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publié par gab le 21/10/09
art of fighting
- art of fighting

Art of fighting ou l’art de tourner autour du slow de la mort sans jamais se laisser embourber dans le sirop. Ça a l’air tartignolle dit comme ça mais c’est assez balaise en réalité. C’est aussi très réducteur, on en convient, mais à l’heure d’un premier bilan après trois albums fort réussis, comment résumer en quelques mots la musique si simple et touchante de ce quatuor australien sinon par une petite pirouette dont la légèreté masque à merveille l’intensité des émotions qui nous habitent à sa fréquentation sonore assidue ?

2001

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Guinguette pirate, octobre 2001, la France (une menue portion tout du moins) tombe sous le charme de petits jeunots australiens égarés bien loin de chez eux à l’occasion de la sortie de leur premier album Wires. Un concert envouteur qui berce et conquiert nos âmes mélancoliques de ses longues plages d’accalmies et ses montées en puissance renversantes. Le tout sur un rythme lent, posé, à l’image de l’album très homogène qu’on s’empresse d’acheter au stand de goodies ; véritable road-movie introspectif reflet idéal des paysages désertiques australiens qu’il faut parcourir pendant des heures pour voir le moindre changement s’amorcer. Et sans grande surprise, nombre de circonvolutions plus tard (aah l’énormissime "Just say I’m right", le désormais classique "give me tonight", le refrain poignant de "Find you lost", l’ultra-délicat "Something new"), la magie reste en tout point intacte.

volontaire

Art of fighting ou l’art de la mélancolie, sadcore à son paroxysme, qui nous aveugle et nous fait oublier justement la lenteur d’exécution, cette voix masculine si douce et présente, toutes les composantes qui pourraient classer nos australiens côté musique pour midinette plutôt que côté rock indé. Et d’ailleurs sans cette présente prise de recul volontaire, en aucun cas, à aucun moment, n’aurait-on envisagé le moindre rapprochement entre nos melbournites et Roch Voisine, mettons (comment trahir son âge canonique en plus de temps qu’il n’en faut pour dire James Blunt). Il faut dire que côté guitares on ne peut guère se tromper, il y a ce qu’il faut de sensations et d’électricité pour dissiper tout malentendu. La formule est donc plutôt indie sans que cela n’ait au final la moindre importance bien entendu (dit-il après un paragraphe entier sur le sujet), les émotions sont là, que demander de plus ?

2004

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Le piège du second album (Second storey) est négocié haut là main en faisant évoluer ce qu’il faut la formule, d’abord en délaissant le schéma habituel de début de morceau lent et calme, refrains et fin de morceau lents et appuyés ; ensuite en allégeant les guitares par endroits, les renforçant à d’autres ; enfin en osant des musiques plus dynamiques (cf. l’excellent titre d’ouverture "Along the run") et en insérant de petites doses de pop sans jamais se départir de la mélancolie, véritable marque de fabrique du groupe. Les compositions gagnent donc en épaisseur mais se retrouvent en contre partie, aux premières écoutes tout du moins, confrontées au risque de relégation en ligue midinette (oui, celle-là même dont on vous parlait un peu plus haut), la très belle voix d’Ollie emmenant certaines d’entre elles patrouiller hardiment aux frontières de la mièvrerie. La très grande classe cependant, l’exploit même, étant que loin de tomber dans la mélasse comme l’aurait fait n’importe quel groupe normalement constitué, les écoutes suivantes prouveront le bien fondé de leurs choix et les morceaux se placeront d’eux-mêmes au dessus de la mêlée. C’est alors qu’arrive "Sing song" et toute autre considération disparait. En une chanson relativement atypique, Art of fighting change de catégorie et prouve qu’il sait écrire des tubes, voire des hymnes. On était loin de s’attendre à ça, le choc n’en est que meilleur : un riff d’entrée dévastateur, des guitares tendues à souhait et surtout un chant très rentre dedans, particulièrement accrocheur. Le genre de morceau à passer en boucle, à ressortir des cartons encore et encore sans jamais parvenir à satiété. Et d’ailleurs, comme s’il s’agissait d’un déclic, la fin de l’album quitte définitivement les terres dangereusement doucereuses pour s’enfoncer de plus en plus vers les contrées solitaires chères à l’album précédent, en prenant soin, pour notre plus grand plaisir, de les emmener toujours un cran plus loin à l’image du déchirant "Come round and show me".

mario

Art of fighting pas au sens art de la guerre comme on pourrait le supposer de prime abord mais plutôt art du combat insidieux, contre soi même, anti-dépressionnaire. Or pour combattre le redoutable adversaire qu’on est forcément pour soi-même, pour se mesurer à lui et avoir une chance de le vaincre, il faut le rencontrer sur ses terres et surtout risquer de se laisser happer par sa spirale mélancolique engourdissante si bien décrite par le spleen musical du groupe. Ou pas finalement. Une thèse parallèle sous-entend que le groupe en mal d’inspiration aurait pris comme patronyme celui d’un jeu vidéo de combat japonais des années 90. Ce serait moins classe on vous l’accorde mais dans ce cas ils ne s’en sortent pas si mal, que penser d’un groupe à la musique introspective qui répondrait au doux nom de Super Mario par exemple ?

