 à 13:18

Sérieux ils sont déjà à la batterie et à la guitare ??? Dis-donc, ça traine pas chez toi ! ;-)
Ca me fait bien plaisir de te voir passer et laisser un petit message par ici tiens, n’hésite pas à aller voir la session vidéo de 49 Swimming Pools pour découvrir l’actualité des ex-Chelsea.
Et entièrement d’accord, faut qu’on se voit bientôt.
(Tiens pendant qu’on cause vieuseries, pour voir si on est toujours en phase, je suis en pleine rechute Drop Nineteens depuis cet été, le zoom arrive d’ici peu, garde l’oeil sur le cargo)