2007

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Runaways, l’album de la maturité. Autrement dit, si on n’y jette qu’une oreille distraite en passant, l’album à l’apparence plate, limité en reflets, tendance soporifique. Or on commence à le savoir, lorsqu’il s’agit d’une écoute une minute chrono sur une borne de magasin ou entre deux clics sur myspace : méfiance ! N’en déplaise à Radiohead qui semble vouloir enterrer la notion d’album qui l’a tant servi (d’après Rolling Stone), il existe encore des groupes qui construisent des ambiances sur un ensemble de morceaux et des auditeurs qui, à l’écoute de cet ensemble, pénètrent er adhèrent dans/à l’univers proposé bien mieux que si les morceaux étaient livrés individuellement. D’ailleurs le terme maturité, aussi risible qu’il puisse être lorsqu’il s’applique à un groupe et/ou à ses intentions, prend tout son sens s’il est appliqué à l’auditeur. Ce dernier rentre depuis plusieurs albums de plus en plus loin dans le monde construit par l’artiste, il évolue même avec lui, et est donc prêt à faire l’effort de ne pas reculer devant l’absence de spectaculaire ou d’inhabituel pour aller chercher et apprécier la moindre subtilité, la plus grande honnêteté. Paradoxalement Runaways est donc un album très touchant bien qu’un peu ennuyeux musicalement. Il faut dire que cette fois-ci nos australiens ont assumé pleinement l’extrême douceur, autant dans les choix musicaux que dans le chant. Et mêmes les morceaux les plus dynamiques (qui sont les bienvenus) conservent cette émouvante délicatesse. Un seul mot d’ordre à son écoute, se détendre et se laisser porter, tranquillement emporter. Faire confiance au talent et à l’expérience (le très beau "Distance as virtue", le pop-single "Eastbound", l’indétrônable "Mysteries" ou encore l’émouvant "Night on night" - décidemment ils savent toujours conclure leurs albums en beauté -) et aussi doucement qu’il avait débuté, l’album vous aura mis dans sa poche (oui, même le limite-en-mièvrerie "Misty as the morning"). Des avantages certains de l’accession à la maturité ...

canaux

Art of fighting ou l’art de l’exploration. Sans être particulièrement en guerre contre soi-même, ni même maîtriser l’art du combat, voici typiquement le genre de musique qui vous enverra vous balader sur vos itinéraires bis internes, naviguer de canaux en ruisseaux mémoriels, voire errer en titubant sur des branches aussi neuronales qu’improbables. En un mot, et on aurait pu commencer par là (louée soit votre patience infinie), il s’agit clairement d’une musique faite pour le voyage. Mais pas n’importe quel voyage bien sur, celui au long cours, le seul impliquant la dose nécessaire de torpeur et d’ennui pour permettre le décollage intérieur, le décrochage du réel ; une bénédiction pour l’imaginaire. Et une fois que vous y aurez goûté, saurez-vous seulement vous en passer ?

pause

Ceci dit l’exploration peut aussi se rapprocher de considérations plus terrestres, on n’a rien contre, à commencer par la découverte des anciens EPs : le prometteur Empty nights (1999) et surtout l’excellent premier jet The very strange year (1998), un disque plus instinctif, moins soigné évidemment mais une indéniable pierre à l’édifice, d’une intransigeance adolescente touchant d’autres cordes sensibles que leurs travaux ultérieurs (des avantages certains de l’immaturité ...). Des side-projects ensuite, le groupe ayant l’air d’être en pause actuellement, avec la BO du film australien Ten empty (2008) ou encore Parallel lions, le nouveau groupe d’Ollie Browne dont l’album sort bientôt. En espérant bien sur que cette pause ne se transforme pas en arrêt définitif (le groupe jure que non) ... sinon, promis, on file down under et on confisque les manettes de jeu illico, foi de cargo !

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publié par gab le 21/10/09
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loué comme le poulet - le 21/10/09 à 13:15
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et d’ailleurs en voilà une belle plume